Entretien avec Augustine Mahiga, Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie

Augustine Mahiga, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la Somalie. Photo ONU

20 septembre 2011 – Le chef du Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie et Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays, Augustine Mahiga, a participé récemment à une réunion consultative sur la fin de la transition, qui s’est tenue à Mogadiscio avec le soutien de l’ONU, et qui a validé une Feuille de route énonçant les priorités à mettre en œuvre avant la fin des actuelles négociations gouvernementales prévues pour le mois d’août de l’année prochaine.

Le Centre d’Actualités des Nations Unies a pu s’entretenir avec Monsieur Mahiga, avant le mini sommet interministériel qui s’est tenu ce vendredi 23 septembre à New-York, en marge du débat général annuel de l’Assemblée générale de l’ONU.

Le Centre d’actualités de l’ONU : Au mois de juin dernier, vous avez indiqué avoir reporté à plusieurs reprises une réunion du Groupe international de contact sur la Somalie (un groupe composé de représentants des États membres de l’ONU pour soutenir les efforts de paix) dans l’attente d’évolutions politiques positives. Mais celles-ci ne sont pas intervenues. Pourriez-vous nous dire ce qui s’est passé au cours de ces deux derniers mois, et quelles sont les raisons de ces reports ?

Augustine Mahiga : Un changement considérable est effectivement intervenu. En juin, nous avions pu résoudre le conflit ouvert qui avait paralysé la vie politiSi je me réfère à ma propre expérience, je n’ai jamais rien vu de tel. En tout état de cause, nous sommes ici confrontés à une situation particulièrement difficile.que à Mogadiscio pendant six mois, en signant l’Accord de Kampala entre le Président, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed et le Président du Parlement, Sharif Hassan Sheikh Aden. Ceci avait ouvert la voix à un réel dialogue politique et à une dynamique de coopération.

L’accord présentait deux aspects principaux. Le premier consistait à former un nouveau gouvernement, car le précédent n’était pas parvenu à sortir de l’impasse politique. Le second était d’initier le processus d’adoption d’une Feuille de route qui définirait une nouvelle direction dans le cadre d’un agenda politique qui devait être achevé dans les douze prochains mois.

Le Centre d’actualités de l’ONU : Vous avez décrit le retrait d’Al-Shabaab de Mogadiscio comme un "moment extraordinaire" de l’histoire de la Somalie. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Augustine Mahiga : C’est effectivement un événement très important, parce qu’il y a deux ans, le groupe Al-Shabaab avait presque réussi à prendre le contrôle de Mogadiscio, et qu’aujourd’hui, pour la première fois, le Gouvernement fédéral de transition (TFG) contrôle désormais 96% de Mogadiscio - ce qui n’avait jamais été le cas depuis ces 20 dernières années.

Augustine Mahiga prend la parole au cours d’une réunion du Conseil de Sécurité sur la Somalie. (septembre 2011).

Mogadiscio était soit aux mains des seigneurs de guerre, soit entre celles des insurgés, les Al-Shabaab.

Ceci est important, mais ce qui est encore plus important, c’est qu’il y a eu un effort conjoint des forces fédérales de Transition et de celles de la Mission de l’Union Africaine en Somalie (AMISOM) - qui est déployée par l’Union africaine avec le soutien de la communauté internationale et des Nations Unies - et que ceci est intervenu à un moment où il existe des développements positifs sur le plan politique comme nous n’avions pas connus depuis longtemps.

Bien sûr, et ironie du sort, cela intervient à un moment où le pays connait une crise humanitaire, et nous en voyons les conséquences sur la dynamique politique ainsi que sur l’efficacité des Shabaab.

Je dirais, qu’en quelque sorte, les gens ‘’votent avec leurs pieds’’, c’est à dire en fuyant la zone contrôlée par les Shabaab, ce qui nous montre bien la faiblesse et l’inefficacité des capacités de gestion et de contrôle qui sont celles de l’insurrection.

Le Centre d’actualités de l’ONU : Certains ont dit que le Gouvernement fédéral de transition (TFG) est un gouvernement qui n’existe que sur le papier et qui serait essentiellement animé par les querelles internes. Pensez-vous que ceci correspond à une appréciation juste de ce qu’est le Gouvernement fédéral de transition (TFG), et ce, notamment à la lumière des progrès récents qui ont été observés ?

