Entretien avec Christopher Kennedy Lawford, Ambassadeur de bonne volonté

Christopher Kennedy Lawford, Ambassadeur de bonne volonté de l’ONUDC sur les traitements et les soins contre la dépendance à la drogue.

28 mars 2011 – Choisi pour être le premier Ambassadeur de bonne volonté du Bureau de l’ONU contre la drogue et le crime (ONUDC), l’acteur, écrivain, avocat et militant américain Christopher Kennedy Lawford évoque avec le Centre d’actualités de l’ONU cette nouvelle mission qu’il a acceptée, et qu’il compte remplir avec succès en utilisant sa notoriété pour renforcer la sensibilisation du public et générer des soutiens aux programmes de l’ONUDC destinés à développer des traitements et des soins pour les toxicomanes.

Centre d’actualités de l’ONU : Pourquoi avez-vous accepté cette mission?

Christopher Kennedy Lawford : C’est un problème qui a marqué ma vie de nombreuses manières. J’ai eu des problèmes de toxicomanie pendant 15 ans dans ma jeunesse, que j’ai surmonté il y a maintenant 25 ans. Pendant toutes ces années, j’ai travaillé avec des gens qui avaient aussi combattu cette maladie. Mais ce n’est que récemment, au cours des sept dernières années, que j’ai donné une tournure publique à ce problème, en soulevant des questions politique, en essayant d’aider les gens et en amenant un changement de politiques dans mon pays sur ces questions.

En termes de partenaIl est donc possible avec l’éducation de changer le comportement des gens et il est aussi possible avec les traitements de modifier le comportement des personnes qui sont déjà dépendantes aux drogues.ire mondial avec qui travailler, il n’y a rien de plus significatif et de  plus impliqué à mon avis que l’ONUDC. Ils font un travail dans le monde entier, à différents niveaux, sur ce problème, en étant en même temps très engagés pour essayer d’accroître l’accès aux traitements et aux soins, ce qui est vraiment ma préoccupation.

Centre d’actualités de l’ONU : Que saviez-vous de l’ONUDC, avant d’être approché pour en devenir Ambassadeur de bonne volonté, et quelle a été votre réaction à cette proposition ?

Christopher Kennedy Lawford : Je ne connaissais pas grand-chose de l’ONUDC la première fois que j’ai entendu parler d’eux. Un de mes amis qui travaille au Canada avec des organisations à but non lucratif et qui a beaucoup travaillé sur les problèmes de toxicomanie il y a quelques années, m’a parlé de l’ONUDC. L’année dernière, j’ai aussi été invité à intervenir dans une conférence ici, au siège de l’ONUDC, avec la délégation des États-Unis, notamment mon ami Tom McLellan, le Directeur adjoint du Bureau chargé de la politique sur les drogues à la Maison Blanche. Après mon intervention, j’ai rencontré beaucoup de gens de l’ONU qui m’ont dit : « nous aimerions travailler avec vous ». Il a fallu près d’un an pour comprendre comment nous allions le faire. Devenir Ambassadeur de bonne volonté semblait être la meilleure façon.

Centre d’actualités de l’ONU : Comment votre propre expérience avec la toxicomanie peut-elle vous aider aujourd’hui?

Le Directeur exécutif de l’ONUDC, Yury Fedotov (à gauche) et le nouvel Ambassadeur de bonne volonté Christopher Kennedy Lawford.

Christopher Kennedy Lawford : J’ai une certaine compréhension de ce sujet, que je ne pense pas que vous puissiez avoir, sauf si vous avez déjà vécu cela. Mais je ne pense pas non plus que cela me donne un point de vue unique. Je crois que les gens qui travaillent dans le milieu de la toxicomanie comprennent clairement cette question. Ils ont énormément de compassion pour les gens qui rencontrent ces problèmes, parfois même plus que moi! La seule chose que je pense avoir, qui soit vraiment précieuse, c’est que je suis passé par là, et que je crois que tous ceux qui ont souffert de cette maladie ont une responsabilité une fois qu’ils en sont guéris, celle d’aider les autres à traiter la maladie.

