UNESCO : Le chant corse et un rite de pêche malien nécessitent des mesures de sauvegarde

Le siège de l’UNESCO à Paris. Photo: Matthias Ripp

1 octobre 2009 – Le Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, réuni à Abou Dhabi, a considéré que douze éléments du patrimoine culturel immatériel de huit pays nécessitaient des mesures urgentes de sauvegarde, a indiqué jeudi l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).

Avec l'inscription de pratiques culturelles proposées par le Belarus, la Chine, la France, le Kenya, la Lettonie, le Mali, la Mongolie et le Viet Nam, examinées par des experts indépendants, le Comité a ainsi ouvert la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Il a considéré que la viabilité de ces éléments culturels est en péril en dépit des efforts déployés par les communautés ou groupes qui les pratiquent.

Suite à cette inscription, les Etats concernés mettront en œuvre des plans de sauvegarde spécifiques contenus dans leurs dossiers de candidature. Les éléments en danger pourront aussi bénéficier d'une aide financière du Fonds créé à cet effet.

Les éléments inscrits sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente sont :

+ Belarus - Le rite des Tsars de Kalyady (Tsars de Noël)

Les Tsars de Kalyady (Tsars de Noël) est un événement rituel et festif célébré dans le village de Semezhava, dans la région de Minsk au Belarus. Les célébrations du Nouvel an biélorusse ont lieu traditionnellement selon 'l'ancien' calendrier julien et s'accompagnent de manifestations artistiques locales spécifiques. De nos jours, bien que très prisée des habitants les plus âgés, cette tradition perd de sa popularité auprès des jeunes générations, ce qui pourrait provoquer une rupture de la transmission des connaissances relatives à la fabrication des costumes, des instruments, des décorations intérieures et des plats spécifiques associés – tout un patrimoine immatériel qui pourrait ne pas survivre à la génération actuelle d'habitants du village.

+Chine - Le festival du Nouvel An des Qiang

Le festival du Nouvel An des Qiang, qui a lieu le premier jour du dixième mois lunaire, est l'occasion pour le peuple Qiang de la province chinoise du Sichuan d'adresser des actions de grâce et des dévotions au ciel pour obtenir la prospérité, de réaffirmer le lien harmonieux et respectueux qu'il entretient avec la nature et de promouvoir l'harmonie sociale et familiale. Ces dernières années, la participation au festival a diminué sous l'effet des migrations, du désintérêt croissant des jeunes pour le patrimoine Qiang et de l'impact des cultures extérieures ; de plus, le tremblement de terre qui a ravagé le Sichuan en 2008, détruisant de nombreux villages Qiang, a mis gravement en péril le festival du Nouvel An.

+ Chine - La conception et les pratiques de construction des ponts chinois en arc de bois

On trouve des ponts de bois en arc dans les provinces du Fujian et du Zhejiang, le long de la côte sud-est de la Chine. La conception et les pratiques traditionnelles de construction de ces ponts associent l'usage du bois et des outils d'architecte traditionnels, l'artisanat, les techniques fondamentales de « tissage de poutres » et d'assemblage par mortaises et tenons, ainsi que la connaissance par le charpentier expérimenté des différents environnements et des mécanismes structuraux nécessaires. Mais la tradition décline depuis quelques années du fait de l'urbanisation rapide, de la rareté du bois d'œuvre et du manque d'espace de construction disponible, et la combinaison de ces facteurs met en péril sa transmission et sa survie.

+ Chine - Les techniques textiles traditionnelles des Li : filage, teinture, tissage et broderie

Les techniques textiles traditionnelles des Li : filage, teinture, tissage et broderie sont employées par les femmes du groupe ethnique des Li, dans la province chinoise du Hainan, pour produire des vêtements et d'autres objets usuels à partir du coton, du chanvre et d'autres fibres. Depuis quelques décennies, le nombre de femmes maîtrisant les techniques du tissage et de la broderie a considérablement diminué, au point que les techniques textiles traditionnelles Li sont menacées de disparition et ont un besoin urgent de protection.

+ France - Le Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale

La paghjella est une tradition de chants corses interprétés par les hommes. La paghjella fait un large usage de l'écho et se chante a capella dans diverses langues parmi lesquelles le corse, le sarde, le latin et le grec. Malgré les efforts des praticiens pour réactiver le répertoire, la paghjella a progressivement perdu de sa vitalité du fait du déclin brutal de la transmission intergénérationnelle due à l'émigration des jeunes et de l'appauvrissement du répertoire qui en a résulté. Si aucune mesure n'est prise, la paghjella cessera d'exister sous sa forme actuelle, survivant uniquement comme produit touristique dépourvu des liens avec la communauté qui lui donnent son sens véritable.

+ Kenya - Les traditions et pratiques associées aux Kayas dans les forêts sacrées des Mijikenda

Les Mijikenda se composent de neuf groupes ethniques bantouphones des forêts Kaya le long des côtes du Kenya. L'identité des Mijikenda s'exprime à travers des traditions orales et manifestations liées aux forêts sacrées, qui sont aussi une source de plantes médicinales utiles. Les Kayas sont des habitats fortifiés dont les espaces culturels sont indispensables à la pratique des traditions vivantes qui mettent en exergue l'identité, la continuité et la cohésion des communautés mijikenda. Aujourd'hui, les communautés mijikenda abandonnent graduellement les Kayas au profit d'habitats urbains informels. Du fait des pressions exercées sur les ressources de la terre, l'urbanisation et les transformations sociales, les traditions et pratiques culturelles associées aux habitats Kaya sont en rapide régression, constituant une menace sérieuse pour le tissu social et la cohésion des communautés mijikenda qui les vénèrent et les célèbrent comme représentatives de leur identité et symbole de continuité.