Augustine Mahiga informe le Conseil de Sécurité par liaison vidéo depuis Mogadiscio sur l’évolution du processus de paix en Somalie. (août 2011).

Augustine Mahiga : Il est nécessaire de porter un regard large sur ce qu’est le Gouvernement fédéral de transition (TFG) et de le considérer comme un processus évolutif qui est parti de zéro, un processus qui est réellement parti de rien. Il y a sept ans, ce gouvernement a vu le jour à la suite d’une conférence qui a duré deux ans, et qui a abouti à la Charte de Transition et à la mise en place de quelques institutions rudimentaires.

En effet, il est exact qu’il y a eu des dissensions et des affrontements, ainsi que plusieurs tentatives infructueuses pour former un gouvernement, mais il faut tout de même considérer cela comme un progrès parce que, pendant ce temps là, nous avons pu conclure l’Accord de Djibouti, qui a réussi à associer dans la formation de l’actuelle autorité fédérale de Transition, deux factions pourtant très antagonistes.

Au début de cette année, tandis que nous étions dans une impasse qui durait depuis déjà six mois, nous avons estimé que nous nous dirigions tout droit, soit vers une nouvelle situation d’anarchie, soit vers une crise majeure dans laquelle il allait y avoir deux gouvernements.

Mais nous avons été capables d’éviter cet écueil, et depuis l’accord de Kampala du 9 juin dernier, des progrès, à proprement parler, inimaginables, ont été accomplis.

Le Secrétaire général Ban Ki-moon, aux côtés de la Vice-Secrétaire générale Asha-Rose Migiro, avec Augustine Mahiga à Nairobi, au Kenya. (mars 2011).

Non seulement les adversaires ont réussi à se parler, mais ils sont désormais prêts à mettre fin à la transition d’une manière qui a été formalisée par un accord écrit, et qui est de nature inclusive en ce sens qu’il ne concerne pas seulement les deux institutions que sont l’exécutif et le législatif, mais également les signataires de la Feuille de Route, ainsi que les organisations régionales et les administrations émergentes. Je dirais que "rien que cela" constitue déjà une avancée majeure.

Le Centre d’actualités de l’ONU : Le Secrétaire général a appelé la communauté internationale à apporter davantage de soutien et à donner davantage de moyens aux autorités somaliennes, en particulier après les récents progrès réalisés sur le terrain. Quelles réponses concrètes ont-elles, depuis, apporté ?

Augustine Mahiga : Quand, la semaine dernière, j’ai présenté le dernier rapport en date du Secrétaire général au Conseil de sécurité, j’ai été considérablement encouragé par la réaffirmation de leur soutien politique, ainsi que par l’assurance que m’a fournie l’ensemble des 15 membres du Conseil, que le dossier somalien restait en tête des priorités sur l’agenda du Conseil.

Autre point très encourageant : les 15 membres estiment que le processus de paix est à nouveau en marche et que nous devons aller de l’avant. J’ai reçu de réels encouragements ainsi que l’expression manifeste du soutien de chacun des membres du Conseil en faveur de la poursuite de l’action engagée.

Le Premier ministre du Gouvernement fédéral de transition somalien, Mohamed Ali Abdiweli (au centre), avec Augustine Mahiga (à droite), s’adresse aux journalistes au terme d’une réunion du Conseil de Sécurité. (septembre 2011).

Les membres du Conseil ont également pris en considération le tableau d’ensemble, et ont ainsi pu observer que ce processus politique progresse d’une manière positive, et même particulièrement positive en ce qui concerne par exemple le domaine de la sécurité, tant à Mogadiscio que dans les régions de l’Ouest et du Sud, où les forces alliées au Gouvernement fédéral de transition (TFG) ont largement fait reculer les positions des Al-Shabaab.

N’oublions pas non plus qu’il existe certaines zones en Somalie, notamment dans le centre du pays, comme le Puntland et le Galmadug, qui sont des Etats régionaux dans lesquels règne une relative stabilité et où fonctionnent certaines institutions qui sont dotées d’une assez bonne représentativité.

