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PNUE : la fonte des glaces aura des conséquences sur la vie de milliards de personnes

4 juin 2007 – Des milliards de personnes à travers le monde verront leur avenir marqué par le recul des glaciers de mer, des montagnes et des lacs ainsi que par le dégel autour des pôles, estime un nouveau rapport lancé à l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

« Bien que ce rapport porte sur la glace et la neige, il concerne aussi bien les personnes résidant dans les tropiques ou sous des cieux tempérés - de Berlin à Brasilia, en passant par Beijing et Boston - que les habitants de l'Arctique ou des régions de montagnes recouvertes d'une calotte glaciaire », a déclaré Achim Steiner, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE dans un communiqué publié aujourd'hui à Tromsø en Norvège et à Nairobi.

Selon ce rapport sur les perspectives mondiales pour les glaciers et la neige, « la perte de la neige et le recul des calottes glacières des montagnes d'Asie auront un impact direct ou indirect sur 40% de la population mondiale ».

« Les conséquences sont multiples et importantes : l'approvisionnement en eau douce (pour l'agriculture et la consommation) sera affecté, l'élévation des niveaux de la mer aura des répercussions sur les régions côtières et les îles de faible altitude, et la subsidence des sols actuellement gelés et d'autres phénomènes représentent des menaces croissantes »

Des Alpes aux Andes en passant par les Pyrénées, les pays, les communautés, les fermiers et les centrales électriques font face à des défis semblables.

La fonte des glaces et de la neige provoquera également une augmentation de risques tels que les avalanches et la formation de lacs gelés. Ces lacs pourraient rompre leurs digues et déverser des murs d'eau sur les vallées à une vitesse semblable à celle de missiles antichars modernes.

La hausse des températures et la fonte des sols gelés (le pergélisol) entraînent l'expansion et la formation de nouvelles étendues d'eau en Sibérie par exemple.

Des zones de bouillonnement à méthane apparaissent alors sous la glace de ces lacs dits de dégel, et le violent dégagement du gaz dans l'atmosphère brise la glace.

Or, le méthane est un puissant gaz à effet de serre. Et les dernières recherches indiquent que les lacs de dégel produiraient 5 fois plus de méthane que prévu.

Parallèlement, moins de neige et une diminution de la glace de mer encourage, sur les terres et dans les mers polaires, l'absorption de la chaleur solaire qui à son tour accélère le réchauffement climatique mondial.

Ces phénomènes figurent parmi les rétroactions que les experts craignent pourraient conduire à des changements climatiques d'autant plus rapides et soudains, à d'importantes répercussions sur les populations, les économies, et la faune sauvage.

Le rapport reconnaît que de nombreuses communautés autochtones n'ont ni les moyens financiers ni les connaissances technologiques nécessaires à l'adaptation. De plus, plusieurs régions du monde ne sont actuellement pas en mesure de suivre le rythme des changements climatiques.

« 2007 marque l'année du dégel, en terme du changement climatique, ses fondements scientifiques, ses impacts et coûts probables. En effet, le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat a conclu que la facture s'élèverait à moins de 0,1% du PNB annuel mondial. Faire face au défi que pose le changement climatique représente donc l'affaire du siècle », a dit Achim Steiner.

« Le chaînon manquant est une volonté politique universelle. Le rapport rendu public aujourd'hui devrait donner les arguments nécessaires aux populations pour leur permettre de prendre leurs leaders à partie, et les encourager à leur demander de combien la température devrait encore augmenter avant qu'ils n'agissent en faveur d'un accord, équitable et visionnaire, de réduction des émissions à Bali en décembre prochain », a expliqué M. Steiner.

Le Rapport Global Outlook for Ice and Snow, auquel plus de 70 experts du monde ont participé au côté du PNUE, constitue une contribution importante à l'Année Polaire Internationale, célébrée de 2007 à 2008.

Parmi les questions les plus préoccupantes: le sort des inlandsis de l'Antarctique et du Groenland qui renferment 98 à 99% des masses de glace d'eau douce de la planète.

La fonte totale de l'inlandsis du Groenland résulterait en une élévation de sept mètres du niveau de la mer. Un dégel de l'ordre de juste 20% au Groenland et cinq% en Antarctique résulterait en une élévation de quatre à cinq mètres.

Cela risque bien d'arriver dans les siècles à venir si les gaz à effet de serre ne sont pas réduits au 21ème siècle et encore plus tôt si la hausse des températures dans l'atmosphère et en mer continue de déstabiliser certaines régions des inlandsis.

La fonte des inlandsis, ainsi que des glaciers de montagne et des calottes glaciaires, aussi bien que l'expansion thermique des océans, ont provoqué, du début des années 1990 à 2006, une élévation annuelle de 3 millimètres du niveau de la mer.

