ONU-Habitat en septembre 2000. Elle est la première femme originaire d'Afrique à occuper un rang aussi élevé dans le système des Nations Unies. De nationalité tanzanienne, elle est docteur ès économie agricole de l'Université des sciences de l'agriculture d'Uppsala, en Suède.

Avant de rejoindre ONU-Habitat, elle a été Coordinatrice spéciale pour les pays en développement les moins avancés, enclavés et insulaires à la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED). De 1993 à 1998, elle a été professeur associé d'économie à l'Université de Dar-es-Salam." /> ONU-Habitat en septembre 2000. Elle est la première femme originaire d'Afrique à occuper un rang aussi élevé dans le système des Nations Unies. De nationalité tanzanienne, elle est docteur ès économie agricole de l'Université des sciences de l'agriculture d'Uppsala, en Suède.

Avant de rejoindre ONU-Habitat, elle a été Coordinatrice spéciale pour les pays en développement les moins avancés, enclavés et insulaires à la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED). De 1993 à 1998, elle a été professeur associé d'économie à l'Université de Dar-es-Salam." />

Entretien avec Anna Tibaïjuka, Directrice Exécutive d'ONU-Habitat

Anna Tibaïjuka, La Directrice exécutive d'ONU-Habitat lors d'un forum mondial à Rio de Janeiro

18 juin 2010 – Anna Tibaïjuka a été nommée Directrice Exécutive de l’Agence des Nations Unies pour les établissements humains ONU-Habitat en septembre 2000. Elle est la première femme originaire d'Afrique à occuper un rang aussi élevé dans le système des Nations Unies. De nationalité tanzanienne, elle est docteur ès économie agricole de l'Université des sciences de l'agriculture d'Uppsala, en Suède.

Avant de rejoindre ONU-Habitat, elle a été Coordinatrice spéciale pour les pays en développement les moins avancés, enclavés et insulaires à la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED). De 1993 à 1998, elle a été professeur associé d'économie à l'Université de Dar-es-Salam.

Centre d’actualités : A l’heure où un demi-milliard de la population mondiale habite dans des taudis et au regard des conclusions du Forum de Rio, comment les pays en voie de développement et l’ONU-Habitat pourront relever ce défi ?

Anna Tibaïjuka : L’ONU-Habitat est mandaté en tant que programme des Nations Unies afin de répondre aux réalités d’aménagement du territoire et de logement. Aujourd’hui, 62% des personnes vivent dans des villes et d’ici 2030, même un continent comme l’Afrique, qui est encore en majorité rural, ne sera plus dans cette situation. L’ONU-Habitat travaille avec ses partenaires pour assister les Etats membres et les communauForce est de constater que les êtres humains deviennent des créatures urbaines, avec tous les défis que cela représentetés à faire face à la situation de l’habitat et aux évolutions démographiques. Force est de constater que les êtres humains deviennent ‘des créatures urbaines’, avec tous les défis que cela représente mais aussi avec toutes les opportunités que cela peut apporter.

En 2000, l’Assemblée générale de l’ONU a mandaté, lors du Forum urbain mondial qui était la première conférence à se concentrer sur les opportunités, les défis et les pratiques d’une urbanisation durable. Le Forum de Rio qui vient juste de s’achever au mois de mars à Rio de Janeiro, au Brésil,  s’est concentré sur les défis de la mise en place d’une nouvelle politique globale et spécifiquement sur la question de l’harmonie sociale dans les villes.

Il faut combler les disparités et améliorer les droits urbains au moment où, j’en ai peur, nous n’avons pas une situation satisfaisante : 1 milliard de personnes vivent dans des bidonvilles sans accès à l’eau potable, aux structures d’assainissement, de logements durables et sans aucune sécurité sur le régime foncier du terrain qu’ils occupent. Ces personnes sont des victimes. Par exemple, leurs cabanes sont parfois rasées par les autorités municipales.

Nous voulons instaurer une situation gagnant/gagnant pour tout le monde. Actuellement se déroule l’Exposition Universelle de Shanghai dont le principal thème est ‘Une meilleure ville, une meilleure vie’. Nous souhaitons réellement l’inclusion d’une urbanisation durable qui est un préalable au développement durable. L’inclusion est l’élément clé du développement durable et de l’urbanisation durable.

Centre d’actualités : Donc ‘l’inclusion’ est le message clé que vous souhaitez délivrer à l’Exposition Universelle de Shanghai ? Pouvez-nous expliquer quel est le sens de ce concept ?

Anna Tibaïjuka : L’ONU-Habitat a inauguré le pavillon des Nations Unies lors du lancement de l’Exposition. Ce pavillon est un centre de débats sur tous ces problèmes. Dans le discours que j’ai prononcé à Shanghai sur l’urbanisation durable, j’ai délivré le message suivant : le monde est confronté aux défis de l’écologie, de l’économie et de l’équité. Nous devons agir tous ensemble avec ces trois piliers.

