Entretien avec le Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Gérard Araud, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies.

7 juin 2011 – L’Ambassadeur Gérard Araud, qui a une longue expérience de diplomate, a été nommé le Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies en septembre 2009. Au mois de mai 2011, la France a occupé la Présidence tournante du Conseil de sécurité. Ci-dessous, l’Ambassadeur Araud évoque, avec le Centre d’Actualités de l’ONU, cette Présidence et la diplomatie aux Nations Unies.

Centre d’actualités : La France a assuré la Présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies, tout au long du mois de mai. Quelles sont les principales réalisations du Conseil sous votre présidence?

Gérard Araud : Le mois de mai est un mois tranquille. Il n’y a pas eu beaucoup de grands débats sous notre présidence. Nous n’avons pas eu de renouvellement majeur de mandat des opérations de maintien de la paix. Mais nous avons voulu profiter d’une certaine manière de cette trêve pour conduire un débat de fond sur l’avenir de la présence des Nations Unies en République démocratique du Congo. C’est l’opération la plus importante des Nations UniesLe Conseil de sécurité, malgré des nuances d’appréciation, des nuances légitimes, maintient son unité. avec plus de 20.000 hommes, dans une zone difficile. Nous avons pensé que c’était une bonne occasion, sans être sous la pression de l’urgence, pour préparer l’avenir et pour savoir ce que les Nations Unies peuvent faire afin d’assurer la transition en République démocratique du Congo. Ensuite, nous avons dû gérer d’une certaine manière la crise libyenne, de telle sorte que le Conseil de sécurité, malgré des nuances d’appréciation, des nuances légitimes, maintienne son unité. Et enfin, nous avons profité de ce calendrier plus léger pour organiser une visite du Conseil de sécurité à Addis Abeba (en Ethiopie), dans le cadre de notre dialogue régulier avec l’Union africaine, au Soudan et en Somalie.

Centre d’actualités : Je présume qu’il y a eu quand même quelques défis. Quels ont été les grands défis au cours du mois de mai?

Gérard Araud : Principalement, maintenir l’unité du Conseil. Les opérations militaires en Libye sont évidemment la source de nuances d’appréciation entre les membres du Conseil. Certains considèrent que la coalition va au-delà de la résolution 1973. Ce qu’évidemment les membres de la coalition démentent. Et donc, il a fallu essayer, au-delà de ces désaccords, de parvenir à une position globale qui est évidemment une position de soutien à la recherche d’un accord de paix.

Centre d’actualités : En tant que Président du Conseil de sécurité, comment avez-vous concilié votre intérêt national et ceux du Conseil dans son ensemble ?

Gérard Araud : Ce n’est pas très difficile contrairement à ce qu’on peut penser ; parce que de toute façon il faut parvenir à un compromis. Quand vous êtes président, l’avantage est que vous devinez assez rapidement quel est le compromis. Cela vous permet d’une certaine manière d’économiser du temps, parce que vous voyez bien quel est l’équilibre du Conseil. Et le Président doit contribuer à aller plus rapidement à un compromis, qui est le reflet des rapports de force au Conseil.

Centre d’actualités : La réforme du Conseil de sécurité est un débat d’actualité. Que pensez-vous de la composition actuelle du Conseil, de sa réforme, de son élargissement et plus précisément, que proposez-vous ?

Gérard Araud : La position de la France est très claire. Elle a été répétée à plusieurs reprises au niveau le plus élevé. Nous sommes favorables à l’élargissement du Conseil de sécurité. Nous pensons que le Japon, le Brésil, l’Inde et l’Allemagne doivent devenir membres permanents. Nous pensons qu’il doit y avoir au moins un nouveau membre permanent africain. Et nous nous posons la question également de la représentation arabe. Donc, pour nous, il est très clair, le Conseil de sécurité actuel reflète les équilibres de 1945 ; il doit donc être adapté à notre temps.

Centre d’actualités : Sur une note plus personnelle, quel est l’aspect le plus intéressant du travail de diplomate aux Nations Unies ? Qu’est ce qui est le plus stimulant ? Et le plus ingrat ?

Gérard Araud : Le plus stimulant, c’est à l’évidence le contact avec tous mes collègues qui représentent l’ensemble du monde et qui sont tous de très grande qualité. C’est une sorte de résumé à la fois des problèmes et des rapports de force de la vie internationale. Les contacts humains sont passionnants. Le plus aride, c’est qu’en réalité au Conseil de sécurité, contrairement à ce qu’on pense, les Quinze sont très souvent d’accord sur la plupart des sujets, mais que néanmoins les Quinze se considèrent obligés de faire un discours. Et donc, nous devons entendre très souvent, quinze fois la même chose.