Entretien avec Sandra Honoré, Représentante spéciale du Secrétaire général pour Haïti

Sandra Honoré, Représentante spéciale du Secrétaire général pour Haïti. Photo ONU/Paulo Filgueiras

23 avril 2014 – En juillet 2013, Sandra Honoré, qui est originaire de Trinité-et-Tobago, a pris ses fonctions en tant que Représentante spéciale du Secrétaire général pour Haïti et Chef de la Mission de stabilisation des Nations Unies dans ce pays (MINUSTAH). Cette Mission a été créée à la suite de la destitution du Président Jean-Bertrand Aristide et renforcée après les destructions causées par le séisme de 2010 qui a fait près de 220.000 morts, dont 96 employés des Nations Unies.

Après les élections présidentielles en 2011 qui ont permis au gouvernement d’assumer pleinement son rôle dans la coordination de la reconstruction, la MINUSTAH a travaillé, dans le cadre de son mandat d’origine, à promouvoir un processus politique performant, pour renforcer les institutions de l’État haïtien et pour renforcer l’état de droit, y compris les structures qui doivent promouvoir et protéger les droits de l’homme.

Avant de rejoindre l’ONU, Mme Honoré a servi son gouvernement en tant que diplomate depuis 1979 : le plus récemment en tant qu’ambassadrice au Costa Rica, et auparavant à différents postes dans les ambassades de Trinité-et-Tobago aux États-Unis et au Brésil. En 2005, Mme Honoré est devenue Directrice de la Division des affaires concernant les Caraïbes au Ministère des affaires étrangères, après avoir servi en tant que chef de cabinet du Secrétaire général adjoint de l’Organisation des États américains (OEA) de 2000 à 2005.

Le Centre d’actualités de l’ONU a rencontré Mme Honoré après qu’elle a présenté au Conseil de sécurité son rapport sur les progrès en Haïti en matière de diL’objectif de chaque mission de maintien de la paix est que les autorités nationales prennent en charge les responsabilités auxquelles la mission contribue.alogue national et de planification des élections. Au cours de sa présentation, elle a décrit les mesures qu’elle juge nécessaires pour garantir que les progrès réalisés ne soient pas mis en danger par la réduction et le retrait éventuel de la MINUSTAH. Il s’agit notamment de renforcer la police haïtienne et de consolider le processus démocratique, l’état de droit, la bonne gouvernance et améliorer les services publics.

Centre d’actualités de l’ONU : Haïti a subi de nombreuses crises, notamment politiques. Quels sont les principaux obstacles à la stabilité? Comment la MINUSTAH peut-elle aider à les surmonter pendant le reste de la durée de son mandat?

Sandra Honoré : La résolution qui a établi la MINUSTAH a appelé à accorder une attention particulière à la sécurité et à la stabilisation en Haïti, comme en témoigne le nom de la mission. Nous avons travaillé avec le gouvernement et la Police nationale haïtienne (PNH) pour renforcer la capacité de la police, la rendre plus professionnelle et pour augmenter le nombre de policiers qui sont disponibles pour assurer la sécurité sur tout le territoire national.

La Représentante spéciale Honoré rencontre le Premier ministre haïtien Laurent Lamothe peu après son arrivée. Photo MINUSTAH//N. Markogiannis

La police en Haïti était composée d’environ 5000 membres au moment de l’établissement de la MINUSTAH. Ce nombre a augmenté considérablement. Il y a actuellement 11.228 policiers, dont 950 femmes. Un de nos objectifs est d’augmenter le nombre de femmes officiers de police et nous voyons que la Police nationale haïtienne est en cours d’améliorer sa performance. Notre objectif est que le nombre de policiers augmente pour atteindre au moins 15.000 d’ici 2016. Quand on considère que la population d’Haïti est de 10 millions, 15.000 est le but que nous nous sommes fixés, mais la PNH devra continuer son développement ensuite.

Centre d’actualités de l’ONU : Quel est l’état du gouvernement actuellement? Pourquoi était-il si difficile de s’entendre sur les règles électorales?

Mme Honoré fait le point sur Haïti devant le Conseil de sécurité en mars 2014. Photo ONU/JC McIlwaine

Sandra Honoré : Il y a eu une longue période de polarisation politique dans le pays, une longue période d’impasse entre l’exécutif et le législatif. Ce qui est intéressant concernant le dialogue inter-haïtien qui a eu lieu entre le 24 janvier et le 14 février cette année, c’est que, pour la première fois dans l’histoire politique récente du pays, divers courants d’opinion représentant le pouvoir exécutif, législatif et les partis politiques ont pu s’asseoir autour de la même table pour discuter d’un certain nombre de questions de grande importance pour le pays telles que les élections, la réforme constitutionnelle et la question de la gouvernance.

