Entretien avec Nassir Abdulaziz Al-Nasser, Président de l’Assemblée générale des Nations Unies

Nassir Abdulaziz Al-Nasser, Président de l’Assemblée générale des Nations Unies. Photo ONU

20 octobre 2011 – Abdulaziz Al-Nasser, Président de l’Assemblée Générale des Nations, l’un des cinq organes principaux des Nations Unies, a été très occupé au cours de ces dernières semaines.

Diplomate ayant une grande expérience, M. Al-Nasser occupe ce poste après une longue carrière au sein de la communauté internationale, aussi bien en tant que diplomate pour son pays, le Qatar, qu’au sein du système des Nations Unies.

Avant son élection par acclamation au poste du Président de la 66ème session de l’Assemblée Générale le 22 juin 2011, il a été pendant les 13 dernières années Ambassadeur et Représentant Permanent du Qatar auprès des Nations Unies. Pendant cette période, il a joué un rôle important dans les comités de l’Assemblée, a servi comme Vice-président de la 57ème session de l’Assemblée, générale a présidé le Groupe des 77 et de la Chine à l’ONU, et a représenté son pays au Conseil de sécurité lorsque celui-ci a occupé un siège non-permanent pendant deux ans (2006 et 2007).

M. Al-Nasser s’est entretenu avec le Centre d’actualités de l’ONU sur son élection et ses priorités pour son mandat qui est d’un an.

Centre d’actualités de l’ONU : Quels sont les plus grands défis dont l’ONU devra s’occuper pendant l’année à venir?

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Mon thème pour la 66ème session est la médiation. Je ne crois pas que cela arrive trop tôt. Le monde traverse une période difficile et les Nations Unies devraient jouer un rôle important dans la résolution de bien des problèmes politiques à travers le monde.

Comme j’en ai fait mention dans ma déclaration avant d’assumer mon poste, je me suis rendu compte qu’il y a des problèmes importants à l’ordre du jour de l’ONU, aussi bien ceux qui sont de longue durée que ceux qui sont survenus récemmJe crois que l’Assemblée est l’organe le plus important de l’ONU parce qu’elle représente le monde entierent. Le monde traverse une période difficile, politiquement, économiquement, financièrement, en ce qui concerne la nourriture, le réchauffement climatique et le développement. Je pense que la communauté internationale devrait vraiment y prêter plus d’attention et se concentre sur la résolution de tous ces problèmes. Aussi ai-je choisi quatre objectifs principaux : la résolution pacifique des conflits, la réforme et la revitalisation de l’ONU, l’amélioration des moyens permettant d’éviter des catastrophes, et d’y répondre, le développement durable et la prospérité globale. J’appelle les Etats Membres à bien réfléchir à ces quatre objectifs et de collaborer avec moi. Et, je l’espère bien, pendant cette année à venir, nous pourrons arriver à quelque chose de bon. Ce n’est pas facile, car le programme de la 66ème session pose bien des défis, mais quand on veut on peut.

Centre d’actualités de l’ONU : Quelle sorte de réponse avez-vous reçue de la part des Etats Membres?

L’Emir du Qatar, Sheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani, prononce un discours devant la 66e session de l’Assemblée. (septembre 2011)

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Pendants mes rencontres, et lorsque je suis assis au podium de l’Assemblée, j’écoute attentivement. Je me suis entretenu avec des chefs d’Etat, des chefs de gouvernements, des ministres des affaires étrangères, ils m’appuient entièrement. Mais comment est-ce que nous allons avancer? Il faut que nous travaillions ensemble. En fin de compte c’est du ressort des Etats Membres de décider le chemin qu’ils veulent suivre, de trouver le mécanisme pour atteindre ces objectifs.

Centre d’actualités de l’ONU : Que se passe-t-il avec la demande de la Palestine d’être admise en tant qu’Etat membre de l’Assemblée Générale ?

