Piraterie au large de la Somalie : pas de sécurité en mer sans stabilité à terre

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14 mai 2010 – A une semaine de la Conférence des donateurs pour la Somalie qui se tiendra à Istanbul, en Turquie, l'Assemblée générale organisait ce vendredi une réunion informelle sur la lutte contre la piraterie. Pour l'ONU, il est indispensable de renforcer les capacités d'action des autorités somaliennes. « Sans stabilité à terre, il n'y aura pas de sécurité en mer », a rappelé le Secrétaire général, Ban Ki-moon.

En dépit des efforts déployés par les Nations Unies et la communauté internationale, les actes de piraterie continuent d'augmenter, au point qu'ils pourraient constituer aujourd'hui le crime international le plus fréquemment commis, a souligné M. Ban.

Les chiffres de l'année 2009 de l'Organisation Maritime Internationale (OMI) sont sans appel : 406 attaques recensées, 746 membres d'équipages pris en otage, 8 marins tués, 59 autres blessés. En tout, 47 navires commerciaux ou de plaisance ont été détournés et les rançons extorquées aux armateurs ont représentées 60 millions de dollars. Des sommes colossales, qui font de la piraterie une activité criminelle juteuse et encouragent creux qui la pratiquent. « Les chiffres sont alarmants, nous devons soutenir les dispositifs qui fonctionnent et renforcer ce qui doivent l'être », a dit Ban Ki-moon, lors de la réunion informelle de l'Assemblée générale.

« La piraterie est un problème complexe, qui a des effets particulièrement déstabilisants sur la sécurité, la stabilité et le commerce régional et international », a pour sa part rappelé le Président de l'Assemblée générale, Ali Treki. C'est en particulier le cas au large de la Somalie, où s'est concentrée l'écrasante majorité des attaques ces dernières années et où la mise en place de patrouilles navales internationales a déplacé le problème plutôt que le régler. Les pirates somaliens ont étendu leurs rayons d'action aux côtes des Seychelles ou du Yémen, où un navire grec avec 23 personnes à bord a encore été pris en otage mercredi.

« Les racines du problème sont à chercher dans l'insécurité, l'instabilité, le chaos et le manque de gouvernance qui caractérise la Somalie depuis deux décennies », a insisté M. Treki, qui a cependant salué les efforts entrepris par la communauté internationale et les Nations Unies pour changer la situation : soutien au gouvernement fédéral de transition somalien, mise en place d'un Groupe de contact sur la piraterie, résolutions du Conseil de sécurité appelant les Etats à criminaliser la piraterie dans leurs législations nationales, accords de coopération avec le Kenya ou les Seychelles pour que ces deux Etats poursuivent, jugent et emprisonnent les pirates.

Pour le président de l'Assemblée générale, il faut faire plus « sinon le problème deviendra global ». Il a appelé à « la mise en place urgente d'une stratégie coordonnée, pas seulement destinée à combattre la piraterie, mais aussi à en traiter ses causes profondes ». « Si les Somaliens sont les premiers responsables de cette situation, ils ne peuvent pas s'en charger seuls. Un effort international beaucoup plus soutenu et l'allocation de ressources plus importantes sont nécessaires pour faire face efficacement à ces défis », a-t-il ajouté.

Souhaitant que la Conférence d'Istanbul soit l'occasion d'intensifier les efforts internationaux pour soutenir la Somalie et éradiquer la piraterie, le président de l'Assemblée générale a conclu en appelant aussi le Conseil de sécurité à prendre « des mesures plus fortes pour soutenir une stratégie politique, de maintien de la paix et de reconstruction de la Somalie ».

Le Secrétaire général de l'ONU a également insisté sur la nécessité de ne pas s'attaquer au problème uniquement en mer. « Cette question a été abordée récemment par le Conseil de sécurité et il ne fait aucun doute qu'un changement de stratégie est nécessaire », a expliqué Ban Ki-moon. Il a souligné l'importance de la Conférence d'Istanbul dont « l'objectif est de donner un nouvel élan international pour trouver des solutions aux problèmes de sécurité et de stabilité en Somalie ». « La stabilité à terre améliorera sans aucun doute la sécurité en mer », a conclu Ban Ki-moon.


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