Entretien avec John W. Ashe, Président de la 68ème session de l’Assemblée générale

John W. Ashe, Président de la 68ème Assemblée générale des Nations Unies. Photo : ONU/Eskinder Debebe

8 octobre 2013 – Le 18 septembre 2013, John W. Ashe, d’Antigua-et-Barbuda, a officiellement été investi Président de la 68ème session de l’Assemblée générale, le principal organe de délibération, de décision et de représentation des Nations Unies. Formée des 193 États membres de l’Organisation, l’Assemblée constitue le seul forum de discussion multilatérale dont les attributions s’étendent à l’intégralité des thématiques internationales énoncées dans la Charte des Nations Unies.

Suite à son élection à la Présidence de l’Assemblée, le 14 juin dernier, M. Ashe et son équipe ont énoncé leurs priorités pour la nouvelle session dans une déclaration intitulée « Le programme de développement pour l’après-2015 : préparons le terrain! ». Dans ce texte, le Président encourage les États membres ainsi que les autres parties prenantes au débat général à promouvoir le dialogue, la réflexion et l’engagement en faveur de l’élaboration d’un nouveau plan d’action efficace, visant à lutter contre la pauvreté et l’insécurité et à garantir un développement durable. Ce dernier sera lancé ultérieurement en 2015, au cOn ne saurait trop insister sur la nécessité d’entendre les chefs d’État et de gouvernement s’exprimer directement sur leur vision du programme de développement post-2015.ours de la 69ème session de l’Assemblée, après la date-butoir de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Avant d’assumer la fonction de Président de l’Assemblée, M. Ashe occupait simultanément depuis 2004 les postes de Représentant permanent de son pays auprès des Nations Unies et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il a également siégé à la tête de divers organes directeurs liés aux principales conventions environnementales onusiennes, y compris comme Président du Comité exécutif du mécanisme pour un développement propre du Protocole de Kyoto, relatif à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). M. Ashe est en outre titulaire d’un doctorat en génie biologique.

Centre d’actualités de l’ONU : M. Ashe, vous avez longuement évoqué vos priorités et aspirations pour la 68ème session de l’Assemblée générale. Maintenant que vous avez effectivement endossé le rôle de Président et êtes sur le point d’accueillir près de 90 chefs d’État et de gouvernement ainsi que de nombreux autres dirigeants mondiaux, votre perspective a-t-elle changé?

John Ashe : En tout cas, si elle a changé, c’est plutôt dans le sens qu’elle s’est précisée de manière encore plus nette à l’approche de l’ouverture de la nouvelle session de l’Assemblée. Nous espérons que les chefs d’État et de gouvernement arriveront prêts à débattre des thèmes que j’ai identifiés.

Vous avez investi beaucoup d’efforts dans la définition du thème central de cette session, à savoir la préparation du programme de développement pour l’après-2015. Comment envisagez-vous votre rôle pour faire en sorte de centrer les débats sur cette question, mais également pour inspirer et guider les États membres et les aider dans l’établissement d’un consensus? Parce qu’il arrive que les discussions puissent s’écarter du sujet.

J’ai l’intention de faire de mon mieux pour y parvenir, dans la mesure où les préoccupations urgentes ne manquent pas. Pour répondre de façon succincte à la question, je crois qu’il convient d’être un mélange des trois – nous devons inspirer, rechercher le consensus et, bien sûr, nous serons contraints de faire des aménagements en fonction des aléas liés à la fonction de Président.

John W. Ashe salue le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon (à droite), avant l’ouverture de la 68ème session de l’Assemblée générale. Photo : ONU/Eskinder Debebe

Votre bureau s’est-il entretenu préalablement avec les dirigeants mondiaux amenés à participer au débat général afin de les inciter à aborder ce thème?

John Ashe :Il est vrai qu’au final, nous avons affaire à des pays souverains et à leurs chefs d’État et de gouvernement respectifs. Il est par conséquent impossible de leur imposer les sujets sur lesquels ils souhaitent s’exprimer. La voie officielle afin de communiquer avecles États membres est de passer par l’intermédiaire de leurs représentants onusiens, ici, à New York. Et la réponse à cette question est oui, je l’ai fait. Cependant, dans la pratique, chaque chef d’Etat ou de gouvernement dispose de 15 minutes de gloire pour s’adresser à l’Assemblée et je suis certain qu’ils ont l’intention d’utiliser pleinement ce temps imparti pour aborder tous les sujets potentiels qu’ils auront choisis.

Avez-vous obtenu des retours quant à la volonté des États membres de s’entretenir sur ce thème ?

John Ashe : Comme je viens de le rappeler, nous avons affaire à des pays souverains, avec lesquels il n’est pas question de négocier sur le mode des concessions mutuelles. Disons simplement que, d’après les retours des représentants des États membres à New York, les réponses ont été plutôt positives.

Comment décririez-vous le rôle du débat général dans la réalisation des priorités de l’ensemble de la session ?

M. Ashe accepte le maillet des mains du Président sortant de l’Assemblée générale, Vuk Jeremic (à gauche), lors de la dernière séance plénière de la 67ème session. Photo : ONU/Evan Schneider

John Ashe : C’est l’occasion d’entendre les plus hauts représentants politiques des États membres s’exprimer sur leur vision concernant le programme de développement post-2015, actuellement en gestation. Il s’agit donc d’un moment important pour tenter de saisir, comme j’avais coutume de le dire lorsque que j’assumais ma fonction de Représentant permanent à l’ONU, « les directives de nos chefs ». C’est la raison pour laquelle cette phase est très importante. On ne saurait trop insister sur la nécessité d’entendre les chefs d’État et de gouvernement s’exprimer directement sur leur vision du programme de développement post-2015.

