Entretien avec Hilde Johnson, Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud

Hilde Johnson, Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud. UN/E. Debebe

6 juillet 2012 – Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud est devenu le plus récent pays du monde.

Sa naissance fut le point d’orgue d’un processus long de six ans entamé avec la signature en 2005 de l’Accord de paix global, qui a aidé à mettre fin à un long conflit entre le Soudan du Sud et le Soudan, auquel il était auparavant rattaché.

En juillet 2011, le Conseil de sécurité a jugé que la situation au Soudan du Sud continuait de poser une menace à la paix et à la sécurité dans la région, et établi la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), afin d’aider à la consolidation de la paix et de la sécurité, et à la mise en place des conditions nécessaires au développement.

Alors que le Soudan du Sud commémore le premier anniversaire de son indépendance, le Centre d’actualités de l’ONU a rencontré la Chef de la MINUSS et Représentante spéciale du Secrétaire général pour le pays, Hilde Johnson, afin de tirer le bilan de l’année écoulée et évoquer l’avenir du pays.

Centre d’actualités: Une année a passé depuis que le Soudan du Sud est devenu indépendant. Le pays a traversé de graves problèmes, allant de combats ethniques à un conflit avec le Soudan concernant le pétrole. Quel bilan tirez-vous de ces douze derniers mois?

Hilde Johnson: Je pense que le Soudan du Sud a eu un départ plus difficile que celui que beaucoup avaient prévu. Et je pense que personne n’avait réellement anticipé l’escalade d’évènements qui a conduit à la fermeture de l’acheminement et de la production de pétrole [entre le Soudan et le Soudan du Sud], ni les graves combats entre le Soudan et le Soudan du Sud à leur frontière.

Il appartient aux Soudanais du Sud, et à leur Gouvernement, de faire en sorte que l’indépendance leur permette de faire de leur rêve une réalité, afin que tous les Soudanais du Sud se sentent fiers de leur pays, et aient le sentiment qu’ils en font partie.

Je pense que personne parmi nous ne pensait que ce serait facile, certainement pas, mais tout ça a entraîné une situation où une grande partie de l’énergie a été happée par les relations entre le Nord et le Sud. De plus, le Soudan du Sud est maintenant confronté à des problèmes économiques de premier ordre. Donc, les débuts ont été plus difficiles que prévu.

Centre d’actualités: Quels sont les principaux problèmes qui ternissent les relations entre le Soudan du Sud et le Soudan?

Hilde Johnson: Le Soudan du Sud et le Soudan auraient du régler les questions de l’Accord de paix global restées en suspens avant le referendum, et avant l’indépendance du Soudan du Sud.

Malheureusement, ce n’est pas ce qui s’est passé et nous avons donc assisté à un processus de négociations prolongé, repoussé, où les principales questions sont restées irrésolues. Et c’est là la racine de tous les problèmes que nous constatons maintenant, avec la détérioration des relations découlant de l’incapacité à résoudre ces questions en suspens.

Tout cela a été en quelque sorte le fléau de la première année du Soudan du Sud, où une sorte de boulet au pied empêche de prendre un bon départ. Et je crois que c’est ce qui doit changer maintenant.

L’Assemblée générale des Nations Unies lors de l’admission du Soudan du Sud aux Nations Unies. La délégation du nouvel Etat membre peut être aperçue sur les écrans. UN Photo/Rick Bajornas

A présent, le Conseil de sécurité a réellement fait un effort majeur sur ces questions et affirmé que ‘ces hostilités doivent cesser,’ et elles ont, en grande partie, pris fin. Le Soudan du Sud et le Soudan doivent trouver un accord sur les questions en suspens dans un laps de temps très court, et nous espérons par conséquent que d’ici au 2 août, ils y seront parvenus.

Centre d’actualités: Existe-t-il un danger pour le Soudan du Sud d’être pris entre les griffes de ce que l’on appelle ‘la malédiction des ressources,’ en raison de ses réserves en pétrole?

