Liban : une experte de l’ONU appelle à protéger les travailleurs domestiques

Gulnara Shahinian, Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage.

17 octobre 2011 – La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les formes contemporaines de l'esclavage, Gulnara Shahinian, a exhorté lundi les autorités libanaises à introduire une législation pour protéger les quelques 200.000 travailleurs domestiques menacés de servitude, soumis à un contrôle et une dépendance absolue vis-à-vis de leurs employeurs ce qui ouvre le voie à une exploitation physique et psychologique et à des abus sexuels.

« Des travailleurs domestiques immigrés au Liban, dont la majorité sont des femmes, n'ont pas de statut légal ce qui les rend très vulnérables à la servitude domestique. Le travailleur domestique migrant est tenu de vivre au domicile de son employeur, est exposé à des discriminations de nature raciste ou sexiste et est privé de protection légale qui protège ses droits, » a déclaré Mme Shahinian au terme de sa première visite au Liban.

« J'ai rencontré des femmes qui ont été forcées de travailler pendant de longues heures sans rémunération et sans contrat de travail valide, qui ont été victimes d'abus physiques et sexuels et harcelées sur le plan moral par des insultes et des humiliations, » a-t-elle poursuivi.

La Rapporteuse spéciale a instamment demandé aux autorités libanaises de garantir que les travailleurs domestiques obtiennent une protection légale, qu'un accès à la justice leurs soit accordé immédiatement et que les employeurs soient mis au courant de leurs obligations lors du recrutement des travailleurs domestiques.

Mme Shahinian a noté que le gouvernement a pris des mesures positives telles que l'établissement d'une ligne téléphonique pour des travailleurs domestiques en détresse. Un comité de pilotage national a été établi pour s'occuper de la situation des travailleurs domestiques. Ce comité a réussi à développer un contrat de travail standardisé et unique et il a formulé une proposition de loi qui régule le travail domestique immigré.

« Cette loi est à l'étude depuis trois ans et il est désormais temps que le gouvernement en fasse une priorité. La loi doit prendre en compte les obligations de l'employeur et de l'employé. Elle doit également garantir de façon explicite que les travailleurs domestiques puissent garder leurs passeports, bénéficier de la liberté de mouvement, avoir un jour de repos hebdomadaire, un logis et un salaire décents, » a souligné Mme Shahinian.

« Avec le régime des visas actuel, un travailleur domestique immigré est en infraction avec la loi à partir du moment où celui-ci ou celle-ci quitte son employeur, » a rappelé l'experte internationale en droits de l'homme en ajoutant que les travailleurs domestiques immigrés apportent une contribution indispensable à la société libanaise et permettent à de nombreuses femmes de faire carrière à l'extérieur du domicile.


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