Le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas montre une copie de la candidature de la Palestine aux Nations Unies. (septembre 2011)

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Si l’Autorité palestinienne se décide d’aller à l’Assemblée, elle doit suive les règles de la procédure. Il faut qu’elle soumette un projet de résolution et qu’elle s’entretienne avec les Etats Membres sur le langage qu’elle veut y mettre, et après cela nous choisirons le jour où nous pourrons nous en occuper. La Palestine a demandé au Secrétaire général d’envoyer sa demande au Conseil de Sécurité, ainsi cela fait partie de l’ordre du jour du Conseil. Mais personne ne m’a encore approché au sujet de la reconnaissance. Aussitôt qu’ils seront prêts, nous le serons aussi.

Centre d’actualités de l’ONU : Que pensez-vous du Printemps arabe?

Le Président de l’AG Nassir Abdulaziz Al-Nasser (au centre) arrive pour une réunion de haut-niveau sur la Libye, en marge de la session de l’Assemblée générale. (septembre 2011)

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Si l’on a bien écouté les discours des chefs d’Etat du monde entier pendant la récente période du débat général de l’Assemblée, on a bien pu entendre qu’ils admirent beaucoup ce qui s’est passé et est en train de se passer au Moyen Orient, ce que nous appelons le Printemps arabe. Alors de quoi s’agit-il, ce printemps arabe? Il s’agit de gens qui cherchent la liberté, la démocratie, le respect de leur dignité et de leurs droits humains. Mais je crois que cela, c’est une règle générale, et pas seulement au Moyen Orient.

Il y a aussi des effets concrets de ces évènements : dans ma capacité de Président de l’Assemblée générale, nous avons accepté le 16 septembre le Conseil national de transition (CNT) en tant que le représentant officiel du peuple de la Libye, et cela a été un très grand succès.

Nassir Abdulaziz Al-Nasser, Représentant permanent du Qatar auprès des Nations Unies, prononce un discours devant l’Assemblée générale après son élection comme Président de la 66e session de l’Assemblée. (juin 2011)

Centre d’actualités de l’ONU : Il y a des gens qui disent que la revitalisation de l’Assemblée générale dans le cadre de la réforme de l’ONU est une tâche impossible. Qu’en pensez-vous ?

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Cela sera toujours un problème qui est à la fois vieux et nouveau. Si nous nous attendons à un rôle efficace de la part de l’ONU, if faut avoir une organisation très énergique. L’ONU peut s’attaquer à toutes sortes de problèmes du monde d’aujourd’hui. Elle a eu un rôle très important dans l’histoire de l’humanité, en facilitant le règlement de bien des problèmes globaux et en aidant beaucoup d’Etats à résoudre leurs propres problèmes.

Mais en fin de compte, cela est du ressort des Etats Membres eux-mêmes et de leur volonté politique, et dans quelle mesure ils prennent au sérieux cette réforme. Il ne s’agit pas seulement de l’Assemblée générale, mais aussi du Conseil de sécurité, du Conseil économique et social, du Secrétariat. Cela est aussi ma responsabilité et je m’efforcerai bien de convaincre, d’exhorter, d’encourager les Etats Membres de s’y attaquer avec beaucoup de vigueur.

Le Président de l’AG Nassir Abdulaziz Al-Nasser (à gauche) discute avec le Secrétaire général Ban Ki-moon (au centre) et un autre haut responsable, avant l’ouverture du débat de l’Assemblée générale. (septembre 2011)

Centre d’actualités de l’ONU : En ce qui concerne la perception du public, croyez-vous que l’Assemblée bénéfice de la reconnaissance qu’elle mérite pour son rôle dans les affaires globales ?

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Je crois que l’Assemblée est l’organe le plus important de l’ONU parce qu’elle représente le monde entier – 193 pays – et nous devrions octroyer à cet organe le niveau de responsabilité et d’importance qu’il mérite pour qu’il s’attaque aux problèmes et aux demandes du monde.

Centre d’actualités de l’ONU : Dans un an, à la fin de votre mandat, quels seront les critères permettant de juger si votre présidence aura réussi ?

Le Président de l’AG, Nassir Abdulaziz Al-Nasser, rencontre le Président des Etats-Unis, Barack Obama. (septembre 2011)

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Eh bien, je ne peux rien dire sur moi-même, ce sera aux Etats Membres de juger si j’ai été un bon président ou non. Donc, j’espère entendre des mots positifs au sujet de ma mission, de mon équipe.