L’inclusion c’est l’équité. L’inclusion traite de l’autonomisation des populations marginalisées. L’inclusion c’est aussi prendre en compte les groupes désavantagés : les femmes, les jeunes etc. Aujourd’hui, dans les pays en développement les jeunes de moins de 30 ans représentent 60% de la population mondiale. Donc si nous n’avons pas de politiques socio-économiques claires qui les incluent et leur fournissent des moyens de subsistance, une éducation de qualité et des formations professionnelles, comment allons-nous améliorer leurs vies ?

L’inclusion c’est aussi comment nous redistribuons les ressources nationales. A cause de la globalisation et de la libéralisation rapide du monde, le développement économique s’est fait de manière inéquitable. Sur le long terme, si ces inégalités ne sont pas comblées, il y a un risque que nous assistions à des troubles sociaux.

Il y a évidemment la dimension écologique et environnementale de l’inclusion. Nous faisons face au défi du changement climatique. Nous sommes maintenant conscients que les catastrophes augmentent. Il y a énormément de vulnérabilité dans beaucoup de villes, des villes côtières qui sont sous une menace constante. Nous avons besoin de planification urbaine pour réduire cette vulnérabilité, pour contrer la montée des eaux et limiter l’impact des catastrophes naturelles. Ces problèmes deviennent centraux. Mais aujourd’hui, l’économie dirige tout. La création d’emplois, le chômage, le commerce international, le commerce régional, l’économie urbaine doivent être dynamique et parvenir à l’établissement d’habitats durables.

Centre d’actualités : Vous êtes à la tête de l’ONU-Habitat depuis 2000. Quels sont les principaux succès du programme ces 10 dernières années ?

Anna Tibaïjuka : Selon moi, le principal succès est la campagne de plaidoyer et la sensibilisation que nous avons entreprises afin que ces thèmes soient mis au devant de la scène. Quand nous avons débuté cette campagne en 2000, nous étions chanceux même lorsque nous étions interviewés comme vous êtes en train de le faire maintenant ! Mais en ce moment, la prise de conscience a commencé. Comme je l’ai souligné le thème centrale de l’Exposition Universelle, ‘Une meilleure ville, meilleure vie’, est une preuve que notre travail a contribué à rendre prioritaires ces problématiques globales. Le travail le plus important a été de publier un rapport global sur la situation de l’urbanisme et des problèmes d’habitats. Aucune ressource statistique n’existait auparavant ! Sur cette base, l’Assemblée générale de l’ONU a pu comprendre l’importance de ces thématiques ainsi que les besoins et les difficultés que rencontre ce programme des Nations Unies, comme le manque de soutien financier par exemple. Je suis contente de vous dire que tout cela, c’est du passé. Actuellement l’ONU-Habitat a les moyens financiers d’exercer son mandat.

Centre d’actualités : Vous avez été la première femme africaine élue par l’Assemblée générale de l’ONU comme Secrétaire général adjoint d’un programme des Nations Unies. Pensez-vous que vous êtes un bon exemple d’autonomisation des femmes ?

Anna Tibaïjuka, en visite dans une région de la Chine ravagée par un séisme

Anna Tibaïjuka : En tant que femme africaine, j’ai été moi-même autonomisée et soutenue. Je n’aurais jamais pu relever ce défi toute seule. Pour réussir cette mission à la tête de l’ONU-Habitat, j’ai besoin de partenariat, de soutien de la part des Etats-membres, des collègues, de la part du Secrétaire général etc. A partir du jour où j’ai été nommée pour diriger le programme, j’ai reçu tout le soutien nécessaire pour faire mon travail de manière efficace. Tout cela c’est de l’autonomisation. Selon moi, l’autonomisation c’est donner la possibilité aux gens, notamment aux personnes marginalisées, de faire leurs preuves.

Centre d’actualités : Pensiez-vous travailler un jour aux Nations Unies ? Comment avez-vous rejoint l’ONU ?

Anna Tibaïjuka : Non, je ne le concevais pas comme cela. Je suis de cette génération de femmes africaines qui est née et a été éduquée dans les zones rurales. C’est grâce à mon père  que je suis allé à l’école. Il a décidé de m’envoyer à l’école de missionnaires qui se trouvait juste à côté de chez moi en Tanzanie. Il était progressiste. Et puis le reste a suivi, les événements se sont succédés les uns après les autres. Mais c’est à travers l’éducation que j’ai pu parvenir à travailler aux Nations Unies. Ce n’était pas quelque chose auquel je m’étais consciemment préparée.  

