Viols de masse en RDC : Margot Wallström appelle à lutter contre l'impunité

Margot Wallström.

14 octobre 2010 – « Nous devons insister sur un point. Là où la violence sexuelle est planifiée et orchestrée comme une tactique de guerre, elle doit être considérée comme évitable », a affirmé jeudi devant le Conseil de sécurité, la Représentante spéciale de l'ONU pour les violences sexuelles dans les conflits, Margot Wallström.

Elle faisait le bilan de sa dernière visite en République démocratique du Congo (RDC) du 27 septembre au 3 octobre, au cours de laquelle elle s'est notamment rendue dans le territoire de Walikale au Nord Kivu, où des rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des milices Maï-Maï ont perpétrés des viols de masse fin juillet-début août.

« Un rat mort vaut plus que le corps d'une femme », a-t-elle encore déclaré devant les membres du Conseil, citant les propos d'une jeune victime rencontrée à Walikale et qui résument, selon elle, « la manière dont les violations des droits de l'homme à l'encontre des femmes sont encore en bas de la fausse hiérarchie des horreurs de la guerre ».

Margot Wallström a ensuite développé plusieurs points pour éviter la reproduction des tels viols de masse en RDC, en tête desquels figurent la lutte contre l'impunité et l'augmentation du « coût » des viols.

Elle a tenu d'abord à saluer les autorités françaises et allemandes pour l'arrestation cette semaine en France et ces derniers mois en Allemagne, de plusieurs responsables des FDLR accusés de crimes de guerre. Elle a également félicité la Mission de stabilisation de l'ONU en RDC (MONUSCO) pour l'interpellation du chef rebelle Mai-Mai, Sadoke Kokunda, identifié par des victimes comme étant l'un des responsables des viols de masses de Walikale.

« Ces arrestations envoient un message fort et clair, l'impunité pour les crimes de violences sexuelles ne sera plus tolérée », s'est réjouie Margot Wallström, ajoutant que l'arrestation de Sadoke Kokunda montrait qu'il était « possible de faire pression sur les hauts gradés pour qu'ils livrent eux-mêmes à la justice les auteurs de violences sexuelles venus de leurs rangs ».

« Quand les commandants ne peuvent plus se reposer sur l'impunité, quand ils commencent à réaliser que les leurs pourront les livrer, nous ouvrons un nouveau front dans la guerre contre l'impunité », a-t-elle insisté, appelant les Etats membres à renforcer la collecte d'informations sur les groupes armés, afin de disposer de moyens de pressions sur eux. Elle a également souhaité que le Comité de sanctions de l'ONU pour la RDC se concentre plus sur les crimes de viols.

« Les viols continueront tant que leurs conséquences seront négligeables pour leurs auteurs. Nous devons fermer leurs perspectives d'avenir, ils doivent être exclus des amnisties, devenir inéligibles. La possibilité d'un rôle futur en politique ou dans un gouvernement doit être éliminée », a-t-elle encore estimé.

Margot Wallström a ensuite fait part de sa « profonde préoccupation » quant aux opérations des Forces armées de RDC (FARDC) en cours dans la région de Walikale. Selon elle, des rapports de la MONUSCO font déjà état de viols et de pillages par des éléments des FARDC. Elle a donc appelé le gouvernement de RDC « à mener immédiatement des enquêtes sur ces allégations et à tenir leurs auteurs éventuels pour responsables ». Elle a également demandé le déploiement de forces de police visibles dans les zones à risque.

Se penchant ensuite sur les causes des viols de masse, Margot Wallström a rappelé l'importance des matières premières dans la zone des Kivu, dont l'exploitation illégale finance les groupes rebelles. Selon elle, les populations vivant dans ces zones sont par conséquent plus exposées à des exactions et les enquêtes en cours sur les viols de masse de Walikale doivent prendre en compte cette dimension.

La Représentante spéciale de l'ONU a également évoqué la question des capacités de la MONUSCO, qui n'a pas été en mesure d'empêcher ces viols de masse. « La réalité, c'est que les casques bleus sont éparpillés et manquent de ressources », a-t-elle indiqué, avant d'appeler le Conseil de sécurité à donner à la MONUSCO « un mandat de protection fort, soutenu par des ressources financières adéquates et d'autres atouts indispensables à sa mission ».

Margot Wallström a ensuite élargi son raisonnement au système de réponse de l'ONU, regrettant que les agences onusiennes continuent de travailler seules « alors qu'elles doivent montrer plus d'engagement à ne faire qu'une » et qu'elles sont « responsables autant de la protection et de la prévention, que des services qu'elles offrent ».

Rappelant enfin qu'« un casque bleu de la MONUSCO ne peut pas être derrière chaque pierre et chaque arbre », la Représentante spéciale de l'ONU a appelé les autorités de RDC « à mener des actions et envoyer un message fort, celui que la lutte contre les violences sexuelles est au sommet de leurs priorités ».


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