Sahel : l’ONU avertit du risque d’une nouvelle crise alimentaire

La sécheresse au Sahel rend l’agriculture difficile pour les femmes de Yelimne, au Mali. Photo PAM/Daouda Guirou (photo d’archive)

14 février 2012 – La Sous Secrétaire générale des Nations Unies aux affaires humanitaires, Catherine Bragg, a averti mardi que, dans la région du Sahel, la sécheresse combinée à la pauvreté, à la hausse du prix des céréales, à la dégradation de l’environnement et au sous-développement menaçait de faire surgir une nouvelle crise alimentaire et nutritionnelle.

Mme Bragg, qui intervenait au cours d’une conférence de presse organisée au siège de l’ONU à New York, a précisé qu’au cours des prochains mois, des millions de personnes seraient touchées au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger, au Sénégal et au Tchad ainsi que dans le nord du Cameroun et du Nigéria.

« Dix millions de personnes, dont 5,4 millions au Niger, ont déjà du mal à se nourrir, et plus d’un million d’enfants risquent de souffrir de malnutrition aigüe contre 300.000 l’année dernière », a dit Mme Bragg qui a effectué, la semaine dernière, une visite à Dakar où elle a évalué les préparatifs et la mise en œuvre de la Stratégie régionale de l’ONU pour le Sahel.

Mme Bragg a précisé que 1,7 million de personnes se trouvaient également dans le besoin au Burkina Faso, 3 millions au Mali et 700.000 en Mauritanie. Si rien n’est fait, cette situation risque de devenir une crise humanitaire d’envergure au printemps, s’est-elle inquiétée.

Précisant que la Stratégie régionale de l’ONU pour le Sahel avait été révisée à hauteur de 720 millions de dollars pour 2012, Mme Bragg a appelé les donateurs à se montrer « décisifs et généreux maintenant ». « Nous savons d’expérience que les signes d’alerte précoce doivent être accompagnés d’une action précoce. Nous avons ici l’occasion de démontrer que nous avons su tirer les enseignements de la crise dans la Corne de l’Afrique », a souligné la Sous Secrétaire générale aux affaires humanitaires.

Mme Bragg a appelé au renforcement des préparatifs, des analyses et de la coordination sur le plan régional, et a également estimé nécessaire de faire davantage pour sensibiliser les gens à l’étendue et à la nature transfrontalière de la crise.

« On ne peut sous-estimer la nécessité de sauver les moyens de subsistance aujourd’hui car on pourra ainsi sauver davantage de vies demain », a-t-elle indiqué.

La Sous Secrétaire générale aux affaires humanitaires a aussi indiqué que les gouvernements du Mali, de la Mauritanie, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad avaient d’ores et déjà déclaré une situation d’urgence dans leurs pays et cherchaient à remédier à la situation en distribuant des grains et en subventionnant les céréales et les pâturages, entre autres.

Mme Bragg a également annoncé que la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, Valerie Amos, et l’Administratrice du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Helen Clark, effectueraient ensemble une visite au Niger, du 16 au 18 février, pour répondre à la crise qui se profile en plaçant l’accent sur la collaboration entre les partenaires humanitaires et de développement.

Mme Bragg a par ailleurs expliqué que le départ des migrants de Côte d’Ivoire après la crise électorale, et ceux de Libye après le renversement du régime de Mouammar Qadhafi, avait provoqué une baisse notable des revenus pour des millions de personnes.

« Environ 420.000 personnes sont rentrées et on estime que grâce aux envois de fonds, chacune d’entre elles subvenait aux besoins de cinq personnes, ce qui signifie qu’entre 1,5 et 2 millions de personnes ont perdu cette source de revenus, ce qui ne fait que rajouter à la gravité de la situation », a-t-elle expliqué.


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