BIT : La crise est une occasion de repenser les modèles économiques

Le directeur général du BIT, Juan Somavia.

27 février 2009 – La crise économique et sociale actuelle qui frappe le monde entier offre l'occasion de repenser les valeurs et les modèles économiques dans le domaine de la finance, affirme vendredi le Bureau international du Travail (BIT), pour qui la microfinance est un modèle alternatif intéressant.

« Le travail décent est loin d'être une réalité pour des millions de travailleurs pauvres: 1,5 milliard de personnes vivent encore avec moins de 2 dollars par jour », rappelle Bernd Balkenhol, chef du Programme de Finances sociales du BIT.

Or la microfinance joue un rôle social dans le domaine du travail en finançant des activités de subsistance. « La microfinance n'est pas 'juste' une autre catégorie de financement, ce n'est pas de la finance 'en miniature', mais une stratégie financière avec un agenda social », explique Bernd Balkenhol dans un entretien publié sur le site du BIT.

« La crise a conduit à s'interroger sur le bon modèle de gestion dans la finance. La microfinance est un modèle alternatif intéressant. Elle valorise en priorité la rentabilité à long terme, le partage des bénéfices entre actionnaires, prêteurs et emprunteurs; elle prend en compte les besoins de la communauté locale; elle est très transparente et – c'est son fondement même – elle a une vocation sociale qui ne l'empêche pas d'être tout à la fois durable et rentable », ajoute-t-il.

Selon lui, on peut en tirer un ou deux enseignements. L'idée que la finance doit être au service de l'économie réelle, le nouveau credo des analystes, hommes politiques et des médias ces derniers mois, est mis en pratique jour après jour dans la microfinance depuis 20 ans.

Ce qui implique de développer les capacités des organisations d'employeurs et de travailleurs pour adopter des positions avisées sur des politiques financières qui affectent le travail décent. Il ne s'agit pas d'exercer des pressions en faveur d'intérêts particuliers, mais d'assurer que le secteur financier soit fermement et durablement aligné sur les besoins de l'économie réelle, estime-t-il.

Le BIT rappelle que l'accès des hommes et des femmes au travail décent dépend de l'accès des ménages, des travailleurs et des entreprises aux services financiers. « Le travail décent recouvre divers aspects de la vie quotidienne des travailleurs pauvres – emploi productif, conditions de travail sûres, absence de travail des enfants, abolition du travail obligatoire, formalisation des entreprises informelles, accès à la protection sociale et à la liberté syndicale », dit M. Balkenhol.

Interrogé sur l'impact de la crise financière actuelle sur la microfinance, ce dernier explique que cela dépend en grande partie de la façon dont les institutions de microfinance obtiennent leurs ressources.

« Les Institutions de microfinance (IMF) organisées sous forme coopérative utilisent en priorité les dépôts de leurs membres, alors que les ONG travaillent essentiellement avec des subventions ou des prêts. Les banques de microfinance pour leur part sont refinancées aux conditions du marché ou à des taux négociés et, si elles sont autorisées à le faire, elles peuvent aussi collecter des fonds auprès de leurs membres. Ces différents types de ressources financières subissent les effets de la crise de manière inégale. Une IMF qui dépend de lignes de crédit extérieures en monnaie forte risque d'être confrontée à une hausse des coûts et à des exigences de garanties plus contraignantes. A l'inverse, les IMF qui travaillent prioritairement avec des ressources locales, et en particulier les dépôts de particuliers, sont relativement hermétiques à la contagion. En bref, plus les IMF sont intégrées dans le marché financier commercial, plus elles sont exposées aux conséquences de la crise », souligne-t-il.

A la question de savoir quel est l'impact socio-économique de la microfinance dans le monde, le BIT explique que les ménages qui ont accès à la microfinance dépensent davantage dans l'éducation que les autres.

« La clientèle de la microfinance est massivement féminine. On reconnaît très largement que la microfinance a permis aux femmes de gagner leur indépendance en contribuant davantage aux revenus du ménage, en valorisant leurs biens et en ayant le contrôle sur les décisions qui affectent leur vie », souligne M. Balkenhol.

« Le plus important est cependant qu'en de nombreuses circonstances elle a donné aux plus pauvres l'impression d'avoir une meilleure maîtrise de leur vie. Une recherche récente du BIT a commencé à examiner l'impact de la microfinance sur le travail décent, en se concentrant sur le travail des enfants, la formalisation, la création d'emplois indirects, les conditions de travail, etc. La question de l'impact est donc cruciale et indispensable », ajoute-t-il.


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