Entretien avec le Directeur général de l’Union postale universelle (UPU), Bishar A. Hussein

Le Directeur général de l’Union postale universelle (UPU), Bishar A. Hussein

22 avril 2013 – Établie en 1874 et intégrée aux Nations Unies en 1948, l’Union postale universelle (UPU) est la seconde plus ancienne organisation internationale au monde. Elle est aussi l’une des plus petites institutions spécialisées de l’ONU avec un budget annuel d’environ 40 millions de dollars. Basé à Berne, en Suisse, son siège, le Bureau international, emploie 220 fonctionnaires du monde entier pour mettre en œuvre le mandat de l’UPU, qui consiste notamment à formuler des recommandations et mesures pour aider les États Membres à améliorer la qualité de leurs services postaux, y compris en ligne, et la gestion des relations avec les agents de douane ou les compagnies aériennes afin d’assurer l’envoi, la gestion et la distribution du courrier dans le monde entier.

Nommé en octobre 2012, lors du 25ème Congrès postal universel, le Directeur général de l’UPU, Bishar A. Hussein, a pris ses fonctions en janvier 2013. M. Hussein a accepté d’évoquer l’avenir des services postaux avec le Centre d’actualités de l’ONU.

Centre d’actualités de l’ONU : alors que le courrier électronique a pris une telle importance, quel est l’avenir des services postaux traditionnels ?

Bishar Hussein : Avant toute chose, nous devons définir ce que nous appelons « services postaux traditionnels », qui vont bien au-delà des lettres, paquets, colis et autres objets acheminés par les postes. Lorsque nous parlons de services postaux, nous faisons référence à des services inclusifs.

Contrairement à ce que l’on s’imagine, l’avenir des services postaux est prometteur. En 2011, ils ont représenté 368 milliards de lettres, et près de 6,4 milliards de colis, grâce à un vContrairement à ce que l’on s’imagine, l’avenir des services postaux est prometteur. En 2011, ceux-ci ont représenté 368 milliards de lettres, et près de 6,4 milliards de colis, grâce à un vaste réseau de 660.000 bureaux de poste.aste réseau de 660.000 bureaux de poste dans le monde comptant près de cinq millions d’employés. Voilà l’étendue de notre réseau et des services que nous fournissons. Ce secteur n’est pas prêt de disparaitre. Cependant, nous reconnaissons un déclin, au niveau mondial, de ce que l’on appelle la poste physique, ce qui peut, dans une certaine mesure, être lié à la l’emprise du courrier électronique.

Nous avons observé une croissance substantielle du secteur des colis, principalement grâce au développement du commerce en ligne. Le secteur des services financiers postaux a également augmenté de manière considérable. Globalement, les avancées des technologies de télécommunications ont toujours eu un impact sur le secteur postal traditionnel. Cependant, la poste a toujours su s’adapter aux changements successifs et présenter des produits et services innovants. Je suis confiant que les services postaux du monde entier seront capables de s’adapter aux défis actuels et que les services postaux traditionnels poursuivront leur croissance à l’avenir.

Quelles sont vos priorités en tant que nouveau Directeur général de l’UPU ?

Mes priorités sont nombreuses, mais pour n’en mentionner que quelques-unes, ma première responsabilité, qui est aussi la plus importante, est de veiller à la mise en œuvre du mandat défini par le Congrès de l’Union postale universelle. Le Congrès, qui est l’organe suprême de l’Union et réunit tous ses États Membres, prend des décisions tous les quatre ans. Le Congrès définit un mandat clair et établit une feuille de route pour améliorer la qualité des services postaux au sein des États Membres. Cela va du développement du réseau international des postes à l’élargissement des services financiers, en passant par l’inclusion financière des populations défavorisées à travers le monde. C’est une de mes priorités.

