UNRWA) à Gaza depuis trois ans. Il supervise les efforts pour fournir des services de base, notamment en matière d’éducation et de santé, à 750.000 réfugiés palestiniens. Il a été le témoin au quotidien de trois semaines d’une offensive militaire israélienne lancée le 27 décembre pour mettre fin aux attaques à la roquette par le mouvement palestinien Hamas depuis Gaza contre le sud d’Israël. Les combats ont fait plus de 1.300 morts et plus de 5.000 blessés à Gaza." /> UNRWA) à Gaza depuis trois ans. Il supervise les efforts pour fournir des services de base, notamment en matière d’éducation et de santé, à 750.000 réfugiés palestiniens. Il a été le témoin au quotidien de trois semaines d’une offensive militaire israélienne lancée le 27 décembre pour mettre fin aux attaques à la roquette par le mouvement palestinien Hamas depuis Gaza contre le sud d’Israël. Les combats ont fait plus de 1.300 morts et plus de 5.000 blessés à Gaza." />

Entretien avec John Ging, chef des opérations de l’UNRWA

John Ging, directeur des opérations de l’UNRWA en visite à une école de l’ONU endommagée par une attaque israélienne le 7 janvier 2009. (Photo AP/Fadi Adwan)

20 janvier 2009 – John Ging est directeur des opérations de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) à Gaza depuis trois ans. Il supervise les efforts pour fournir des services de base, notamment en matière d’éducation et de santé, à 750.000 réfugiés palestiniens. Il a été le témoin au quotidien de trois semaines d’une offensive militaire israélienne lancée le 27 décembre pour mettre fin aux attaques à la roquette par le mouvement palestinien Hamas depuis Gaza contre le sud d’Israël. Les combats ont fait plus de 1.300 morts et plus de 5.000 blessés à Gaza.

Centre d’actualités de l’ONU : Est-ce que votre expérience passée vous a préparé pour l’énormité de votre tâche lors du conflit à Gaza ?

John Ging : A la fin des années 1980, j’étais au Liban comme casque bleu au sein de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). Aussi, j’ai eu une expérience au Moyen-Orient avant de venir à Gaza. Ensuite, j’ai été au Rwanda pendant deux ans pendant le génocide et après. Puis je suis allé dans les Balkans pendant environ neuf ans, partageant mon temps enMes collègues ici, les employés internationaux et locaux, sont des symboles d’humanité et de courage.tre la Bosnie et le Kosovo. J’ai travaillé pendant la période de nettoyage ethnique.

Chaque conflit est différent mais je sens de plus en plus que le point commun est la nature humaine. C’est une question d’humanité et d’inhumanité. Les gens sont humains ou inhumains. Je viens d’un pays, l’Irlande, où j’ai grandi entendant de la propagande, des discours politiques semant la discorde, des deux côtés, et j’ai été témoin d’une transformation dans mon propre pays qui a trouvé des solutions à ce qui semblait insoluble. Aussi, j’ai tiré de la confiance du fait que je viens d’un pays qui a trouvé le moyen de résoudre ses problèmes qui étaient très lourds et ont causé beaucoup de morts.

Centre d’actualités de l’ONU : Quelle fonction occupiez-vous au Rwanda ?

John Ging : J’étais directeur régional de l’organisation non-gouvernementale irlandaise GOAL pour le Rwanda, le Zaïre (à l’époque), le Burundi, la Tanzanie et l’Ouganda. Nous avions des programmes humanitaires dans des camps pour des personnes déplacées au Rwanda et dans des camps pour ceux qui avaient fui le Rwanda.

Centre d’actualités de l’ONU : Quand vous étiez enfant, imaginiez-vous que vous travaillerez un jour dans le secteur humanitaire ? Qu’est ce qui vous a conduit vers cette carrière ?

John Ging : En travaillant pendant la crise rwandaise, j’ai réalisé la valeur de ce type de travail et la contribution que vous pouvez apporter et l’impact que vous pouvez avoir sur les gens. Et c’est alors que j’ai été convaincu que c’était le type de travail que je préférais. Quand j’espère porter un regard sur ma vie, je veux la mesurer en termes de ce que j’ai pu apporter à la vie des gens. Il ne s’agit pas d’accumulation de richesse, du rang que vous avez atteint ou de la position que vous occupez.

