Des expertes accusent la Hongrie de ne pas respecter les droits des sans abris

La Rapporteuse spéciale sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Magdalena Sepulveda.

15 février 2012 – Deux expertes indépendantes des Nations Unies sur les droits de l'homme ont appelé mercredi la Hongrie à revoir la législation mise en place récemment qui criminalise le fait d'être sans domicile fixe (SDF) et qui menace ceux qui vivent dans la rue de poursuites et de sanctions sous forme d'amendes ou de prison.

« Les personnes qui n'ont pas d'autres choix que de vivre dans la rue risquent désormais des poursuites criminelles. Cette nouvelle loi est mise en œuvre dans un contexte où la crise économique et financière force un nombre croissant de familles à vivre dans la rue. Au lieu d'utiliser des fonds publics pour les aider, la Hongrie organise des opérations punitives coûteuses contre eux pour sanctionner leur comportement de survie », a déclaré la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur l'extrême pauvreté et les droits humains, Magdalena Sepulveda dans un communiqué de presse.

Il n'existe pas de statistique officielle sur les sans abris en Hongrie, mais selon les estimations, 30.000 à 35.000 personnes vivent dans la rue dans plusieurs municipalités, dont des femmes, des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées.

« Simplement en votant cette loi, le Parlement hongrois a collé une étiquette de criminel potentiel sur des dizaines de milliers de SDF. De plus, cette loi a un impact discriminant sur ceux qui vivent dans la pauvreté », a souligné Mme Sepulveda.

La Rapporteuse spéciale des Nations Unies pour le droit au logement, Raquel Rolnik, a de son côté rappelé que « l'incarcération n'est pas la solution à un problème de logement ». L'année dernière, des centaines de SDF ont été chassés de leur lieu de résidence habituel, sous les ponts du centre ville de Budapest, suite à un décret du conseil municipal. Les sans abris « ont non seulement pas eu de propositions de relogement, mais nombre d'entres eux ont été arrêtés ».

« Particulièrement pendant les périodes de conditions climatiques rudes, telle que celle qu'a connue l'Europe au cours des dernières semaines, les Etats ont une obligation d'assurer que ceux qui en ont besoin soient hébergés. Cela ne signifie pas que les Etats peuvent criminaliser et détenir les SDF contre leur gré », ont souligné les expertes indépendantes.

Les deux expertes ont également estimé que l'argent dépensé pour couvrir les coûts élevés de la police, des placements en détention, des poursuites judiciaires et des incarcérations, devrait à la place être dépensé pour trouver des solutions aux problèmes de logement des SDF. Il existe actuellement environs 5.500 places dans les centres d'hébergement de la capitale Budapest, alors que les estimations parlent d'au moins 8.000 SDF dans la ville.

Selon les informations dont disposent les expertes, il n'existe pas de centres capables d'accueillir des familles et la plupart des centres fonctionnent avec des dortoirs accueillant chacun jusqu'à 50 personnes, ce qui est nuisible à la sécurité des résidents et ne leur offre aucune intimité.

« Les SDF ne devraient pas être privés de leurs droits à la liberté, à une vie privée, à la sécurité personnelle et à la protection familiale uniquement parce qu'ils sont pauvres et ont besoin d'un abri », ont conclu Mme Sepulveda et Mme Rolnik.


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