Bishar Hussein au Congrès postal universel, à Doha en octobre 2012. Photo : UPU

Nous entretenons des relations avec de nombreuses autres agences des Nations Unies et organisations internationales à travers le monde avec lesquelles nous avons forgé des relations particulièrement fortes dans les domaines de la réduction des restrictions douanières et de l’expédition efficace du courrier à l’international, mais aussi pour garantir la sécurité du transport postal et mettre en place des programmes d’inclusion financière des personnes qui n’ont pas la possibilité d’ouvrir un compte bancaire. Ma responsabilité est aussi d’assurer la gestion et l’utilisation responsables et transparentes des ressources dont dispose l’UPU.

Pouvez-vous nommer un exemple du travail de l’UPU effectué en collaboration avec d’autres organisations internationales ?

Nous travaillons avec l’Organisation mondiale des douanes, qui joue un rôle très important pour surveiller et examiner les contenus des colis et paquets qui circulent d’un pays à un autre et nous avons un Comité de contact commun qui veille à la circulation sans encombres du courrier à l’international. Nous sommes également en contact avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) sur les questions relatives au respect de l’environnement, et avec l’ONUSIDA sur celle de la sensibilisation de la lutte contre le VIH/sida, pour vous donner deux exemples parmi bien d’autres.

Quelle est la valeur ajoutée des services postaux par rapport à d’autres services d’envoi de fonds et quelle est leur place dans le secteur banquier international?

Les délégués présents au Congrès félicitent Bishar Hussein pour son élection au poste de Directeur général de l’UPU en octobre 2012. Photo : UPU

Depuis la fin du 19ème siècle, l’UPU et les postes de ses États Membres ont acquis une expérience considérable dans la fourniture de services financiers internationaux. Nous ne sommes pas des nouveaux-venus dans ce secteur. En l’espace de 150 ans, nous avons développé un vaste réseau qui permet de toucher les populations des régions les plus reculées du monde en proposant des services financiers rapides, sûrs et fiables et abordables. Je dois également dire que les postes modernisent leurs réseaux et ont fait des avancées conséquentes s’agissant des envois de fonds électroniques, au point d’offrir de véritables services bancaires pour un certain nombre d’entre elles.

Ainsi, la place des services financiers postaux au sein du secteur bancaire international devient de plus en plus importante. L’UPU aide les postes nationales à renforcer leurs services d’envois de fonds en ligne puisqu’ils sont plus abordables et accessibles aux clients, particulièrement les travailleurs migrants, grâce à la proximité des bureaux de poste partout dans le monde. Cette présence a permis de réduire significativement les coûts de transfert dans certains pays africains, par exemple, un objectif de l’UPU dans le cadre de la facilitation de l’accès des plus pauvres aux envois de fonds à leurs familles, qui n’ont plus à payer de commission onéreuse.

L’UPU a-t-elle un objectif unique mondial ou plusieurs selon les régions ?

L’UPU est une organisation intergouvernementale, et en tant que telle, elle a une mission internationale qui est de stimuler le développement durable des services postaux et de les rendre accessibles et efficaces partout dans le monde. Tous les quatre ans, les Etats Membres se réunissent pour plancher sur une « stratégie postale mondiale », une feuille de route qui fixe les priorités avec des projets et des budgets mis en œuvre au niveau national. Cette stratégie prend en compte les spécificités d’une région à une autre.

Une employée de la poste trie le courrier à Istanbul, en Turquie. Photo: UPU/Emre Oktay

La stratégie actuelle, la « Stratégie postale de Doha », a été adoptée par le Congrès mondial de l’UPU qui s’est tenu à Doha, au Qatar, en octobre dernier. Elle propose un ensemble harmonisé de normes communes, pour faciliter autant que possible l’envoi d’une lettre ou d’un colis d’un pays à un autre et prévoit aussi une expertise technique de manière à rendre les postes capables de fournir tous les services que l’on est en droit d’attendre d’elles. Le troisième objectif de la stratégie est de promouvoir le développement de produits et services innovants dans le secteur. L’objectif final est de garantir le développement durable des secteurs postaux respectifs de tous les États Membres.