Hilde Johnson: Oui, je pense que nous l’avons constaté en 2005-2006, lorsque le Soudan du Sud a perçu les revenus du pétrole, à un moment où il n’avait ni Ministère des Finances, ni Banque centrale, ni banque commerciale opérationnelle majeure répondant aux normes internationales, ni même de système d’administration fiscale. Il y a par conséquent eu des problèmes de transparence, de responsabilité et de corruption. Le Président a fait preuve d’un engagement solide pour y répondre mais des difficultés subsistent pour le traduire dans les actes de manière forte.

Il est clair que nous devons les voir prendre cette route et garantir que les ressources deviennent une bénédiction. Aujourd’hui, avec l’arrêt [de la production de pétrole], ils ont une opportunité de le faire, de faire le ménage dans certaines pratiques, et de faire les choses bien.

Centre d’actualités: L’état de Jonglei, au Soudan du Sud, a été le théâtre de conflits ethniques plus tôt cette année. Que s’est-il passé depuis lors?

Un délégué montre sa joie alors que le drapeau du Soudan du Sud flotte pour la première fois, à l’occasion de l’admission du Soudan du Sud en tant que 193ème Etat membre des Nations Unies. UN Photo/Evan Schneider

Hilde Johnson: Jonglei est le plus grand Etat du Soudan du Sud, aussi grand que le Bangladesh en fait. C’est aussi l’un des plus sous-développés, où il n’y a quasiment aucune infrastructure, et où les violences liées à des différends entre groupes ethniques perdurent depuis de nombreuses années. Mais désormais, il a pris un nouveau virage.

En 2011-2012, en particulier, nous avons été témoins d’un cycle de violence avec de graves attaques et représailles. Au paroxysme de la crise, fin décembre début janvier, il y a eu une attaque majeure dans le comté de Pibor, qui est lui-même aussi grand que le Malawi. Cette crise a amené la Mission à déployer la plus grande partie de ses effectifs dans la région pour travailler avec l’armée, le SPLA (Armée populaire de libération du Soudan), afin d’essayer de protéger les civils, et je pense que nous avons effectivement sauvé la vie de milliers de personnes.

Mais ceci est une mesure à court terme. L’objectif à moyen et à long terme est de stabiliser la situation et de mettre l’Etat du Jonglei sur de meilleurs rails. Nous assistons à des progrès prometteurs à présent. Il y a eu un processus de paix qui a été largement couronné de succès. Il faut encore que ce dernier soit ancré parmi les jeunes armés, mais cela va quand même dans la bonne direction.

Nous constatons un investissement très significatif sur le terrain, avec la présence de forces de sécurité. Cette dernière est liée au processus de désarmement mais ces forces sont aussi là pour protéger la population.

Des mères et leurs enfants près de Pibor, dans l’Etat de Jonglei, se reposent près d’un arbre après avoir du fuir les violences ethniques dans la région. UN Photo/Isaac Billy

Et troisièmement, nous avons aussi vu la mise en place d’un comité d’enquête. Nous avons, de notre côté, mené une enquête complète sur le respect des droits de l’homme lors de l’ensemble de ces évènements, dont le rapport a été récemment publié.

Nous appelons maintenant le Gouvernement à lancer sa propre enquête, car nous avons besoin de voir établie la responsabilité de ces atrocités.

Centre d’actualités: Quelle a été la réponse du Gouvernement?

Hilde Johnson: J’en ai discuté avec le Président il y a quelques jours, à la veille de mon départ pour New York et la réunion du Conseil de sécurité en fait, et oui, il va y travailler très rapidement.

Centre d’actualités: Des informations ont fait état de déplacements massifs de population à cause de la violence, du Soudan du Sud vers le Soudan voisin. Quelles ont été les conséquences pour le Soudan du Sud?

Des Soudanais du Sud reviennent à Juba, capitale du pays nouvellement indépendant, après des années de déplacement. UN Photo/Isaac Billy

Hilde Johnson: Il y a des crises humanitaires importantes actuellement au Soudan du Sud, en réalité des crises multiples, et bien évidemment, c’est aussi un défi immense pour un pays nouvellement indépendant.

Il y a actuellement 170,000 réfugiés venus des Etats du Kordofan du Sud et du Nil Bleu, où le conflit se poursuit au Soudan. Nous estimons que 235.000 réfugiés seront bientôt là. C’est un défi immense pour tout pays, et encore plus pour une nation nouvellement indépendante aux capacités très limitées. Par conséquent, la communauté humanitaire se mobilise.