Centre d’actualités de l’ONU : Votre premier poste en tant que diplomate du Qatar vous a mené à Beyrouth en 1972 pendant la période de tension qui a précédé le déclenchement, quelques années plus tard, de la guerre civile au Liban. Comment est-ce que cela vous a influencé ?

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : J’ai eu la chance d’étudier dans une université libanaise et aussi de travailler à l’ambassade. J’étais plein d’ambition et d’énergie à cet âge-là pour réaliser de grandes choses, tout le monde passe par là. Mais en même temps, habitant Beyrouth quand la guerre civile a éclaté, ce n’était pas du tout facile. A cette époque-là, Beyrouth était une capitale avec beaucoup d’activité au Moyen Orient, du point de vue politique et social etc. J’ai beaucoup appris. Mais à cet âge, ayant été aussi témoin du côté négatif de la guerre civile, j’ai réalisé combien la paix et la stabilité sont importantes, car nous avons vu les dégâts causés par cette guerre civile à ce pays et il a fallu de nombreuses années pour que le Liban s’en remette.

Le Ministre slovaque des affaires étrangères a une discussion informelle avec l’Ambassadeur du Qatar auprès de l’ONU, Nassir Abdulaziz Al-Nasser, avant une réunion du Conseil de sécurité sur l’énergie, la sécurité et le climat. (avril 2007)

Centre d’actualités de l’ONU : Comment une journée, en moyenne, se déroule-t-elle pour vous en tant que Président de l’Assemblée ?

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Il y a beaucoup de problèmes à l’ordre du jour, en commençant par le travail de la 66ème session à travers ses six commissions. Donc, mon équipe et moi-même, nous sommes en train d’aider les commissions et les Etats Membres à s’occuper de quelques-uns des problèmes qui concernent leurs gouvernements. Par ailleurs, je voyage pour assister à des réunions, représentant l’Assemblée. J’aurai la réunion Rio+20 sur le développement durable, la conférence sur le réchauffement climatique, et l’Alliance des civilisations se réunira au Qatar. Mon programme est chargé.

L’Ambassadeur Nassir Abdulaziz Al-Nasser, le nouveau Représentant permanent du Qatar aux Nations Unies, rencontre le Secrétaire général Kofi Annan (à droite). (septembre 1998)

Centre d’actualités de l’ONU : Après une longue carrière diplomatique, qu’est-ce que la présidence de l’Assemblée signifie pour vous ?

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : J’ai eu bien des postes dans des organes différents, et arriver à ce niveau, comme vous le savez bien, à la présidence de l’Assemblée, c’est le poste le plus élevé au sein de la diplomatie internationale, c’est un grand honneur de recevoir cette confiance de la part de la communauté internationale. L’expérience que j’ai acquise à travers toutes ces années dans le cadre bilatéral et multilatéral m’aidera bien dans ma mission. J’en suis très fier et j’espère que je ne décevrai pas la communauté internationale.

Aux côtés du Secrétaire général Ban Ki-moon, le Président de la 65e session de l’Assemblée générale, Joseph Deiss, de la Suisse, annonce son successeur. (juin 2011)

Centre d’actualités de l’ONU : Comment est-ce que les Qataris ont réagi en apprenant que l’un de leurs compatriotes assumait la présidence de l’Assemblée générale ?

Nassir Abdulaziz Al-Nasser : Ils en sont très fiers, et si l’on entend bien le discours de Son Altesse l’Emir du Qatar le 21 septembre, cela a été formidable et j’en suis très reconnaissant. Bien sûr, sans le soutien de mon gouvernement, il n’aurait pas été facile d’arriver là où je suis arrivé. Les Qataris en sont fiers et ils y prêtent beaucoup d’attention. Les médias en parlent souvent, et j’ai reçu bien des coups de téléphone où les gens ont dit ‘nous sommes très fiers de vous, vous faites de grandes choses pour le monde et pour le Qatar.’