Centre d’actualités de l’ONU : Concernant le Rwanda et les Balkans, est-ce que vous pensez que l’ONU n’a pas fait assez pour protéger les civils et qu’elle aurait dû faire plus ?

John Ging : J’essaie toujours de distinguer entre les employés sur le terrain et les échecs institutionnels. Souvent, les employés sur le terrain ont fait un travail héroïque même si au final il y a eu un échec de l’institution. Mais il ne s’agissait pas seulement de l’ONU. La communauté mondiale avait une responsabilité collective.

Centre d’actualités de l’ONU : Comment avez-vous trouvé la force intérieure au cours des trois dernières semaines ? Avez-vous puisé dans votre expérience en Irlande et au Rwanda ?

John Ging : Je l’ai puisée auprès des employés autour de moi. Je regarde toujours le conducteur d’ambulance qui fonce vers la ligne de front pour sauver les gens. Il y a eu deux côtés dans ce conflit : l’humanité et le courage des gens ordinaires qui ont fait un travail phénoménal pour aider d’autres êtres humains, et puis vous êtes le témoin des conséquences de l’inhumanité, c’est le côté négatif. Mes collègues ici, les employés internationaux et locaux, sont des symboles d’humanité et de courage.

Centre d’actualités de l’ONU : Que diriez-vous aux critiques israéliennes qui considèrent que vous avez un parti-pris favorable envers les Palestiniens ?

John Ging : Personnellement, j’ai été attaqué par des Palestiniens au bout d’un an de séjour ici. Mon convoi a été victime d’une embuscade et notre véhicule blindé a reçu quatorze impacts. J’avais un chauffeur compétent et c’est pour cela que je suis ici pour vous parler aujourd’hui. Environ deux mois plus tard, nous avons également été attaqués au moment où nous lancions un gros programme de loisirs pour les enfants. L’UNRWA avait mis en place pour l’été ce programme destiné à 200.000 enfants. Les extrémistes n’ont pas aimé cela.

Lors de mon séjour, j’ai viré des employés qui avaient été impliqués dans des activités politiques et militantes. Nous sommes très stricts en la matière. Aussi, je suis prêt à répondre aux critiques et je crois fermement aux valeurs des Nations Unies d’objectivité, d’impartialité et de neutralité. Je suis ici depuis trois ans et j’ai toujours eu des expériences positives dans mes contacts avec tous les responsables israéliens à tous les niveaux, avec la société civile et la communauté des affaires. J’ai le plus grand respect pour les Israéliens avec qui j’ai des contacts, comme avec les Palestiniens. Ce qui est le plus honteux dans tout ceci est que ces deux peuples valent bien mieux que la situation politique. Ici à Gaza, les gens veulent une relation stable, sûre et pacifique avec leurs voisins. Ils veulent que le conflit soit résolu dans le cadre d’un processus politique.

Centre d’actualités de l’ONU : Comment réussissez-vous à convaincre qu’on peut négocier avec le Hamas ?

Un entrepôt de l’UNRWA à Gaza qui brûle après avoir été bombardé par l’armée israélienne.

John Ging : La priorité n’est pas donnée aux intérêts des gens ordinaires. Les politiques sont négatives dans leur approche partant du principe que davantage de sanctions, de fermetures, de campagnes militaires vont apporter un résultat positif. Alors qu’en fait, il est évident que cela ne génère que des réponses négatives et que cela nourrit l’idéologie extrémiste qui s’appuie sur le désespoir, la frustration, la pauvreté, etc. Il faut développer un état d’esprit au sein de la société civile qui soit positif, qui soit ouvert aux compromis. La politique est question de compromis. Les gens à Gaza ces dernières années se sont véritablement vus retirer leur dignité, ont été réduits à dépendre de l’aide humanitaire en raison de l’effondrement de l’économie. Ce sont des êtres humains. Ils veulent protéger leurs enfants, faire d’eux de bonnes personnes, leur donner une éducation, un travail. Certaines personnes ne voient pas le point de vue de ces êtres humains sur le terrain mais sont aspirés par le trou noir de la politique et sa complexité.