Mais il ne s’agit pas du seul défi auquel nous sommes confrontés. Il y a de nombreuses personnes déplacées, dans une quantité probablement équivalente, ainsi qu’une crise alimentaire d’importance qui se profile, en raison de problèmes économiques.

Centre d’actualités: Quel impact à l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) sur le Soudan du Sud?

Hilde Johnson: Le défi de la LRA est, bien sûr, lié aux zones frontalières entre plusieurs pays: le Soudan du Sud, mais aussi l’Ouganda, la RDC [République démocratique du Congo] et la République centrafricaine. Et nous constatons que ces pays sont également engagés, par le biais d’une force régionale d’intervention de l’Union africaine qui est entièrement dédiée au problème de la LRA.

Du personnel de la MINUSS arrive à Mayom, dans l’Etat de l’Unité, afin d’évacuer des civils blessés lors d’une série de frappes aériennes. UN Photo/Isaac Billy

En ce qui concerne la MINUSS elle-même, nous avons un mandat de protection des civils et nous nous déployons dans des zones potentiellement affectées par la LRA. Il s’agit toutefois d’un défi parce que nous voyons dans le même temps la LRA se déplacer vers le nord-ouest. Ils sont dans des zones qu’il nous est difficile de détecter et, dans une grande mesure, de l’autre côté de la frontière.

Notre rôle est donc, dans les grandes lignes, de travailler à la protection des civils. La MINUSS n’a pas été conçue avec un mandat qui la lance à la poursuite de Kony, si vous voulez. C’est quelque chose que d’autres ont été chargé de faire. La Mission en elle-même est là pour protéger les civils qui sont en danger imminent. Cela comprend aussi des mesures préventives de protection ; nous déployons donc des forces militaires et nous les utilisons activement, en patrouillant dans des zones où la LRA peut se rendre fréquemment.

Une autre fonction que nous remplissons consiste à être présents pour garantir la protection physique des personnes, à chaque fois qu’une menace se profile. Il s’agit là d’un défi, puisque la LRA mène ses attaques rapidement, en petit nombre, et se retire très vite de l’autre côté de la frontière. Nous partageons également des renseignements et des informations sur les mouvements de la LRA avec la force de l’Union africaine, c’est une autre partie de notre travail. Et bien sûr, en lien avec cette activité, nous développons les systèmes d’alerte rapide, en utilisant au maximum les informations dont nous disposons pour l’alerte et la réaction rapides.

Je pense que les efforts combinés de la force de l’Union africaine, de la contribution américaine, à travers un certain nombre d’officiers qui nous aident dans ce combat, et de la MINUSS dans la protection des civils, font qu’ensemble, nous devrions être à même de faire des progrès contre la LRA et de protéger la population contre ce fléau.

Centre d’actualités: Compte tenu de tout ce qui se passé dans le monde, est-ce qu’il a été difficile de maintenir l’attention internationale sur le Soudan du Sud?

Mme. Johnson rend visite à des blessés dans des tentes médicales de la MINUSS à Pibor, Etat de Jonglei, après des violences ethniques. UN Photo/Isaac Billy

Hilde Johnson: Tel est le destin de toutes les crises, non? Même si la crise se poursuit, il y en a toujours une nouvelle qui éclot et qui attire l’attention du monde. C’est ‘l’effet CNN.’

Je pense qu’à présent, avec la crise humanitaire à laquelle nous assistons, il y a peu d’endroits au monde qui peuvent rivaliser avec ces défis au niveau international. Il faut donc que la communauté internationale et tous les donateurs qui soutiennent les agences humanitaires s’engagent dans un effort significatif. Ces défis vont bien au-delà des capacités de réponse du Soudan du Sud et bien au-delà de ce qu’il peut espérer accomplir, avec même certaines difficultés sur lesquelles il n’a pas de contrôle.

L’une des raisons du déficit alimentaire dans le pays est la fermeture des frontières avec le Soudan qui fait que les flux normaux de la nourriture par la frontière n’ont plus lieu et que les prix de la nourriture flambent, jusqu’à 300% au-dessus de la normale. C’est très, très compliqué pour le Soudan du Sud de supporter cette situation et nous devons, en tant que communauté internationale, faire preuve d’une réelle générosité dans l’aide à la population du Soudan du Sud.