Ayant vécu moi-même cette expérience, je peux expliquer combien la notion de responsabilité est importante. Et aussi, convaincre les toxicomanes dans le monde entier, qu’ils peuvent faire quelque chose au sujet de leur maladie, que ce n’est pas une situation désespérée.

Centre d’actualités de l’ONU : Comment vous vous êtes senti en apprenant que ce rôle vous était confié à l’ONUDC ?

Christopher Kennedy Lawford : Je suis extrêmement reconnaissant, principalement parce que l’ONUDC n’a jamais eu d’ambassadeur à cette fin; ils n’ont jamais eu un Ambassadeur de bonne volonté pour les questions de traitement et de soins de la toxicomanie et c’est une chose extrêmement positive dans ce domaine. Cela donne une importance à cette question, qui n’existait pas auparavant. L’ONU est la référence en termes d’organisation mondiale, donc pour moi, y être associé de cette manière, c’est un grand honneur. Je suis donc extrêmement reconnaissant, mais plus reconnaissant encore que nous soyons sur la voie d’une telle légitimité des traitements et des soins.

Centre d’actualités de l’ONU : N’y a-t-il pas un risque que votre notoriété éclipse tout le travail que vous avez fait dans le domaine du traitement de la toxicomanie et de la dépendance ?

Un consommateur de drogue recevant des soins médicaux à Hanoï, au Viet Nam.

Christopher Kennedy Lawford: Je pense qu’ils se complètent mutuellement. J’ai eu énormément de chance dans ma vie d’être né dans une situation où on m’a donné beaucoup, un avantage que la plupart des gens ordinaires n’ont pas, simplement en raison de leur conditions de naissance. Je me rends compte que dans ma famille, nous avons grandi avec l’adage « on attend beaucoup de celui à qui on a beaucoup donné ». Donc je ne regarde jamais ce qui m’a été donné comme autre chose qu’une bénédiction.

Je pense que la notoriété dans notre monde - j’en ai un peu, mais il y a beaucoup de gens qui en ont beaucoup plus – me permet d’apporter ce que quelqu’un d’engagé peut apporter. Je vais travailler vraiment dur parce que j’y crois, c’est devenu ma vie et c’est la raison de mon engagement avec l’ONUDC. Je suis intéressé par les résultats, pas par les titres ou les honneurs. Je veux vraiment essayer d’aider les gens, et je pense que les gens que j’ai rencontrés à l’ONUDC l’ont aussi senti.

Centre d’actualités de l’ONU : Comment allez-vous trouver le temps pour conserver l’équilibre entre votre nouveau rôle et vos autres activités ?

Christopher Kennedy Lawford : Je passe beaucoup de temps sur ce que je fais. J’écris un autre livre en ce moment, sur probablement les 50 personnes les plus étonnantes qui sont aux prises avec ce problème de toxicomanie. Je réalise des entretiens avec eux, pour offrir une bible aux  gens, si je puis dire, une compilation des informations les plus crédibles et les plus actuelles sur la maladie de la dépendance dans le monde. Cela prend beaucoup de temps -mon travail avec l’ONUDC prend beaucoup de temps, mon engagement personnel, qui m’amène à travailler avec des alcooliques et toxicomanes un par un, prend beaucoup de temps- mais j’ai beaucoup d’énergie et la vie est courte! Je crois que nous sommes ici pour nous aider les uns les autres et il n’y a rien qui me donne plus de joie que de le faire. Je fais ce genre de choses parce que ça me fait du bien. Mes enfants l’ont compris, mon amie l’a compris, et souvent nous faisons tout ça ensemble, de sorte que ça fonctionne assez bien.

Centre d’actualités de l’ONU : Quels seront les critères pour vous et pour l’ONUDC, pour déterminer la réussite de votre mission ? 