Depuis la Conférence des Nations Unies sur le développement durable de 2012 (Rio+20), le programme de développement post-2015 a suscité de nombreux commentaires. Nous avons assisté à des consultations globales, des conférences au sein d’organes tels que le Conseil économique et social (ECOSOC) et bien d’autres événements encore. Voyez-vous un consensus se faire jour à ce stade ?

John Ashe : Je ne pense pas que l’intention soit de parvenir à un consensus dès le départ. L’objectif, du moins je l’espère, est d’identifier un ensemble de paramètres communs dont tout le monde s’accordera à dire qu’ils doivent invariablement figurer dans le programme. Par la suite, il s’agira de façonner ces paramètres de façon à pouvoir trouver un consensus.

Distinguez-vous des éléments communs à l’ensemble des contributions au programme post-2015 réalisées jusqu’à présent?

M. Ashe s’adresse aux participants à l’occasion de la cérémonie de la cloche de la paix, lors de la Journée internationale de la paix de 2013. Photo : UNTV

John Ashe : Il y a actuellement plusieurs chantiers de travail en cours. Deux d’entre eux, dont vous connaissez certainement l’existence, ont trait aux objectifs de développement durable – un exercice très important –, et à l’heure actuelle, nous venons tout juste d’entamer des discussions au niveau intergouvernemental sur le financement, soit ce que nous désignons plus communément par « moyens de mise en œuvre ». Les résultats attendus de ces différents exercices seront présentés à l’Assemblée générale, au début de la 69ème session. C’est à ce moment crucial, je crois, que nous devrons commencer à rassembler en un seul bloc ces éléments disparates.

Voyez-vous un intérêt à intégrer les objectifs ciblés dans une approche plus globale, en réponse à la critique selon laquelle les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ont été abordés de manière trop séparée ?

John Ashe : Je dois avouer que je n’avais pas connaissance d’une telle critique – j’ai entendu d’autres doléances, mais pas celle-ci –, mais plus important encore, je pense que ce que nous avons mis en œuvre avec le programme de développement post-2015 est sensiblement différent de ce qui l’a été pour les OMD. Concernant ces derniers, l’approche était plutôt descendante. Dans le cas présent, nous essayons de privilégier une approche plus ascendante. Par conséquent, vous avez beaucoup de responsables et d’interlocuteurs, dont certains sont bien évidemment en désaccord, mais nous espérons parvenir au final à identifier un ensemble d’objectifs sur lesquels nous serons tous d’accord et qui permettrons également de combler les lacunes identifiées dans la réalisation des OMD.

Comment souhaitez-vous voir la relation entre l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité se développer durant cette session?

M. Ashe, en tant que coprésident de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio +20), avec le Secrétaire général du Sommet de la Terre de 1992, Maurice Strong (à gauche), au Brésil. Photo : ONU/Maria Elisa Franco

John Ashe : J’espère qu’elle sera placée sous le signe de la cordialité et de la collégialité. Il est vrai qu’il existe des différences entre ces deux organes. Le Conseil de sécurité a, en quelque sorte, un certain cachet et l’Assemblée générale est un organe plus délibératif. Au final, ils assument tous deux des responsabilités bien distinctes et continueront à le faire dans un avenir proche.

Sur la question de la Syrie, en particulier, existe-t-il un consensus sur la façon dont elle doit être traitée à l’Assemblée générale ?

John Ashe : Comme vous le savez, la question de la Syrie, pour le moins à l’heure actuelle, est entre les mains du Conseil de sécurité, ce qui est d’ailleurs sa place légitime dans la mesure où nous parlons potentiellement d’action prises sous l’empire du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. L’adoption de mesures relatives à l’existence de menaces contre la paix et la sécurité relève uniquement de la compétence du Conseil. Si la question syrienne est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée générale, et lorsqu’elle le sera, je suis convaincu que nous agirons en conséquence.

Avez-vous à l’esprit une réforme spécifique du Conseil de sécurité qui permettrait d’améliorer l’efficacité de ses relations avec l’Assemblée ?

M. Ashe, en tant que Représentant permanent d’Antigua-et-Barbuda, s’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, lors d’un débat thématique sur les changements climatiques à l’Assemblée générale. Photo : ONU/Eskinder Debebe

John Ashe : Nous ne manquons pas d’idées sur la question globale de la réforme du Conseil de sécurité. Elles sont même très nombreuses. La difficulté réside dans le fait d’obtenir de la part des États membres qu’ils se mettent d’accord sur un ensemble d’idées fondamentales et c’est en ce sens que je souhaite œuvrer durant cette session.

Vous avez expliqué par le passé votre changement de carrière, de la médecine à la diplomatie, parce que vous pensiez agir tout aussi efficacement pour le bien-être et la survie l’humanité. Cela signifie-t-il que vous mettrez un accent particulier sur le bien-être des individus et des communautés au cours de cette session ?

John Ashe : Cela a toujours été l’un de mes objectifs et c’est peut-être pourquoi j’ai choisi le développement durable comme thème central de cette session, étant donné l’opportunité que nous avons d’accomplir des progrès qui profiteront aux générations futures. Je ne compte pas changer d’approche durant mon mandat en tant que Président de l’Assemblée générale.


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