Centre d’actualités: La communauté internationale est donc toujours engagée?

Hilde Johnson: Je pense qu’après le formidable élan initial de soutien que le Soudan du Sud a reçu à l’indépendance, les décisions prises, à la fois la fermeture des puits de pétroles et les combats à la frontière, ont clairement eu un impact. Ces décisions ont créé des interrogations et des préoccupations au sein de la communauté internationale, et c’est là également l’une des raisons pour lesquelles il est urgent de régler ces questions.

Ces dernières sont principalement liées à la gestion des relations avec son voisin, beaucoup plus qu’avec le Soudan du Sud et son propre projet de construction d’un Etat et de fondation d’une nation. Il est essentiel à présent de les effacer de l’ardoise et d’être en mesure de progresser dans les réformes majeures qui doivent être entreprises.

Après des combats, le Conseil de sécurité a appelé le Soudan et le Soudan du Sud à immédiatement cesser les hostilités et reprendre les négociations. Le Conseil a adopté une résolution qualifiant la situation à la frontière de « grave menace pour la paix et la sécurité internationales. » UN Photo/Eskinder Debebe

Il est clair que plusieurs mesures positives ont été également prises. Les autorités du Soudan du Sud ont jeté les fondations de la démocratie à travers une législation en faveur du multipartisme, des élections, etc. Il y a aussi eu des efforts importants faits pour la réintégration des milices qui sont potentiellement une menace énorme sur la stabilité du pays.

Troisièmement, sur la question de la violence intercommunautaire, dans le contexte de Jonglei, les autorités ont fait plus en matière de protection de la population que par le passé. Il y a donc eu des développements positifs. Il y a aussi des réformes majeures sur les rails, dans la police et les services de sécurité. Le pays est en mouvement, mais davantage aurait pu être fait, et de manière plus rapide, si nous n’avions pas eu cette situation à la frontière.

Centre d’actualités: Est-il réaliste de considérer que ces problèmes peuvent être résolus avant le deuxième anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud?

Hilde Johnson: Je pense que le problème principal est celui des questions en suspens dans le processus issu de l’Accord de paix global. Si nous pouvons arriver à une stabilité des relations entre le Soudan et le Soudan du Sud, établir une mission d’observation à la frontière qui puisse faire en quelque sorte tampon entre les deux ; si nous pouvons faire en sorte que toutes ces questions soient réglées et créer un sentiment de viabilité des deux côtés, alors je pense que le Soudan du Sud peut prendre un nouveau départ, d’une certaine manière, et avancer avec davantage de force.

Des citoyens du Soudan du Sud manifestent leur soutien à la cessation de la production de pétrole décidée par le Gouvernement. Le Secrétaire général Ban Ki-moon a exprimé sa profonde préoccupation concernant cette « crise du pétrole » entre les deux nations. UN Photo/Isaac Billy

Je pense que jusqu’à maintenant, les autorités du Soudan du Sud ont commencé à construire leur nouveau pays et à établir un Etat et une nation de manière hasardeuse, ayant du consacrer tellement d’énergie aux difficultés avec leur voisin du Nord. Et je crois qu’il est également dans l’intérêt du Soudan, dans l’intérêt des deux pays, de régler ces questions et de jeter les fondations de deux Etats viables, de chaque côté de la frontière.

Centre d’actualités: Quel impact a eu la faiblesse des capacités nationales, en matière de formation et de connaissances, sur le travail de la MINUSS?

Hilde Johnson: La Mission que je dirige est confrontée aux mêmes défis que ceux que nous avons connu au Timor-Leste et dans d’autres missions qui commencent après l’indépendance d’un Etat aux capacités institutionnelles très limitées.

Dans le cas du Soudan du Sud, il n’y avait pratiquement rien. Six ans d’intérim ont précédé l’indépendance, mais personne ne savait à l’époque s’il y aurait un Etat indépendant ou non et par conséquent, les efforts de construction d’une nation ont du commencer à l’indépendance.