Car c’est cela la Somalie. Nous sommes là dans un pays dans lequel, d’un côté, vous avez une guerre bien réelle qui est en cours et qui est menée par une organisation terroriste internationale, et de l’autre côté, des portions du territoire dans lesquelles il existe une relative stabilité assortie d’une réelle tendance de fond vers une gouvernance représentative.

Et bien sûr, il reste la question du Somaliland, qui est, de fait, devenu un Etat indépendant il y a 20 ans, même s’il n’a pas été reconnu légalement, ni à l’échelon régional, ni au niveau international.

Un Casque bleu la Mission de l’Union Africaine en Somalie (AMISOM) nettoie un lance-roquettes dans l’une des nouvelles positions établies à Mogadiscio après le départ du groupe extrémiste Al-Shabaab au début du mois d’août dernier. (août 2011).

Mais le Somaliland a bénéficié du succès des élections - et d’ailleurs, d’élections démocratiques - et les transitions opérées se sont avérées très encourageantes.

Cet Etat est engagé dans la voie du développement et du changement social, ce qui constitue d’ailleurs un exemple et un modèle pour tout le reste de la Somalie, voire, pour tout le reste de l’Afrique.

Le Centre d’actualités de l’ONU : Plus largement, quel rôle vous semble t-il être celui des Al-Shabaab, sachant notamment qu’après leur retrait de Mogadiscio, ses membres ont pu recourir à des attentats suicides ou y disposer des franc-tireurs ?

Augustine Mahiga : Ceci est certainement le pire des scenarios auquel nous nous préparons. Le genre de guerre qui a eu lieu dans les rues de Mogadiscio était une guerre de type conventionnel, même s’il s’y est mêlé des épisodes de type guérilla urbaine.

Mais maintenant que le caractère conventionnel de cette guerre a été relégué au second plan, nous observons déjà des signes qui nous font craindre le recours à l’usage de bombes et d’engins explosifs artisanaux.

Nous en avons déjà eu de nombreux exemples depuis leur retrait le 6 août dernier. Certains des éléments des Al-Shabaab se sont fondus dans la population civile, de l’intérieur de laquelle ils ont déjà mené des actions.

Mais la plupart des combattants se sont déplacés dans les zones rurales de Mogadiscio et de la Somalie où ils se tiennent toujours regroupés. Et c’est justement là, qu’il est nécessaire de maintenir la dynamique de sécurité que le Conseil de sécurité a formulée. De la même manière, la question du déploiement rapide du reste des 3.000 soldats doit être abordée de toute urgence.

Des Casques bleus de la Mission de l’Union Africaine en Somalie (AMISOM) trient un sac de grenades et d’autres munitions qui ont été utilisées à Mogadiscio par le groupe Al-Shabaab pour réaliser des engins explosifs artisanaux. (août 2011).

Le Centre d’actualités de l’ONU : Avec le Conseil de sécurité, vous avez appelé les individus et les groupes armés à renoncer à la violence et à rejoindre le processus de paix. Avez-vous réellement obtenu des réponses tangibles à cet appel ?

Augustine Mahiga : Oui, je dirais qu’il y a eu des signes d’une évolution qui doit être poursuivie. Je pense que les cadres du Gouvernement fédéral de transition ont fait savoir qu’ils ont bien reçu ces signaux.

Je pense aussi, qu’il existe des intermédiaires qui les ont également reçus. Comme vous le savez, le groupe Al-Shabaab n’est pas une organisation monolithique. Il existe en son sein des éléments moins radicaux qui, eux, sont prêts à envisager la paix, même si, bien sûr, il s’agirait d’une paix à leurs propres conditions.

Ceci constitue un facteur favorable qui doit être compris, analysé et qui doit être saisi, afin de voir comment il pourrait évoluer en une réelle opportunité d’élargir la plate-forme politique au-delà de ce qu’elle a pu l’être jusqu’ici.

Le Centre d’actualités de l’ONU : La Feuille de route appelle à la mise en œuvre de plusieurs mesures prioritaires avant le mois d’août de l’année prochaine. Quelle importance revêt, pour vous, la mise en place de ces mesures, notamment dans des domaines comme la sécurité, la réconciliation nationale et l’instauration d’une saine gouvernance ?

