Journée de l’eau : 800 millions de personnes toujours dépourvues d’eau potable

Une jeune fille haïtienne transporte de l’eau à Port-au-Prince.

22 mars 2011 – « Sans eau, il n'y a pas de dignité et pas d'échappatoire à la pauvreté. Réaffirmons notre engagement à mettre un terme au fléau qu'affrontent 800 millions de personnes qui n'ont toujours pas l'eau potable et l'assainissement nécessaires à une vie digne et en bonne santé », a déclaré mardi le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dans un message publié à l'occasion de la Journée mondiale de l'eau.

Organisée cette année autour du thème « L'eau pour les villes », cette journée mondiale veut attirer l'attention des dirigeants de la planète et sensibiliser l'opinion publique mondiale sur les défis posés par l'urbanisation croissante et l'approvisionnement en eau.

D'ici à 20 ans, 60% de la population mondiale sera en effet concentrée dans des centres urbains. Dans les pays en développement, ces nouveaux citadins vivront essentiellement dans des bidonvilles et des banlieues sans infrastructures élémentaires, où les populations sont déjà confrontées à des problèmes d'eau courante.

Dans son message, Ban Ki-moon a donc souligné qu'au cours de la dernière décennie, le nombre de citadins n'ayant pas accès à l'eau potable dans leur maison avait « augmenté de 114 millions de personnes », et celui des citadins n'ayant pas accès à un assainissement élémentaire « de 134 millions ».

« Cette augmentation de 20% a eu un impact extrêmement négatif sur la santé humaine et sur la productivité économique : les gens sont malades et incapables de travailler », a-t-il ajouté, avant de rappeler que « dans de nombreux pays, les filles abandonnent aussi l'école par manque d'installations sanitaires », tandis que « les femmes sont harcelées ou agressées pendant qu'elles vont chercher de l'eau ou qu'elles se rendent dans des toilettes publics ».

« Les plus pauvres et les plus vulnérables ont souvent peu d'autre choix que celui d'acheter l'eau auprès de vendeurs informels à des prix 20 à 100% plus élevés que celui de leurs voisins plus riches, qui reçoivent de l'eau municipale dans leurs maisons », a encore poursuivi Ban Ki-moon, dénonçant une situation « inacceptable ».

Soulignant ensuite que « l'urbanisation offre la possibilité d'une gestion plus efficace de l'eau et d'un meilleur accès à l'eau potable et à l'assainissement », le chef de l'ONU a indiqué que toutes ces questions liées à l'eau occuperaient « une place prépondérante lors de la prochaine Conférence des Nations Unies pour le développement durable, organisée à Rio de Janeiro, en 2012 ».

En attendant, il demande « instamment aux gouvernements de reconnaître la crise de l'eau en milieu urbain pour ce qu'elle est - une crise de gouvernance, liée aux faiblesses des politiques et à la mauvaise gestion, plutôt qu'à la rareté » de la ressource.

De son côté, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a elle aussi mise en garde contre les effets de l'urbanisation croissante sur la demande et l'approvisionnement en eau.

L'agence onusienne souligne notamment que l'accroissement de la demande alimentaire dans les villes entraîne un accroissement de la demande d'eau pour le développement de l'agriculture urbaine et périurbaine, et celui des industries agroalimentaires.

Selon le Directeur adjoint de la FAO pour les ressources naturelles, Alexander Mueller, « cette série de pressions exercées sur les réseaux urbains de distribution et d'assainissement d'eau requiert de nouveaux scénarios non conventionnels, afin de créer des villes plus résilientes ».

Exemple type selon lui, « la collecte de l'eau de pluie dans les villes qui offre de vastes possibilités pour l'agriculture urbaine mais reste encore à ce jour relativement inexploitée ».

A l'occasion de cette journée mondiale de l'eau, la FAO défend aussi la mise en œuvre « de bonnes pratiques agricoles et forestières », pour contribuer « à l'aménagement rationnel des bassins versants, à la préservation des zone de captage d'eau et à la réduction des ruissellements et des inondations dans les villes ».

Pour l'agence onusienne, l'une des questions centrales aujourd'hui est celle « du développement sûr et durable de l'agriculture urbaine et périurbaine », qui peut permettre « de contribuer davantage aux besoins des populations urbaines », tout en offrant « un fort potentiel de recyclage » de l'eau utilisée.

« A l'heure actuelle, les agriculteurs et les citadins se disputent l'eau. Les villes utilisent l'eau, avant de la rejeter en polluant l'environnement. Il serait beaucoup plus logique de traiter l'eau des villes et de la réutiliser dans l'agriculture », souligne la FAO.

« Cela permettrait ainsi de remédier aux pénuries d'eau et de libérer la précieuse ressource pour les producteurs vivriers urbains et périurbains, qui non seulement économiseraient sur leurs achats d'eau mais aussi d'engrais, étant donné que les eaux usées traitées sont riches en nutriments », conclut-elle.


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