Ce dialogue a pris fin avec la signature de l’accord d’El Rancho, par lequel les participants ont convenu d’organiser des élections en 2014 pour les deux tiers du Sénat, l’ensemble de la Chambre des députés et pour les municipalités et collectivités territoriales. Les élections municipales ont été repoussées depuis 2011, le Sénat fonctionne avec seulement deux tiers de ses membres puisque le mandat d’un tiers des membres a déjà expiré.

La police haïtienne suit une formation en matière de techniques et de tactiques d’intervention. Photo MINUSTAH

Si les élections ne sont pas organisées cette année, le mandat d’un autre tiers des membres du Sénat prendra fin d’ici janvier 2015. Cela signifie que le Parlement serait dysfonctionnel. Les mandats de la Chambre des députés expireront en octobre, et donc l’idée d’une élection combinée pour le Parlement et les municipalités est une très bonne idée. Nous attendons avec impatience la fin des travaux du conseil électoral et du gouvernement chargé d’organiser des élections transparentes et inclusives pour pourvoir ces postes avant la fin de 2014.

Centre d’actualités de l’ONU : Pouvez-vous faire le point sur les efforts de lutte contre l’épidémie de choléra ?

Sandra Honoré : L’équipe-pays des Nations Unies en Haïti et la MINUSTAH ont travaillé avec le gouvernement depuis le début de l’épidémie pour appuyer ses efforts destinés à éliminer le choléra en Haïti. L’incidence globale de la maladie a été réduite de moitié et les taux de mortalité sont maintenant en dessous de 1%, ce qui est le seuil d’alerte défini par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à l’échelle mondiale. La persistance du choléra en Haïti est principalement due à l’absence d’accessibilité de la population à l’eau potable et à des installations sanitaires appropriées.

Mme Honoré inaugure en avril 2014 la prison de Cap Haïtien après une rénovation financée par la MINUSTAH. Photo MINUSTAH/N. Markogiannis

S’agissant du nombre de cas depuis le début de l’épidémie, en 2011, nous avons enregistré 53% du nombre total de cas, tandis qu’en 2013 les nouveaux cas ne représentaient que 6% des 680.000 cas enregistrés depuis le début. Donc, ce que nous voyons, c’est qu’il y a en fait une baisse du nombre d’infections, une baisse significative du nombre de décès et, pour le mois de janvier 2014, nous avons observé le plus petit nombre de cas et de décès liés au choléra depuis le début de l’épidémie en octobre 2010. Ces résultats montrent que la stratégie de l’ONU pour appuyer les efforts du gouvernement, et qui est axée sur la réduction des facteurs qui entraînent une propagation pendant la saison sèche, porte ses fruits.

Centre d’actualités de l’ONU : Qu’espérez-vous en termes de réalisations pour Haïti avant le départ de la MINUSTAH en 2016?

Lors de l’anniversaire du séisme de 2010 en Haïti, Mme Honoré participe à un hommage aux collègues de l’ONU qui ont péri dans la tragédie. Photo MINUSTAH/N. Markogiannis

Sandra Honoré : Les meilleurs espoirs sont dans les quatre domaines sur lesquels la Mission concentre ses efforts actuellement lors de cette phase de consolidation. Ceux-ci ont à voir avec notre travail en faveur de la professionnalisation et la modernisation de la Police nationale d’Haïti, le renforcement de l’état de droit et la promotion et la protection des droits de l’homme, le renforcement de la capacité nationale de gestion des élections et l’utilisation du dialogue comme moyen d’arriver à un consensus, l’utilisation de la recherche du consensus dans la prise en compte des questions critiques auxquelles le pays est confronté, les défis auxquels le pays est confronté et l’orientation des énergies des autorités et de la population dans son ensemble vers l’objectif d’un développement économique durable pour le pays.

L’objectif de chaque mission de maintien de la paix est que les autorités nationales prennent en charge les responsabilités auxquelles la mission contribue. Le résultat que je voudrais voir en Haïti est que les quatre domaines d’action de la Mission dans cette phase de consolidation soient entièrement pris en charge par le gouvernement d’Haïti, de sorte que la Mission puisse repartir avec la satisfaction que le gouvernement a pleinement pris ses responsabilités et que la sécurité dans le pays est assurée par la police nationale avec, comme je l’ai dit, au moins un minimum de 15.000 agents , la mettant ainsi dans une bonne situation pour continuer de se développer.



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