Augustine Mahiga : Les mesures prioritaires qui sont mises en œuvre font partie des 18 tâches distinctes qui ont été retenues par la Charte de Transition.

A l’hôpital Banadir de Mogadiscio, un bébé atteint de malnutrition et de déshydratation pleure tandis qu’un médecin lui installe une perfusion afin d’assurer sa réhydratation. (août 2011).

Elles incluent la question de la sécurité qu’il reste à construire en poursuivant l’effort de structuration d’une armée et d’une police, ainsi qu’en maintenant les efforts que nous observons aujourd’hui afin d’accroître la surface du territoire national.

Il s’agit là d’une tâche politique très importante qui consiste à poursuivre le processus d’élaboration d’une constitution. Il existe déjà un projet qui doit encore être affiné et soumis à d’autres consultations.

Ce document est très important pour parvenir à l’échéance de la fin de la transition, car il va définir ce que seront les nouvelles institutions, attribuer les responsabilités, ainsi que déterminer le type de gouvernement par lequel la Somalie sera dirigée d’une manière plus représentative et plus inclusive.

Cette constitution, bien qu’elle ne puisse garantir l’opportunité d’élections réellement ouvertes à l’ensemble du pays du fait des problèmes de sécurité, posera en tous cas les bases fondatrices d’une société beaucoup plus démocratique, et dotée d’une représentation politique beaucoup plus large.

Il y a également le domaine de la politique de sensibilisation, qui consiste aussi à tendre la main à tous les éléments qui, pour le moment, sont restés exclus de la tribune politique, y compris ceux d’entre eux qui pourraient vouloir déposer leurs armes, autant qu’une bonne partie de la société civile qui est très dynamique et qui joue un rôle très important sur le plan politique et social - comme les anciens, les chefs religieux, les femmes, la communauté des affaires et la diaspora - qui n’ont, à ce jour, encore joué aucun rôle important dans le processus politique. Aussi, cette feuille de route représente une réelle opportunité.

Et quatrièmement, il y a tout le domaine de la gouvernance. Qu’entendons-nous par là ? Créer des institutions transparentes et responsables ; mettre en œuvre une réelle gouvernance afin de faire sortir la Somalie des clichés et des critiques selon lesquels les pratiques de corruption y sont légion. Transparency International a classé la Somalie comme l’une des sociétés les plus corrompues, mais ceci n’est en fait que l’expression de la faiblesse et des carences de ses institutions.

Une vue des entreprises et des bâtiments endommagés par les combats le long des rues désertes du Marché Bakara dans le centre de Mogadiscio. Bakara fût un bastion stratégique des Al-Shabaab jusqu’à leur retrait soudain, le 5 août. (août 2011).

En conséquence, la gouvernance ne consistera pas seulement en – responsabilité - et en – transparence -, mais elle devra en réalité créer des institutions qui administrent enfin et réellement un pays qui ne l’a encore jamais été. Cela n’est certainement pas une tâche qui peut être accomplie en douze mois, mais cela posera au moins les bases du futur gouvernement qui émergera après les élections qui suivront l’adoption d’une nouvelle constitution.

Centre d’actualités de l’ONU : Selon l’Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires, près de la moitié du pays est en crise, soit environ quatre millions de personnes. Comment la crise humanitaire en Somalie affecte-t-elle votre travail et celui de l’UNPOS ?

Augustine Mahiga : C’est vraiment un grand défi, parce que le travail humanitaire est essentiellement humanitaire - apolitique, neutre et impartial - et mon rôle en tant que représentant politique du Secrétaire général est essentiellement un rôle d’assistance.

Mais dans l’équipe pays de l’ONU, il existe des agences qui sont essentiellement humanitaires, et d’autres qui sont axées sur le développement. Nous travaillons main dans la main, et je me garde bien d’interférer dans l’espace humanitaire ou dans les questions qui touchent à la neutralité et à l’impartialité de ces organisations.

Mais en termes de collecte de fonds et d’action de sensibilisation, mon bureau politique est à la pointe. En outre, pour ce qui concerne la coordination des efforts avec le gouvernement et la communauté humanitaire, mon bureau joue également un rôle majeur.