Nous arrivons à l’issue de ce conflit après trois semaines horribles et le conflit a trouvé une solution en termes politiques à l’issue de consultations diplomatiques très actives. Pourquoi cela n’a-t-il pas été possible avant que 1.300 personnes meurent et 6.500 soient blessées et qu’il y ait toutes ces destructions ? C’est notre échec. Nous devons arrêter d’accuser l’autre partie. Le décompte des morts ne m’intéresse pas. Tout le monde en Israël a le droit de vivre sans la menace de ces roquettes. Cela doit s’arrêter. Ce n’est pas une résistance légitime. Nous devons enseigner aux enfants palestiniens la différence entre la résistance légitime et la résistance illégale. Pareillement, de l’autre côté, l’Etat d’Israël ne peut pas dire que les extrémistes utilisaient les civils comme boucliers humains et qu’ils ont été tués, comme si c’était quelque chose de passif. Vous savez qu’ils les utilisent comme boucliers humains, c’est un crime de guerre et c’est contraire au droit international, mais quelles mesures Israël a-t-il pris pour s’assurer que ces pauvres civils ne soient pas tués ?

Centre d’actualités de l’ONU : Il y a des informations selon lesquelles le Hamas enseigne la haine d’Israël à de jeunes enfants et à des préadolescents. Que peut-on faire face à cela ?

John Ging : Dans les classes de l’UNRWA, nous devons les éduquer conformément aux règles de l’ONU. Cette année scolaire, nous avons lancé un programme sur les droits de l’homme, qui a été interrompu par les combats. Avec la reprise de nos classes, un programme entier sera consacré à l’enseignement des droits de l’homme. Les employés de l’UNRWA sont pleinement motivés par cette initiative. Même s’il y a des gens qui ne le sont pas, la majorité veulent que leurs enfants soient civilisés, se comportent bien et apprennent les bonnes valeurs.

Centre d’actualités de l’ONU : Pensez-vous que la vaste majorité des gens à Gaza veulent vivre en paix avec Israël ?

John Ging : Ils l’ont prouvé. Le soutien aux activités de loisirs était attaqué par des sites web de groupes extrémistes accusant l’UNRWA d’avoir des arrière-pensées et encourageant les parents à ne pas y envoyer leurs enfants. Cette année, environ 250.000 enfants ont été inscrits. Les parents envoient un message clair de soutien. La moitié de la population ici est constituée d’enfants et ne connaît pas d’autre existence. La population adulte connaît une autre réalité. L’ambition de nombreuses personnes à Gaza est de se lever le matin et d’aller travailler en Israël. C’est ce qu’ils veulent faire. Pourquoi sont-ils empêchés d’aller en Israël travailler alors qu’ils ont été contrôlés ? Les points de passage sont parmi les plus sophistiqués au monde et les Israéliens en sont fiers. Techniquement, il n’est pas possible pour les gens de passer par ces points de passage avec des explosifs. Aussi, pourquoi a-t-il été décidé de ne pas autoriser des dizaines de milliers de gens d’aller travailler en Israël et de ramener leur expérience à Gaza et d’apporter leur réalité en Israël à un niveau humain ? C’est le problème de ces dernières années. L’interaction entre les deux sociétés a été rompue et cela a un impact négatif car cela déshumanise l’autre partie au conflit.

Centre d’actualités de l’ONU : Avez-vous une vision de réconciliation à l’esprit quand vous pensez à l’avenir ?

John Ging : Vous devez vous souvenir que c’est la population qui a demandé la fin du conflit en Irlande du Nord. Donc, cela dépend de l’état d’esprit de la population. Je tire beaucoup d’espoir de mon expérience, aussi limitée soit-elle, avec le côté israélien qui a toujours été positive. Ici à Gaza, les fondations sont déjà en place, un peuple civilisé et fin connaisseur de la politique.

L’autre aspect concerne les liens économiques, comme le montre l’Union européenne. Après deux guerres mondiales, les pays européens sont devenus plus proches économiquement et politiquement. C’est pourquoi je suis si déçu et frustré. Les dizaines de milliers de travailleurs et hommes d’affaires palestiniens qui créaient de la richesse pour les deux économies ont été interdits (d’entrer en Israël). Les fondations économiques doivent être reconstruites et encouragées politiquement à tous les niveaux.