Savoir de combien la glace risque de fondre est d'une importance primordiale pour les peuples des régions et des îles basses.

Si aucune mesure d'adaptation n'est adoptée et compte tenue des populations recensées actuellement dans le monde, une montée du niveau de la mer d'un mètre exposera 145 millions de personnes à des inondations, l'Asie étant la région la plus affectée.

D'autres régions qui pourraient être sévèrement touchées sont les îles basses et les populations des méga deltas du Ganges-Brahmapoutre, du Mékong et du Nile. Le pays de faible altitude le plus en danger est le Bangladesh.

D'un point de vue économique, une élévation d'un mètre du niveau de la mer se traduira en près de 950 milliards de dollars à la charge des communautés et du secteur industriel et de l'infrastructure.

La couverture saisonnière de neige est la source première de ruissellement dans de nombreuses régions montagneuses. Globalement, les eaux de fonte répondent aux besoins domestiques, agricoles et industriels (y compris, dans certains cas, ceux des centrales hydroélectriques) de plus d'un milliard de personnes.

La neige est également importante d'un point de vue économique : pour les sports d'hiver, l'agriculture, l'élevage et la survie d'animaux tels que le renne et le caribou. En effet, la neige fondue qui gèle à nouveau forme une couche de glace coriace qui empêche les animaux de brouter le lichen, leur source principale d'alimentation.

« Le caribou de Peary a subi des pertes catastrophiques dans les îles arctiques d'Amérique du Nord et l'animal est aujourd'hui répertorié parmi les espèces menacées. La formation de couches de glace?a été identifiée comme une des principales causes de sa disparition», estime le rapport.

La surveillance satellite montre que la couverture nivale dans l'hémisphère nord a enregistré une baisse de 1,3% au cours de chaque décennie depuis la fin des années 1960.

L'Ouest des Etats-Unis, et plus particulièrement le Nord Ouest Pacifique au printemps, font partie des régions qui subissent les pertes les plus importantes.

C'est là que la quantité d'eaux de fonte a baissé de 50 à 75% ces dernières décennies.

Le rapport Global Outlook on Ice and Snow affirme que si aucune mesure n'est adoptée pour pallier le réchauffement climatique, les changements continueront à s'intensifier. A titre d'exemple, une hausse de température de 2 degrés dans la chaîne de montagnes des Cascades dans le Nord-Ouest Pacifique des Etats-Unis « risque de réduire la couverture nivale tempérée de plus de 20% ».

Des répercussions semblables sont prévisibles dans les Andes, les Alpes et les Pyrénées, résultant en une baisse de l'écoulement des eaux de fonte en été. Chaque hausse de température de 1 degré centigrade pourrait faire remonter les limites des neiges perpétuelles : de 120 mètres au Chili, par exemple, et de 150 mètres dans les Alpes.

Le déclin de la couverture nivale ne sera toutefois pas uniforme. Certains modèles indiquent des réductions de 60 à 80% dans les latitudes moyennes d'Europe d'ici la fin du siècle, mais des augmentations en Sibérie et dans l'Arctique Canadien pendant la même période.

Le rapport note particulièrement la formation de lacs suite à la fonte des glaciers et les risques de jökulhlaup, c'est à dire de brusques coulées d'eau libérée par un glacier. Ce type de crue brutale, appelée aussi débacle glaciaire, est particulièrement puissant et dévastateur : il peut déverser jusqu'à 100 millions de mètres cubes d'eau à une vitesse de 10.000 mètres par seconde sur des vallées vulnérables.

L'Himalaya, Tien Shan et les Pamirs du Tadjikistan, ainsi que les Andes et les Alpes européennes font partis des régions montagneuses en danger.

En juillet 1998, un jökulhlaup dans la vallée de Shahimardan au Kirghizistan et en Ouzbékistan a fait plus d'une centaine de morts.

En Asie, 2,4 milliards de personnes, soit 40% de la population mondiale actuelle, sont tributaires des eaux de fonte d'été de glaciers des régions montagneuses de l'Himalayas-Hindu Kush, Kunlun Shan, Pamir and Tien Shanan.

Ces glaciers rétréciront d'un peu plus de 40 jusqu'à 80% d'ici 2100, selon les modélisations climatiques actuelles. La couverture glaciaire de certaines chaînes de montagnes pourrait même disparaître entièrement.

Les fleuves menacés sont le Syr Darya, l'Amu Darya, l'Indus, le Gange, le Brahmapoutre, le Yang-Tsê Kiang et le Hang He, ou fleuve Jaune, où 1,3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d'eau plus fréquentes et de nombreux autres à des perturbations qui affecteraient leurs récoltes, leurs industries et leur production énergétique.

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