Entretien avec le Représentant permanent du Gabon auprès des Nations Unies

L'Ambassadeur Noël Nelson Messone, Représentant permanent du Gabon auprès des Nations Unies

1 juillet 2011 – L'Ambassadeur Noël Nelson Messone est devenu Représentant permanent du Gabon auprès des Nations Unies en février 2011. Auparavant, il a été ambassadeur de son pays auprès des pays du Benelux et de l'Union européenne et Vice Ministre des affaires étrangères. En juin, il a assuré la Présidence tournante du Conseil de sécurité. Ci-dessous, l’Ambassadeur Messone évoque, avec le Centre d’Actualités de l’ONU, cette Présidence et la diplomatie aux Nations Unies.

Centre d’actualités de l'ONU : Quelles ont été les principales réalisations du Conseil de sécurité sous votre présidence?

Noël Nelson Massone : Le mois de juin est un mois traditionnellement très chargé. Et ce mois de juin n’a pas été différent. S'agissant des réalisations, je citerai d’abord le débat qui a porté sur la question du VIH/Sida et des conflits, au terme duquel une nouvelle résolution a été adoptée dix ans après la première qui avait été adoptée sous le leadership des Etats-Unis de feu l’Ambassadeur (RichardConcernant la Libye, la mise en oeuvre de la résolution 1973 n'a pas été simple à cause des divergences de vue) Holbrooke. Le débat a été présidé par le Président de la République gabonaise qui est venu spécialement pour cela.

Nous avons eu également un exposé sur la question du crime transnational et du trafic des drogues par l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). C’est une question importante, pas seulement pour des Etats comme la Guinée-Bissau mais aussi pour tout le golfe de Guinée qui doit faire face à cette nouvelle menace à la paix et à la sécurité.

La logique du Gabon est de ramener sur la table du Conseil la question des menaces transversales. Nous l’avons fait avec le débat sur les armes de petits calibres, leur circulation et l’impact sur les conflits, et dans cette logique nous avons continué sur ce débat sur le VIH/Sida et le débat sur le crime transnational.

L’Ambassadeur Messone avec le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, le 23 février 2011.

La deuxième réalisation a été la résolution 1973 sur la Libye qui n’a pas été simple à faire passer, mais qui est passée. Nous avons également pu organiser une réunion entre le Panel ministériel de l’Union africaine sur la Libye et le Conseil de sécurité. Ce fut un exercice pertinent, important pour renforcer justement le dialogue, les contacts, la coordination des efforts pour qu’on puisse parvenir à une solution pacifique, une solution politique en Libye parce que, il faut le dire, il n’y aura pas de solution militaire en Libye. C’est une solution politique qu’il faut pour que nous sortions de cette crise.

Enfin, c’est sous la présidence gabonaise que le Conseil de sécurité a formulé la recommandation pour la réélection du Secrétaire général, Monsieur Ban Ki-moon, qui a été élu plus tard par l’Assemblée générale par un vote par acclamation.

Il faut aussi signaler les avancées que nous avons enregistrées au Soudan, avec l’accord qui a été signé sur Abyei. Les affrontements avaient repris entre le Nord et le Sud sur la question d’Abyei et nous avons beaucoup travaillé. Cet accord a été conclu grâce aux efforts du Président (Thabo) Mbeki, l’Union africaine et les Nations Unies. Et nous avons à cet effet fait une importante déclaration du Président du Conseil pour saluer cet accord.

Et puis comme traditionnellement au mois de juin c’est le renouvellement des mandats des missions des Nations Unies, nous l’avons fait pour la MONUSCO en République démocratique du Congo (RDC), nous venons de le faire pour l’Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) et bien d’autres.

Centre d’actualités de l'ONU : Quels ont été les plus grands défis au cours du mois écoulé ?

Noël Nelson Massone : Concernant la Libye, la mise en oeuvre de la résolution 1973 n'a pas été simple à cause des divergences de vue sur la manière dont cette résolution a été mise en œuvre. Mais l’important a été d’être consistant sur l’objectif initial qui était celui de protéger les civils, de faire en sorte qu’une situation humanitaire difficile ne se développe pas et surtout de continuer à œuvrer en faveur d’une solution politique pour une sortie de crise pacifique et durable. Donc les discussions ont été souvent difficiles tout au cours du mois de juin.

La deuxième difficulté rencontrée a été lorsque nous avons organisé une réunion de haut niveau avec le Panel de l’Union africaine et le Conseil de sécurité, nous avons pensé qu’elle pouvait être sanctionnée par une déclaration présidentielle. Les Etats membres ont eu beaucoup de difficultés parce qu’il ne fallait pas que la déclaration exprime quelque chose qui n’allait pas dans le sens des efforts qui étaient en cours. Donc cela a été difficile, on a discuté, on a négocié mais au bout du compte les Etats membres n’ont pas pu s’entendre sur ce résultat.