Les Casques bleus de la Mission de l’Union Africaine en Somalie (AMISOM) se déplacent pour aller renforcer les positions nouvellement occupées autour du Stade de Mogadiscio, après le retrait des Al-Shabaab. (août 2011).

Cependant, ce qui est beaucoup plus difficile et également très important, c’est que cette crise a créé une opportunité politique - même s’il est paradoxal de dire qu’une crise humanitaire peut créer une opportunité politique - parce que, avant tout, elle a révélé la faiblesse des Al-Shabaab.

Elle a également introduit des civils dans les rangs du Gouvernement fédéral de Transition. Dans la seule ville de Mogadiscio, en l’espace d’un mois, il y a eu un afflux de 400.000 personnes déplacées à l’intérieur du pays, et le gouvernement a eu tout à coup à fournir assistance et sécurité à toutes ces personnes qui sont venues s’ajouter à une population déjà supérieure à un million d’habitants.

Beaucoup d’autres, se trouvant malheureusement dans des situations atroces, ont eu à fuir comme réfugiés dans les pays voisins. Tout ceci exprime donc bien les déficiences et les faiblesses de ce gouvernement. Et c’est là, je pense qu’en dernière analyse, aucune sorte de gouvernement ne peut justifier sa position en dehors que d’être là pour servir le peuple.

Centre d’actualités de l’ONU : Vous êtes dans votre fonction depuis plus d’un an maintenant. Mais avant cela, vous avez largement servi dans toute la région, en tant que diplomate autant qu’en tant que fonctionnaire de l’ONU. Comment compareriez-vous les problèmes de la Somalie par rapport à d’autres problèmes observés dans la région ?

Augustine Mahiga : C’est différent, parce que la crise en Somalie se classe dans une catégorie à part. Elle constitue un creuset qui regroupe des crises multiples contenues dans une crise globale.

Comme je le disais, il y a des zones où on observe une relative stabilité, il y a des régions où la guerre fait rage, et ce n’est pas seulement une guerre civile, c’est une guerre qui est perpétrée par le terrorisme international et dans des circonstances très difficiles.

A Badbado, un camp pour personnes déplacées à l’intérieur du pays, des femmes se ruent sur un centre d’alimentation après que les soldats du gouvernement n’ont pu contenir la foule. (juillet 2011).

Il s’agit d’une guerre qui a évolué vers d’autres défis de sécurité régionale et internationale, comme la piraterie, et bien sûr, la lutte générale contre le terrorisme international.

Il s’agit d’une crise qui est combinée avec une situation humanitaire dans une zone où vous avez à faire face à la construction nationale, tandis que, dans le même temps, vous devez également faire face à la résolution des conflits.

Donc, si vous regardez toute l’histoire et la réalité des conflits en Afrique, franchement, si je me réfère à ma propre expérience, je n’ai jamais rien vu de tel. En tout état de cause, nous sommes ici confrontés à une situation particulièrement difficile.

Et ce qui est à la fois paradoxal, incompréhensible et étrange, c’est que le cliché en Afrique est qu’il y a des problèmes ethniques. En Somalie, il n’existe pourtant pas de groupes ethniques, et la Somalie est le seul pays qui ne comporte qu’une religion et qu’une culture, mais les divisions claniques y sont beaucoup plus profondes que dans les autres conflits africains que j’ai connus, que ce soient des conflits entre des groupes ou entre peuples.

Et ceci est un défi que je n’ai jamais affronté auparavant. Mais en même temps, la Somalie n’est pas un pays isolé. La Somalie est entourée par des pays dont la sécurité nationale et l’avenir politique sont intrinsèquement liés à ceux de leurs voisins somaliens.

Du fait de l’histoire, que ce soient l’Éthiopie, le Kenya ou Djibouti - tous ces pays ont un intérêt, et un intérêt tout à fait légitime, dans le processus de paix en Somalie, car par le passé, ce qui est arrivé en Somalie a eu une incidence réelle sur leur sécurité nationale.

Donc, tout cela constitue des paramètres qui doivent être pris en compte, et la communauté internationale est désormais encore plus concernée, en raison de la position stratégique qu’occupe la Somalie dans la Corne de l’Afrique. Et il est évident qu’il s’agit là d’une zone dans laquelle tous ces défis différents se combinent en un seul.