Le retrait des troupes syriennes du Liban marque une journée historique pour le Moyen-Orient, selon Terje Roed-Larsen

Terje Roed-Larsen

29 avril 2005 – L'Envoyé de l'ONU chargé de l'application de la résolution 1559 affirme que le retrait des troupes syriennes du Liban marque une journée historique pour le Moyen-Orient. Il reste cependant inquiet de la présence de milices dans le sud du pays, dernier rempart au rétablissement de la souveraineté libanaise sur l'ensemble du territoire, et met l'accent sur l'importance des élections parlementaires que le Premier ministre libanais s'est engagé à tenir à partir du 29 mai prochain.

Terje Roed-Larsen, Envoyé spécial du Secrétaire général chargé de la mise en œuvre de la résolution 1559, a affirmé aujourd'hui, lors d'un exposé qu'il faisait au Conseil de sécurité en présence du Secrétaire général, que le retrait des troupes syriennes du Liban le 26 avril marquait incontestablement une journée historique pour les peuples libanais et syrien et pour l'ensemble du Moyen-Orient, indique un communiqué de presse de l'ONU.

L'Envoyé spécial du Secrétaire général s'est toutefois inquiété de la présence de milices libanaises et non libanaises dans le sud du pays. À cet égard, il a indiqué que les Nations Unies avaient engagé un dialogue avec les parties intéressées pour que le gouvernement du Liban puisse exercer sa souveraineté sur l'ensemble du territoire, notamment dans le sud, tout particulièrement le long de la Ligne bleue.

Il a précisé qu'en accord avec les gouvernements de la Syrie et du Liban, le Secrétaire général avait déployé une équipe, qui était arrivée à Damas le 26 avril, pour vérifier le retrait total et complet de toutes les troupes syriennes, matériels militaires et instruments de renseignement du Liban (voir notre dépêche du 25 avril 2005).

Terje Roed-Larsen a également estimé que ce retrait exigera une redéfinition des liens étroits et anciens entre la Syrie et le Liban et des progrès significatifs dans l'établissement de représentations diplomatiques dans leurs capitales respectives.

Il s'est dit heureux de constater que le nouveau Gouvernement du Premier ministre Mikati avait bénéficié d'un vote de confiance de la part du Parlement libanais le 27 avril, par 109 voix pour, une voix contre et trois abstentions seulement.

Tout en estimant que le retrait des forces étrangères était une condition préalable incontournable au respect de la souveraineté, l'Envoyé spécial de l'ONU a mis l'accent sur l'importance des prochaines élections parlementaires libanaises que le Premier ministre libanais s'est engagé à tenir à partir du 29 mai 2005.

Il a souhaité que les élections puissent avoir lieu sur la base d'une loi électorale largement acceptée par le peuple libanais, en précisant qu'en accord avec le gouvernement, des experts électoraux des Nations Unies arriveront au Liban la semaine prochaine pour aider à la réalisation d'élections libres et crédibles.

Nous sommes convaincus, a-t-il insisté, que la mise en œuvre de cette résolution constituera un précédent important soulignant l'importance de l'engagement de la communauté internationale tout entière. Il s'agit non seulement de garantir la stabilité du Liban et de la Syrie mais aussi de l'ensemble du Moyen-Orient, a-t-il conclu.

Le Conseil de sécurité s'appuyait sur le premier rapport semestriel du Secrétaire général au Conseil de sécurité sur l'application de la résolution 1559, adoptée le 2 septembre 2004, demandant à toutes les forces étrangères qui y étaient encore de se retirer du Liban.

Dans cette résolution, le Conseil avait également demandé que toutes les milices libanaises et non libanaises soient dissoutes et désarmées. Il avait en outre soutenu l'extension du contrôle exercé par le gouvernement libanais à l'ensemble du territoire du pays et l'organisation d'élections présidentielles au Liban conformément à des règles constitutionnelles libanaises élaborées en dehors de toute interférence ou influence étrangère.

Dans son premier rapport semestriel sur l'application de la résolution 1559, rendu public aujourd'hui, le Secrétaire général note avec satisfaction que les parties ont accompli d'importants progrès dans l'application de certaines des dispositions de la résolution 1559, comme la promesse du Gouvernement syrien de retirer toutes ses troupes, ses moyens militaires et son dispositif de renseignement du Liban le 30 avril 2005 au plus tard, qui a commencé par le rapatriement de 4 000 hommes en Syrie et la fermeture des bureaux de renseignements syriens à Beyrouth.

Par une lettre du 26 avril, le gouvernement a indiqué qu'il avait mené à bien le retrait de ses troupes. Avec l'accord des gouvernements syriens et libanais, le Secrétaire général a envoyé une mission de l'ONU pour vérifier la réalité du retrait total, une enquête préliminaire ayant déjà confirmé le retrait des troupes de la vallée de la Bekaa.

Cependant, pour le Secrétaire général, au 26 avril 2005, les obligations contenues dans la résolution 1559 n'ont pas été respectées. Il note en effet qu'aucun progrès n'a été accompli pour ce qui est de l'application des autres dispositions de la résolution. Il insiste sur le respect strict de la souveraineté, de l'intégrité territoriale, de l'unité et de l'indépendance politique du Liban, placé sous l'autorité exclusive du gouvernement libanais.

De l'avis du Secrétaire général, la tenue d'élections libres et crédibles, conformément à des règles constitutionnelles élaborées en dehors de toute interférence étrangère, est un critère essentiel de la souveraineté. Le retard probable des élections législatives ne fera qu'aggraver davantage les divisions politiques du pays et menacer sa sécurité, sa stabilité et sa prospérité, selon le Secrétaire général.

Il salue cependant l'engagement du Premier ministre Mikati à mener les élections dans les délais prévus, soit avant fin mai 2005. Il a aussi examiné la possibilité d'une assistance technique des Nations Unies pour les élections, si le gouvernement libanais en fait la demande. Quant aux élections présidentielles, il rappelle que le mandat du Président Lahoud a été prorogé pour trois ans au 4 septembre 2004.

Préoccupé par la dégradation de la sécurité et de ses répercussions économiques, le Secrétaire général redemande à Israël de mettre fin aux vols irréguliers de ses aéronefs au-dessus du territoire libanais, qui violent l'intégrité territoriale de celui-ci.

Du côté du Liban, la situation n'a pas sensiblement changé en matière de dissolution et de désarmement des milices libanaises et non libanaises, note le Secrétaire général. Il évoque même la création de groupes d'autodéfense armés du fait de la situation politique de plus en plus tendue au Liban.

Dans ses conclusions, le Secrétaire général engage toutes les parties à s'acquitter sans retard de toutes les obligations contenues dans la résolution 1559 et à l'appliquer intégralement, ainsi que toutes les autres résolutions relatives au rétablissement de l'intégrité territoriale, de la pleine souveraineté et de l'indépendance politique du Liban.

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