Des experts de l'ONU alarmés par la multiplication des activités de mercenaires

Faiza Patel, Président du Groupe de travail sur les mercenaires.

1 novembre 2011 – Le Groupe de travail des Nations Unies sur l'utilisation de mercenaires a mis en garde mardi contre une résurgence alarmante de l'usage de mercenaires dans les conflits armés à travers le monde.

Dans un rapport à l'Assemblée générale de l'ONU, le panel d'experts a également noté que les activités de plus en plus importantes des entreprises de sécurité privées représentent un problème est un défi grave pour les droits de l'homme qui nécessite une régulation internationale.

« Des évènements récents en Afrique montrent clairement que les problèmes que posent les mercenaires sont hautement d'actualité. Les mercenaires menacent non seulement la sécurité, mais aussi les droits de l'homme et potentiellement le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et à l'autodétermination. Il est important que les Etats travaillent ensemble pour éliminer ce phénomène », a déclaré la Présidente-rapporteur du Groupe d'experts sur l'utilisation des mercenaires, Faiza Patel.

Traditionnellement, les « mercenaires » sont définis comme des soldats embauchés pour combattre dans un conflit armé ou pour renverser un gouvernement. Cependant, lors de conflits récents, des gouvernements se sont servis de mercenaires contre leurs propres populations.

En Côte d'Ivoire, il y a des preuves considérables que le gouvernement de l'ancien Président Laurent Gbagbo s'est servi de quelques 4.500 mercenaires libériens pour éviter de respecter le résultat des élections démocratiques de la fin de 2010.

En Libye, des combattants étrangers ont participé à la répression de manifestations pacifiques. Ces mercenaires sont, selon les informations disponibles, originaires de pays voisins en Afrique ou d'Europe de l'est.

« Les entreprises militaires ou de sécurité privées dont les activités ne cessent de se développer, posent un certain nombre de défis. Le fait d'assurer la sécurité des populations est la responsabilité des Etats et la privatisation des tâches sécuritaires comporte des risques pour le respect des droits de l'homme, et il existe donc un besoin d'avoir des règles clairs », a expliqué Mme Patel.

L'experte indépendante de l'ONU estime que l'industrie militaire et de sécurité privée est en pleine croissance. Il est difficile d'évaluer la taille de ce secteur, qui représente entre 20 et 100 milliards de dollars par an, selon les estimations.

Toutefois, les dépenses américaines pour des contrats et des subventions en Iraq et en Afghanistan doivent dépasser 206 milliards de dollars en 2011. En 2010, plus de 260.000 personnes ont travaillé en tant que consultants privés pour les ministères américains des affaires étrangères et de la défense et USAID.

« C'est seulement la pointe de l'iceberg, car les entreprises militaires et de sécurité privées opèrent aussi dans plusieurs autres domaines, de programmes d'éradication des drogues en Colombie à des programmes de reconstruction post-conflit. Ce n'est pas seulement les gouvernements qui font appel à ce type de services, mais aussi des ONG, des entreprises privées et l'ONU », a souligné Mme Patel.

Pour le groupe de travail, « l'impact potentiel des activités multiples des entreprises militaires et de sécurité privées sur les droits de l'homme signifie qu'elles ne peuvent pas être autorisées à opérer sans régulation adéquate et sans mécanismes pour assurer la responsabilité ».

Mme Patel a salué tous les efforts de la part de gouvernements pour réguler les entreprises militaires et de sécurité privées, mais elle regrette qu'aucune solution n'ait été trouvée pour assurer une responsabilité complète pour éviter les violations des droits de l'homme.


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