Entretien avec Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies

Secrétaire général Ban Ki-moon. Photo ONU

3 janvier 2012 – Le 1er janvier 2012, Ban Ki-moon a entamé son second mandat de cinq ans en tant que Secrétaire général des Nations Unies. Dans un entretien avec le Centre d’actualités de l’ONU et la Radio des Nations Unies, il revient sur les développements les plus importants lors de son premier mandat et sur les défis à venir.


Centre d’actualités de l’ONU : Monsieur le Secrétaire général, quel a été selon vous le plus important développement mondial depuis votre entrée en fonction en 2007 ?

Ban Ki-moon : Nous avons vu le pouvoir des peuples et celui de la mondialisation s’approfondir. Nous avons vu tant de gens, des personnes marginalisées, des peuples opprimés, avides de démocratie, en quête de leur dignité et de leurs droits humains. Et nous avons maintenant la responsabilité de les aider dans la transition vers la démocratie. Avec la mondialisation, nous avons vu tant de choses se passer. Il y a beaucoup de bonnes idées et beaucoup de gens qui veulent vraimSi nous renforçons les partenariats entre les gouvernements, les milieux d’affaires, les organisations non gouvernementales et philanthropes, nous aurons une grande chance d’avancer dans la bonne direction.ent être connectés. Etre unis dépend de nous. Parfois, la technologie peut aider à unir les gens, mais au final eux aussi doivent chercher à s’unir. Et grâce aux bonnes idées et à ceux qui veulent les mettre à profit, je crois que nous pouvons entamer la transition dès que possible.

Centre d’actualités de l’ONU : Quelles sont les réalisations de votre premier mandat dont vous êtes le plus fier ?

Ban Ki-moon : C’est difficile à quantifier. Et puis certains résultats se concrétiseront au fil des ans. Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir rencontré des gens qui ont vraiment besoin de notre soutien. Il y a tellement de personnes marginalisées et de groupes vulnérables. Quand je parlais avec eux, je pouvais voir clairement leurs attentes et la foi qu’ils ont dans notre organisation. Cela m’a vraiment frappé. Et J’étais très fier de faire partie du système des Nations Unies; par exemple, lorsque j’ai rencontré ce garçon dans l’île de Kiribati dans le Pacifique Sud. Il m’avait supplié de faire quelque chose et de les aider à faire face au changement climatique. Il m’a dit : « À cause de ce changement climatique, nos maisons et nos modes de vie peuvent être balayés en l’espace d’un jour. »

Des manifestants en Egypte demandant le transfert du pouvoir des militaires à un gouvernement civil.

C’est pourquoi j’ai été en mesure de mettre la lutte contre le changement climatique en tête des priorités mondiales. Ensuite, il y a eu de nombreux domaines où des progrès ont été marqués, notamment en ce qui concerne la santé des femmes et des enfants. Nous avons été en mesure de faire quelques bons progrès dans le désarmement nucléaire. Et puis le travail de l’ONU a été organisé de manière plus agile et plus efficace. Voila quelques uns des progrès dont je suis fier. Mais il faut faire plus.

Centre d’actualités de l’ONU : Vous évoquez les attentes des gens, y a-t-il eu un moment où vous avez ressenti l’ampleur de vos responsabilités et l’envergure de la fonction de Secrétaire général de l’ONU ?

Le Secrétaire général et son épouse plantant des mangroves avec le Président de Kiribati, Anote Tong, d’autres hauts responsables de l’ONU et des jeunes. Photo ONU/ Eskinder Debebe.

Ban Ki-moon : Il y a eu de nombreuses crises. Mais les crises génèrent aussi des opportunités. C’est ce que j’ai ressenti. J’ai été profondément affecté quand j’étais debout devant le Siège de l’ONU en Haïti au lendemain du tremblement de terre. J’étais simplement perdu. Je ne peux pas décrire ce que j’ai vu à Fukushima. Et j’ai vu tant de gens qui avaient tellement d’attentes, de très grandes attentes. Et je pense que si nous changeons notre façon de faire, si nous raisonnons d’une seule voix, je crois que nous pouvons faire avancer les choses et pour ce faire, j’ai besoin du soutien de tous les États Membres.

Centre d’actualités de l’ONU : Parlons des enjeux et des défis à venir. Quel a été le défi le plus difficile à relever lors de votre premier mandat ?

Nomination du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, pour un deuxième mandat. Photo ONU/ Mark Garten.