Nous avons reçu, en ce qui concerne la Corne de l’Afrique, quatre demandes d’Etats pour une réunion sur la situation dans la Corne de l’Afrique avec l’Erythrée, l’Ethiopie, la Somalie, Djibouti. Nous avons discuté entre nous pour essayer de répondre à ces requêtes. Pour l’instant nous ne sommes pas parvenus à décider quel format serait le bon pour cette réunion, mais nous avons bon espoir que cette réunion puisse se tenir une fois qu’un consensus sera trouvé autour d'un format acceptable pour tous les membres du Conseil.

Enfin sur la question des poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) visant le Soudan, le désaccord persiste et ce fut plutôt difficile de faire avancer les positions sur cette question.

L’Ambassadeur Messone annonce à la presse que le Conseil de sécurité recommande la reconduction de Ban Ki-moon pour un second mandat de Secrétaire général de l’ONU, le 17 juin 2011.

Centre d’actualités de l'ONU : En tant que Président du Conseil de sécurité, comment conciliez-vous votre intérêt national avec ceux du Conseil dans son ensemble?

Noël Nelson Massone : Le Président du Conseil de sécurité est là pour s’assurer que la communauté internationale travaille ensemble pour faire face, apporter des solutions aux grandes questions qui sont sur la table, aux crises que le Conseil doit examiner et faire en sorte que lorsqu’il faut adopter des résolutions, lorsqu’il faut prendre des décisions, que le plus large consensus, sinon un consensus total, s’exprime autour de la table. Voilà la principale responsabilité du Président qui est souvent aussi de concilier des points de vue qui au départ sont aux antipodes, de faire en sorte qu’on trouve des dénominateurs communs pour proposer, formuler des solutions et adopter des résolutions, des déclarations là où cela s’avère absolument nécessaire.

On peut dire que si les questions nationales entrent dans ce cadre là, elles font partie des activités normales d’un Président du Conseil de sécurité sachant que lorsque nous avons proposé notre programme de travail, il est apparu pour le Gabon que la question du VIH/Sida et des conflits était importante. Cela a reçu un écho favorable auprès des autres membres et c’est devenu une question de l’ensemble de la communauté internationale.

Voila un peu le rôle du Président. Ensuite, il faut que le Président veille à ce que les positions exprimées par les organisations régionales en accord avec les Nations Unies soient harmonisées, soient coordonnées lorsqu’il y a des actions conjointes à mener comme nous essayons de le faire en ce moment en Libye, comme nous le faisons en Somalie avec l’Union africaine ou encore au Soudan avec l’Union africaine.

Centre d’actualités de l'ONU : Que pensez vous de la composition actuelle du Conseil de sécurité des Nations Unies, concernant sa réforme, son élargissement, que proposez-vous?

Noël Nelson Massone : Il faut rappeler qu’il y a un consensus large sur la nécessité d’une réforme du Conseil de sécurité. Je pense que nous n’en sommes plus là et je pense qu’il faut continuer à négocier. Il y a plusieurs propositions qui sont mises sur la table. Il faut continuer à négocier. Pour l’instant, le Gabon dans sa position continue de soutenir la position de l’Union africaine. Mais le plus important c’est de retenir que la réforme est nécessaire, il faut continuer à négocier, il est important que des changements interviennent au niveau de la représentation, au niveau du nombre dans les deux catégories.

Je pense que sur toutes ces questions il y a de manière générale un consensus. Maintenant il faut continuer à négocier pour ramener toutes ces différentes propositions vers une proposition qui puisse être acceptable, consensuelle pour l’ensemble des membres de la communauté internationale. Ce n’est pas simple mais il faut continuer à négocier.

Centre d’actualités de l'ONU : Et sur une note plus personnelle, quel est l’aspect le plus intéressant du travail de diplomate à l’ONU, ce qui vous stimule le plus par exemple ?

Noël Nelson Massone : Il y a d’abord le sentiment qu’on apporte sa modeste contribution à la résolution des grandes questions auxquelles le monde a à faire face, qu’on participe à ces décisions. Deuxième chose, il y a ce sentiment et cette satisfaction de pouvoir être au contact du monde dans toute sa diversité et la satisfaction de réaliser que le monde dans toute sa diversité, à des moments, peut se retrouver pour discuter des problèmes communs, trouver des solutions à ces problèmes au delà des solutions et des approches qui peuvent être purement bilatérales entre deux Etats mus par des intérêts nationaux spécifiques.

Je pense que c’est cela qui est important et puis nous sommes à New York qui est le centre de la diplomatie mondiale, donc tout cela fait qu’au plan personnel c’est toujours plutôt intéressant d’être diplomate ici à New York.