L'ONU tire la sonnette d'alarme face à la flambée des prix alimentaires

Crise alimentaire

16 février 2011 – Les records atteints par les prix des produits alimentaires sur les marchés mondiaux accentuent la pression sur les agences de l'ONU qui apportent une aide alimentaire à près de 100 millions de personnes dans le monde. Leurs responsables mettent en garde contre le risque de voir une combinaison parfaite entre flambée des prix, nouvelles urgences météorologiques et instabilité politique créent une « tempête ».

« La flambée des prix alimentaires est une réalité pour le monde entier, mais elle n'a pas le même impact sur les populations les plus pauvres et les plus vulnérables », a déclaré au Centre d'actualités de l'ONU, la Directrice du Programme alimentaire mondial (PAM), Josette Sheeran, soulignant que pour les ménages qui sont déjà dans la subsistance, cette situation se traduit par une hausse de la malnutrition, une diminution des revenus à consacrer à la scolarisation ou la santé et un risque d'instabilité avec « des émeutes de la faim » dans les pays les plus touchées.

« Nous sommes en alerte rouge, continuellement en train d'évaluer nos besoins et de revoir nos plans, tout en nous tenant prêts », a poursuivit la chef du PAM, avant d'expliquer que l'agence onusienne planchait sur un plan d'action permettant des achats tôt et rapides de denrées alimentaires et la constitution de réserves.

Si les prix restent à leur niveau actuel ou s'ils continuent d'augmenter pendant l'année à venir à cause de conditions météorologiques défavorables, d'inondations, de sécheresses ou d'incendies, le PAM sera confronté à un grave déficit budgétaire imposant certaines décisions identiques à celles prises en 2008 lors de la crise alimentaire mondiale: réduction des rations individuelles, réduction du nombre de bénéficiaires de l'aide alimentaire internationale, recherche urgente de nouvelles ressources.

En 2010, le PAM a réussi à acheter des denrées quand leurs prix étaient relativement bas, limitant ainsi l'impact l'envolée des prix sur son budget. L'agence indique toutefois que chaque augmentation de 10% des prix des aliments contenus dans son panier de référence, représente un surcoût de 200 millions de dollars par an.

Le plan d'action en cinq points établit par le PAM pour aider les pays confrontés à la hausse des prix et assurer un approvisionnement stable aux populations les plus vulnérables prévoit de renforcer encore les achats de denrées alimentaires en avance et de développer des réserves régionales permettant au PAM de disposer de stocks accessibles rapidement en cas de crise.

Le plan appelle aussi au renforcement des filets de sécurité dans les communautés les plus vulnérables, en développant les programmes de nutrition mère/enfant, les repas scolaires, les programmes de création d'emplois, le soutien aux femmes agricultrices, notamment en utilisant la capacité du PAM à acheter des denrées dans les pays en développement pour promouvoir la production des petits exploitants.

Le PAM demande aussi le renforcement des engagements pris lors du Sommet de Rome sur la sécurité alimentaire de 2009, prévoyant notamment l'exonération des taxes et autres restrictions existantes quand il s'agit d'aide humanitaire.

Le PAM propose aussi la création d'un mécanisme multilatéral destiné à améliorer l'analyse et l'anticipation des fluctuations des prix des denrées alimentaires, ainsi que la transparence des marchés mondiaux des denrées alimentaires.

Selon le PAM, ce qui n'est pas une crise alimentaire dans certaines parties du monde industrialisé pourrait être dévastateur pour 80% de la population mondiale qui vit sans filet de sécurité alimentaire et est particulièrement sensible aux variations de prix et sans moyens de résister à des prix très volatiles déterminés sur les marchés.

Selon les derniers indices de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les prix alimentaires atteignaient en moyenne 231 points en janvier, en hausse de 3,4% par rapport à décembre et le niveau le plus haut jamais atteint depuis sa création en 1990. Une autre mesure, l'indice des prix alimentaires de la Banque mondiale, a lui augmenté de 15% entre octobre et janvier et se trouve désormais à 3 points seulement du pic de 2008. En conclusion, quelque soit l'indice de référence, le résultat est le même: les prix des denrées alimentaires flambent et 44 millions de personnes plongées dans la pauvreté extrême sont menacées.

« Je pense que nous sommes entrés dans une période dangereuse. Des questions de sécurité alimentaire nationales sont de plus des questions de sécurité alimentaire mondiale. C'est un défi pour le monde entier, car près d'un milliard de personnes vont se coucher en ayant faim », estime le Directeur de la Banque mondiale, Ngozi Okonjo-Iweala.

« La communauté internationale doit aider les pays en développement à atténuer l'impact de la flambée des prix alimentaires et la volatilité des prix, et je pense qu'il y a plusieurs mesures que nous pouvons prendre », a-t-il poursuivi, « améliorer la transparence de l'information sur les stocks de nourriture disponible car il y a souvent un excès de nourriture produite dans un pays qui pourrait être distribué dans un autre, à condition de disposer de cette information ».

« Nous devons également aider les agriculteurs à mieux prévoir, et mieux organiser le stockage et la distribution », a-t-il conclu.

En plus du quasi-doublement des prix du blé, ceux du maïs ont augmenté de 73% ces derniers mois, alors même que c'est une denrée essentielle pour de nombreuses communautés pauvres dans le monde. Les prix du riz sont aussi en forte augmentation, même si le rythme de croissance reste inférieur à ceux des autres céréales. Sucre, huiles, légumes ont aussi connu de fortes hausses, variantes en fonction des pays.


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