Ban Ki-moon : Il y a eu de nombreux défis d’ordre humain et écologique. Mais le défi le plus difficile en ce moment, c’est de savoir comment moderniser notre organisation et comment nous adapter aux changements du 21ème siècle. Nous devons rendre notre organisation encore plus agile et surtout plus transparente et responsable. Bien sûr, cela nécessite un soutien total des 193 Etats Membres des Nations Unies. Et puis certes, le changement climatique. Nous devons protéger cette planète Terre et garantir un environnement plus viable et durable pour nos générations futures. Aussi, il y a tellement de gens dont les droits humains sont totalement bafoués et nous devons les protéger. Il y a tellement de gens qui meurent inutilement de maladies évitables. Mais tous ces défis peuvent être surmontés si nous sommes mieux organisés, si nous sommes plus unis. Et c’est ce que je compte faire de mon second mandat.

La salle de l’Assemblée générale alors que le Secrétaire général Ban Ki-moon présente son rapport annuel à l’ouverture du débat général de la 66ème session de l’Assemblée. Photo ONU/ Mark Garten.

Centre d’actualités de l’ONU : Le premier Secrétaire général, de l’ONU, Trygve Lie, avait avoué à son successeur Dag Hammarskjöld que le métier de Secrétaire général était le plus impossible du monde? Êtes-vous d’accord ? Pourquoi est-ce tellement difficile ?

Ban Ki-moon : J’ai entendu cela à plusieurs reprises dans le passé. Ce qui compte pour moi, c’est que les États Membres aient une vision commune et une vraie compréhension des situations et des défis auxquels nous faisons face. Et avec cela le métier de Secrétaire peut être possible. D’ailleurs ma mission est de rendre ce travail apparemment impossible, possible. Mon prédécesseur, Kofi Annan, m’a dit une fois avant que je prenne mes nouvelles fonctions : « cela peut être le travail le plus impossible », mais cela peut être aussi le meilleur travail et pour moi il s’agit du métier le plus honorable du monde. Et je n’aurai de cesse de demander a tous les États Membres de s’unir derrière les idéaux et les objectifs de la Charte des Nations Unies. Si cela se passe il n’y aura jamais de tâche impossible.

Ban Ki-moon insiste sur le pouvoir du peuple et les partenariats alors qu’il entame son deuxième mandat de chef de l’ONU.

Centre d’actualités de l’ONU : Puisque vous parlez des États Membres, il est vrai que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont un statut spécial à l’ONU et, souvent, en tant que Secrétaire général, vous êtes pris entre des États Membres puissants. Comment gérez-vous cette pression, en particulier lorsque les pays ont des positions différentes ? Comment gérez-vous cela ?

Ban Ki-moon : En tant que Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, je ne peux pas être loyal à un pays ou un groupe de pays au détriment des autres. Je dois être loyal envers les peuples que nous servons. Je dois être fidèle aux principes de la Charte des Nations Unies. Certaines personnes disent que nous avons 193 patrons; j’entends dire les 193 États Membres. Et ceux du Conseil de sécurité en font partie. Des fois il est presque impossible de composer avec tous ces gens parce qu’ils sont tous issus de différents pays, de différents milieux et ils ont des intérêts différents. Mais je crois qu’ils sont aussi unis à leur manière. Et cela va de soi, nous relevons de nombreux défis importants et difficiles lorsque les États membres sont unis.

Le Secrétaire général Ban Ki-moon discute avec la mère d’un nouveau-né, après l’avoir aidée à administrer un vaccin contre la polio à l’enfant, dans un centre de santé à Bali, en Indonésie. Photo ONU/ Mark Garten.

Centre d’actualités de l’ONU : Que souhaitez-vous faire différemment lors de votre deuxième mandat ?

Ban Ki-moon : Voyez-vous, j’ai vu l’impact et la forte puissance des partenariats. Si nous renforçons les partenariats entre les gouvernements, les milieux d’affaires, les organisations non gouvernementales et philanthropes, nous aurons une grande chance d’avancer dans la bonne direction. Nous avons été en mesure de déployer 120.000 soldats de l’ONU dans 16 missions de maintien de la paix. Nous avons été en mesure de mettre sur pied l’ONU-Femmes, en essayant de protéger et de promouvoir davantage le statut social des femmes et leur statut politique. Nous allons miser sur toutes ces réalisations, nous allons les rassembler et les consolider, car elles sont toutes liées les unes, les autres. C’est ce que j’aimerais faire. Je voudrais relier les gens et les rassembler autour d’idées et de projets communs.