Christopher Kennedy Lawford : L’encre n’a pas encore séché sur l’annonce, donc nous essayons toujours de mettre ça en place! Ce que je pense, c’est que tout d’abord, nous devons sensibiliser le public. Nous avons à convaincre d’autres personnes qui sont dans des positions d’influence dans le monde entier de l’importance de devenir actif et d’ouvrir le débat public sur ce sujet. Compte tenu de la gravité du problème à l’échelle mondiale et du coût que cela représente pour nos sociétés, nous allons devoir trouver de l’argent, car c’est un domaine d’actions dans lequel nous sommes jusqu’à présent cruellement sous-financés. Les gens ne donnent tout simplement pas d’argent à cette cause, mais ne vous méprenez pas, je sais qu’il y a beaucoup d’autres causes pour donner de l’argent.

Je pense qu’ensuite, l’autre priorité est de commencer à aller au-delà du domaine de la stigmatisation, de la discrimination et du jugement sur cette question. Nous devons vraiment examiner cette question comme un simple problème de santé, et si nous réussissons déjà à faire un peu avancer cela dans les prochaines années, ce sera une réussite.

Centre d’actualités de l’ONU : Au regard des sommes en jeu dans les affaires de drogues, est-il réaliste de penser que la consommation de drogues puisse un jour être sous contrôle ?

Christopher Kennedy Lawford : Je ne pense pas que cela soit possible, sauf s’il y a un mouvement vers la légalisation, que je ne pense non plus possible. Je ne pense plus jamais que nous nous débarrasserons de ces substances. Mais je pense que l’éducation et les traitements que nous pouvons offrir peuvent faire une énorme différence. Lorsque j’ai grandi, nous ne savions rien sur les drogues illicites par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui, du coup, j’ai commencé en étant complètement ignorant. Mes enfants ont eu une expérience différente. Ils ont le même patrimoine génétique que le mien, peuvent avoir la maladie dans leur sang comme moi, mais ils ont leur père et je leur ai expliqué les faits. Je leur ai donné les informations et ils ont pris des décisions différentes - il est donc possible avec l’éducation de changer le comportement des gens et il est aussi possible avec les traitements de modifier le comportement des personnes qui sont déjà dépendantes aux drogues.

Le Directeur exécutif de l’ONUDC, Yury Fedotov, visitant le Centre de traitement de Jangalak à Kaboul, en Afghanistan.

Je pense donc que nous ne pourrons jamais nous débarrasser des substances, mais que nous allons certainement réduire la demande. Nous l’avons fait avec le tabagisme dans mon pays et d’autres pays du monde. En 25 ans, nous avons pris un virage à 180 degrés dans la manière dont la société perçoit le tabac, nous pouvons faire la même chose pour les drogues et l’alcool.

Comme pour de nombreux problèmes de santé, il s’agit aussi d’une question d’argent. Dans mon pays, aux Etats-Unis, si vous avez de l’argent et une dépendance à la drogue, vous pouvez obtenir de l’aide, mais si vous n’en n’avez pas, c’est plus difficile. Et c’est ce qui se passe partout dans le monde. Il y a des pays où c’est un énorme problème, des pays à revenus faibles ou intermédiaires dans lesquels il n’y a pas de ressources pour la lutte contre ce fléau qui sape leur force.

L’ONUDC et d’autres organisations non gouvernementales sont conscients de cette réalité, et sont les seuls à travailler pour aider les gouvernements et les peuples du monde qui ont moins de ressources et de capacité de traitement de questions de ce type. Je pense que nous devons toujours nous rappeler - et c’est une des choses que j’espère faire - qu’il y a des gens dans la société qui sont marginalisés et incapables d’accéder au type de traitements et de soins que d’autres peuvent trouver pour se guérir. Nous devons aussi garder les yeux tournés sur les causes sociales sous-jacentes et les conditions qui maintiennent les gens dans ce cycle de désespoir.

Centre d’actualités de l’ONU : Avez-vous encore eu la chance d’avoir quelques conseils de votre homologue féminin, la première ambassadrice de bonne volonté de l’ONUDC, Mira Sorvino ?

Christopher Kennedy Lawford : Je ne la connais pas très bien, mais j’aimerais vraiment  parler de son expérience ; c’est un nouveau rôle pour moi et je souhaite avoir des informations de toute personne susceptible de m’en donner, et si c’est de la part d’une belle actrice, qui est également la fille d’un ami à moi, j’en serais ravi.