Nigéria : une grave pollution au plomb explique la mort de dizaines d'enfants

5 octobre 2010 –

La mission dépêchée au Nigéria par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) pour enquêter sur l'origine et l'étendue d'une épidémie de saturnisme qui frappe des centaines d'enfants de l'État du Zamfara depuis mars et serait liée à l'extraction de l'or à partir de minerais riches en plomb, a rendu mardi ses conclusions préliminaires. Dans plusieurs villages dans lesquels des prélèvements ont été effectués, des pollutions ont été identifiés.

« La mission s'est concentrée en premier lieu sur la qualité de l'eau potable dans la région, tant pour les hommes que pour les animaux. Pour les hommes, la qualité de l'eau dépend de la teneur en plomb qui doit se conformer aux standards de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Nigéria », indique un communiqué d'OCHA.

L'agence onusienne précise qu'après des consultations avec l'ONG Médecins sans frontières, qui fournit des traitements à une centaine d'enfants dans deux unités spéciales installées dans des hôpitaux de l'État du Zamfara, et les sociétés Blacksmith Institute et TerraGraphics Environmental Engineering chargées de la décontamination par les autorités nigérianes, les experts ont établi une liste de villages les plus touchés par des empoisonnement au plomb : Abare, Bagega, Dareta, Kersa et Sunke.

Les prélèvements et analyses dans ces villages ont montré que la teneur en plomb dans l'eau des puits publics « n'était pas conforme aux standards de l'OMS et du Nigéria », que « les marais, étangs et bassins étaient souvent pollués », qu'« un cas de pollution de rivière » avait été observé, qu'une concentration excessive de mercure dans l'air avait été relevée et que les sols étaient saturés de plomb.

Face à ces résultats encore partiels, les experts envoyés par OCHA ont formulé des conclusions préliminaires et plusieurs recommandations. Selon leur communiqué, « la pollution au plomb et la crise intoxication dans le Zamfara est loin d'être terminée. La pollution de l'eau est moins préoccupante que celle des sols, et même éventuellement que celle de l'alimentation (viande, cultures), mais des études supplémentaires sont nécessaires d'urgence ».

Les experts relèvent aussi que « la plupart des maladies et des décès ne sont pas signalés » et qu'il est « probable que de nombreux enfants n'ont pas été emmenés dans les cliniques de MSF pour différentes raisons, notamment les difficultés de circulation pendant la saison des pluies, le fait que les mères de familles ont plusieurs enfants à charge et ne peuvent quitter leur domicile pour prendre soin d'un enfant malade, le manque d'établissements de soins prolongés pour les enfants malades, le temps que leurs villages d'origine soient dépollués ».

Dans leur communiqué, les experts rappellent également que le saturnisme n'est traitable « que dans une certaine mesure » et qu'il fait des « dommages irréversibles aux systèmes neurologiques des enfants (diminution du QI, troubles du comportement, perte de contrôle des muscles) », qu'il représente une grave menace pour les femmes enceintes (enfants mort-nés ou malformations congénitales liées à la contamination de la mère à l'enfant, via le placenta) ainsi que pour les femmes qui allaitent (contamination par le lait).

En conclusion, ils soulignent qu'une « intervention rapide et coordonnée est indispensable ». « Des centaines de vies ont déjà été perdues, des milliers sont menacées », mettent-ils en garde.

Depuis l'apparition des premiers symptômes d'empoisonnement au plomb dans cette région au début de l'année 2010, des dizaines de décès inexpliqués d'enfants ont été relevés, avant que la cause en soit trouvée : des empoisonnements aigus au plomb, liés aux minerais utilisés dans la transformation artisanale de l'or à domicile.

En juillet, une étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur un échantillon aléatoire de 56 enfants de moins de 5 ans avait déjà révélé que des concentrations de plomb dans le sang suffisamment élevées pour nécessiter un traitement médical avaient été identifiées sur 90% des enfants. Pour 70% d'entre eux, les concentrations étaient même tellement élevées qu'elles nécessitaient un traitement d'urgence.

Après avoir commencé la décontamination des zones affectées, les autorités nigérianes ont sollicité le soutien de l'ONU et de ses agences. Après le déblocage d'une aide de 2 millions de dollars par le Fonds central d'intervention pour les urgences humanitaires de l'ONU (CERF), le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a envoyé cette équipe d'experts.


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