+ Lettonie - L'espace culturel des Suiti

Les Suiti sont une petite communauté catholique implantée dans la partie occidentale protestante (luthérienne) de la Lettonie. L'espace culturel des Suiti présente différents traits distinctifs, notamment un chant avec bourdon exécuté par les femmes, des traditions liées au mariage, des costumes traditionnels extrêmement colorés, la langue Suiti, la cuisine locale, les traditions religieuses, les célébrations du cycle annuel et un nombre remarquable de chants, danses et mélodies populaires conservés par cette communauté. Le pilier de l'identité Suiti – l'Église catholique – a réussi à regagner le terrain perdu pendant la période soviétique, ce qui a permis à l'espace culturel des Suiti de renaître progressivement. Pourtant seul un petit groupe de membres de la communauté, principalement les plus anciens, ont aujourd'hui une connaissance étendue du patrimoine culturel ; il est par conséquent urgent de diffuser ce savoir et d'associer plus de gens à sa préservation en récupérant les éléments préservés uniquement dans des documents écrits, des archives filmées et les réserves des musées.

+ Mali - Le Sanké mon : rite de pêche collective dans le Sanké

Le Sanké mon, rite de pêche collective, a lieu à San, dans la région de Ségou au Mali, tous les deuxièmes jeudis du septième mois lunaire pour commémorer la fondation de la ville. Le rite commence par le sacrifice de coqs et de chèvres et par des offrandes des habitants du village aux esprits de l'eau qui habitent la mare Sanké. Une pêche collective a lieu ensuite pendant quinze heures à l'aide de filets à larges et à petites mailles. Le rite du Sanké mon marque traditionnellement le début de la saison des pluies. C'est aussi une expression de la culture locale à travers l'art et l'artisanat, les connaissances et le savoir-faire attachés à la pêche et aux ressources en eau. Depuis quelques années, il connaît une chute de popularité qui menace de mettre son existence en péril, les facteurs contribuant à ce phénomène étant notamment l'ignorance de l'histoire et de l'importance de la tradition, une diminution progressive de la participation au rite, des accidents occasionnels pendant son déroulement et la dégradation de la mare Sanké à cause des pluies insuffisantes et des effets du développement urbain.

+ Mongolie - Le Biyelgee mongol : danse populaire traditionnelle mongole

Le Biyelgee mongol : danse populaire traditionnelle mongole est exécuté par les danseurs de différents groupes ethniques des provinces mongoles de Khovd et d'Uvs. Considérées comme l'ancêtre originel des danses nationales mongoles, les danses Biyelgee incarnent le mode de vie nomade dans lequel elles puisent leurs racines. Le Biyelgee mongol est traditionnellement transmis aux jeunes générations par l'apprentissage ou par des leçons au sein de la famille, du clan ou du voisinage. Actuellement, la majorité des transmetteurs de la danse Biyelgee sont des personnes âgées dont le nombre diminue. La diversité inhérente au Biyelgee mongol est, elle aussi, menacée parce qu'il reste très peu de représentants des formes de Biyelgee propres aux différents groupes ethniques.

+ Mongolie - Le Tuuli mongol : épopée mongole

Le Tuuli mongol est une tradition orale composée d'épopées héroïques qui font entre plusieurs centaines et plusieurs milliers de vers et combinent bénédictions, panégyriques, formules magiques, expressions idiomatiques, contes de fées, mythes et chants traditionnels. Il est considéré comme une encyclopédie vivante des traditions mongoles orales et immortalise l'histoire héroïque du peuple mongol. À travers les épopées, les Mongols transmettent leurs connaissances historiques et leurs valeurs aux jeunes générations, renforçant le sentiment d'identité nationale, la fierté et l'unité. Or, le nombre de formateurs et d'apprentis est en train de diminuer. Avec cette disparition progressive de l'épopée mongole, c'est tout le système de transmission des connaissances historiques et culturelles qui se dégrade.

+ Mongolie - La musique traditionnelle pour flûte tsuur

La musique pour flûte tsuur repose sur une technique à la fois instrumentale et vocale : un mélange de sons produits simultanément par l'instrument et par la gorge du musicien. La musique pour flûte tsuur est inséparable des populations mongoles Uriankhai de la région de l'Altaï et reste de nos jours une part intégrante de leur vie quotidienne. La tradition de la flûte tsuur se perd depuis quelques décennies, par négligence et animosité à l'égard des coutumes populaires et de la foi religieuse, laissant de nombreux endroits sans joueur de tsuur ni familles possédant une flûte tsuur. Les quarante instruments connus préservés au sein du groupe des Mongols Uriankhai sont transmis exclusivement grâce à la mémoire des générations successives : cette caractéristique rend cet art extrêmement vulnérable au risque de disparition.

+ Viet Nam - Le chant Ca trù

Le Ca trù est une forme complexe de poésie chantée que l'on trouve dans le nord du Viet Nam et qui utilise des paroles écrites selon des formes poétiques vietnamiennes traditionnelles. Des artistes populaires transmettent la musique et les poèmes qui composent le Ca trù par transmission orale et technique, autrefois au sein de la famille, mais aujourd'hui à toute personne qui souhaite apprendre. À cause des guerres incessantes et du manque de sensibilisation, le Ca trù est tombé en désuétude au cours du XXe siècle. Bien que les artistes aient fait des efforts remarquables pour transmettre le répertoire ancien aux générations plus jeunes, le Ca trù reste exposé à la menace de disparition du fait de la diminution du nombre de praticiens et de leur grand âge.


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