Cette stratégie globale est mise en œuvre de manière différente selon les régions et au niveau des États. Même si la stratégie de Doha est en vigueur jusqu’en 2016, les préparatifs ont déjà commencé pour élaborer la suivante, qui sera adoptée lors du Congrès de 2016, prévu à Istanbul, en Turquie.

Quel est le rôle principal de l’UPU dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable post-2015 de l’ONU ?

Un bureau de poste en Fédération de Russie. Photo : UPU

L’UPU n’est pas un acteur isolé et travaille en étroite coopération avec les autres agences, fonds et programmes du système onusien, les organisations internationales et les États Membres pour poursuivre les objectifs communs de l’Organisation. Le développement durable est un vaste domaine qui couvre des sujets aussi divers que l’aide humanitaire, la réduction de la pauvreté, la lutte contre le VIH/sida ou les changements climatiques. La liste est très longue. Dans tous ces domaines, le bureau de poste, grâce à sa proximité avec les communautés et l’étendue de son réseau au niveau mondial, joue un rôle majeur. L’UPU a, par exemple, s’est toujours appuyé sur ce réseau pour promouvoir l’inclusion financière, les initiatives à destination des pauvres et des populations les plus marginalisées. Les gens qui en ont besoin, comme les travailleurs migrants, peuvent bénéficier des services financiers rapides et efficaces de la poste dans le monde entier.

Lorsque les petites entreprises sont privées d’accès aux marchés, les bureaux de poste peuvent les aider à mettre leurs produits sur le marché et à toucher l’argent de leurs ventes. Cela contribue à la lutte contre la pauvreté. Nous avons aussi de nombreuses initiatives de lutte contre les changements climatiques, par exemple s’agissant de l’« empreinte carbone » des services postaux. Conscients de cela, nous réfléchissons aux moyens de réduire notre impact sur l’environnement et partageons les pratiques optimales dans l’ensemble du réseau postal.

De nombreux projets promeuvent le bien-être social et économique. Nous sommes par ailleurs activement engagés dans la fourniture de services publics essentiels en permettant aux gouvernements d’utiliser notre réseau. La poste relaye de nombreuses campagnes de sensibilisation, dans les domaines de la lutte contre le VIH/sida, du soutien à l’Organisation internationale du travail (OIT) et à son programme de travail décent, de la couverture médicale et des formations professionnelles.

Le stand the l'UPU au grand salon Post-Expo 2011, un évènement qui a lieu chaque année dans une ville européenne pour promouvoir les nouveaux produits et technologies du secteur de la poste. Photo: UPU/Wolfram Scheible

Au fil des années, les services de poste ont joué un rôle important dans l’amélioration de la santé et des causes sociales, notamment en émettant des campagnes de timbres mettant en évidence des causes spécifiques.

Est-ce que la Palestine peut accéder à l’UPU en tant qu’État membre suite à la décision de l’Assemblée générale des Nations Unies de lui accorder le statut d’État observateur non membre ?

Aucune demande n’a été reçue jusqu’à présent de la part de la Palestine, qui est Observateur officiel à l’UPU depuis 1999. Le principe de base de l’UPU est la reconnaissance de la communication en tant que droit humain fondamental. Nous refusons la discrimination, où que ce soit. De nombreuses initiatives ont été lancées par l’UPU afin de faciliter l’échange de courrier entre la Palestine et le reste du monde, de la même façon que nous le ferions pour tout autre pays. Cependant la question de l’accession est différente. Le fait que le statut de la Palestine a été modifié à l’ONU ne change pas automatiquement celui de ce pays au sein l’UPU. Si les Palestiniens le désirent, ils doivent soumettre une demande officielle et l’Union devra ensuite suivre son règlement en présentant cette demande à l’ensemble de ses États Membres.