Les capacités ont été très, très limitées, et évidemment, cela est un défi immense pour la Mission, mais c’est aussi exactement pour ça que nous sommes ici. Ma fonction principale est d’essayer de répondre aux attentes du Gouvernement et de la population du Soudan du Sud pour mettre en œuvre notre mandat et tenter de les soutenir autant que possible.

Un Ministre m’a tout récemment confié que la présence de la Mission, et l’aide que nous avons apporté, avaient été essentielles pour garantir la stabilité du Soudan du Sud durant sa première année. Et c’est une réussite en soi.

Mme. Johnson participe à une cérémonie de signature après la conférence des communautés de l’Etat de Jonglei pour la paix, la réconciliation et la tolérance. Six représentants des communautés se sont engagés à mettre fin à tous les conflits tribaux. UN Photo/Isaac Billy

Centre d’actualités: Quel est votre message à la population du Soudan du Sud pour ce premier anniversaire de l’indépendance de leur pays?

Hilde Johnson: La population du Soudan du Sud a réalisé son rêve le 9 juillet 2011, et il lui appartient maintenant, ainsi qu’à son Gouvernement, de faire de ce rêve une réalité, parce que l’indépendance était une chose, mais une indépendance dans quel objectif?

Pour un nouvel avenir pour le Soudan du Sud et sa population ; pour le développement du pays ; pour faire en sorte que la population ait accès à l’eau, à l’éducation, à la santé ; pour développer son économie à la base ; pour garantir que les ressources sont utilisées au bénéfice de tous, et pas d’une minorité.

De nombreux défis demeurent et il leur appartient, ainsi qu’à leur Gouvernement, de faire en sorte que l’indépendance les amène à faire de leur rêve une réalité, afin que tous les Soudanais du Sud se sentent fiers de leur pays, aient le sentiment qu’ils en font partie, et la conviction que ce pays les protègent, ainsi que leur avenir.

Centre d’actualités: Plus personnellement, vous êtes à la tête d’une mission de maintien de la paix de l’ONU dans le pays le plus récent du monde. Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail?

Hilde Johnson: Pour moi, ce qui est le plus gratifiant je dirais, est d’avoir l’opportunité de faire une différence et de soutenir ce nouveau pays dans la mise en place des fondations d’un Etat et d’une nouvelle nation.

C’est une opportunité unique, je ne pense pas que beaucoup d’autres missions dans le monde et beaucoup de Représentants spéciaux l’aient eue... et j’espère que je serai en mesure de répondre aux attentes et que nous verrons un Soudan du Sud qui réussit, à moyen et à long terme.

Mme Johnson évoque l’importance de la stabilité entre le Soudan du Sud et le Soudan. UNTV

Centre d’actualités: Quelle est la principale difficulté quand on est à la tête de la mission de l’ONU dans le pays le plus récent du monde?

Hilde Johnson: Le plus difficile est que c’est une gestion permanente de crise. Il n’y a quasiment pas de respiration, et s’il y a une chose que l’on peut prévoir au Soudan du Sud, c’est que tout est imprévisible. Vous pensez avoir une journée au programme bien défini et elle se déroule finalement complètement différemment. Et il s’agit là davantage de la règle que de l’exception. Et je dis à mon équipe : ‘jamais un moment d’ennui.’ C’est à la fois l’aspect gratifiant du travail, et sa difficulté.

Centre d’actualités: Vous êtes née en Afrique, y avez passé beaucoup de temps et vous parlez Swahili. Quel impact a cette expérience personnelle sur votre travail?

Hilde Johnson: Pour moi, l’Afrique est en grande partie l’endroit où je me sens chez moi. Bien sûr, je suis Norvégienne, et j’y suis également chez moi. Mais je me sens vraiment chez moi ici, en particulier en Afrique de l’Est où j’ai grandi. Je constate que les Soudanais du Sud ont aussi des liens très forts avec les pays de l’Afrique de l’Est, et ces endroits sont des régions et des cultures qui me sont chères, et que je ressens comme faisant partie de moi.

C’est pourquoi être au Soudan du Sud, pour moi, n’est pas un sacrifice. C’est une opportunité immense et c’est très, très cher à mon cœur. Je suis heureuse d’être ici et j’espère que je serais en mesure, au moins, de faire une petite contribution pour les aider à mettre leur pays sur pied de manière stable, et dans la bonne direction.