Je suis économiste de formation. Et je suis une femme. Après avoir terminé ma formation en Tanzanie, j’ai rejoint mon mari qui était diplomate tanzanien à Stockholm, en Suède. Au lieu de perdre mon temps, j’ai commencé à suivre les cours à l’Université. La Suède étant un des pays les plus progressistes les frais universitaires étaient gratuits. Une fois diplômée en tant que Docteur en économie agricole de l'Université des sciences de l'agriculture d'Uppsala, en Suède, je suis revenu dans mon pays pour enseigner. Mais en 1988, il était vraiment clair pour moi que l’Afrique devait renforcer sa place dans le commerce international. C’est pourquoi j’ai rejoint l’ONU en travaillant d’abord pour le Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), en tant que Coordinatrice spéciale pour les pays en développement les moins avancés, enclavés et insulaires. Par la suite, j’ai été nommée par Kofi Annan pour prendre la tête de ce programme de l’ONU-Habitat.

Centre d’actualités : Je suppose que vous avez été confrontée à des situations d’urgence et que vous avez visité énormément de pays. Quel est votre souvenir le plus marquant ?

Anna Tibaïjuka : Mes visites en Iraq, en Afghanistan, au Pakistan ou dans la zone du tsunami en Asie du Sud-Est ou en Haïti après le tremblement de terre, la crise de la Somalie ou encore la République démocratique du Congo (RDC) m’ont beaucoup marqué.

Pour moi un de souvenirs les plus marquants a été lorsque je suis allé en Indonésie sur une petite île dévastée par le tsunami. Nous avons visité un village où les corps des personnes décédées après la vague meurtrière étaient toujours coincés sous les décombres faute de moyens pour les retirer de là. Le tsunami a démontré l’importance de l’écologie dans la planification urbaine. C’est pourquoi nous devons nous concentrer à réduire la vulnérabilité.

Un autre souvenir marquant : lorsque je suis allé dans la ville de Nanjing, en Chine. L’ONU-Habitat y avait développé un projet local. Dans ces pays émergents comme la Chine, l’Inde, Brésil (BRIC) nous travaillons davantage au niveau local. Lorsque nous nous sommes rendus sur le projet, j’ai pu lire le bonheur des gens sur leur visage, heureux de leurs nouveaux logements !

Ou encore lorsque des enfants des rues de Bombay en Inde ont organisé une petite fête d’adieux après la visite d’un projet dans les bidonvilles. Une jeune fille est venue m’offrir un châle… C’est un de mes souvenirs les plus marquants car, dans ce genre de moment, vous sentez que ces personnes vulnérables retrouvent leur dignité et que l’on contribue à leur donner de meilleures chances dans la vie.

Centre d’actualités : Quel a été le moment le plus difficile ces 10 dernières années à la tête de l’ONU-Habitat ?

Anna Tibaïjuka : Notre travail n’est pas facile. Il y a tellement à faire ! Et parfois nous n’avons pas assez de fonds pour tout faire. Alors, il faut convaincre les gens et obtenir leur soutien. Les moments les plus difficiles, c’est lorsque pour une raison ou pour ou autre on ne me comprends pas ou lorsque je suis face à des personnes qui sont en désaccord avec moi. Il y a tellement de moments difficiles, il n’y en a pas qu’un seul. Ma façon de rester engagée c’est de me dire que dans mon travail on ne peut pas abandonner. Abandonner n’est pas une option. C’est devenu comme une source d’inspiration.

Centre d’actualités : Vous avez parlez du manque de fonds. Alors que le développement durable et le changement climatique deviennent des priorités pour la communauté internationale les financements ne suivent-ils pas davantage ?

Anna Tibaïjuka : Dans le système des Nations Unies, lorsque votre budget est approuvé c’est un budget que l’on appelle « indicatif ». Une fois le budget indicatif approuvé, nous devons trouver les fonds pour atteindre nos objectifs. C’est un des aspects les plus difficiles. L’ONU-Habitat est un programme, et à la différence des agences des Nations Unies, un programme n’a pas de fonds alloués automatiquement. La recherche de fonds est un grand défi. Si nous ne sommes pas capables de lever des fonds, nous ne pouvons rien faire. C’est un des défis les plus difficiles à relever dans mon travail. Parfois je passe davantage de temps à chercher des fonds plutôt qu’à travailler de manière substantive sur les problèmes.

Centre d’actualités : Vous avez dit que la situation s’empirait. Or force est de constater que la communauté internationale se targue d’avoir réalisé l’Objectif du Millénaire pour le développement (OMD) concernant les problèmes de logements. Quels sont alors les nouveaux objectifs et défis à relever ?

Anna Tibaïjuka : Je voudrais faire une importante clarification sur ce point. L’Objectif du millénaire pour le développement pour le logement n’a pas été conçu de manière adéquate. En fait, notre cible est contenu dans l’objectif n°7 qui énonce qu’il est nécessaire d’améliorer sensiblement, d’ici à 2020, les conditions de vie de 100 millions d’habitants des taudis. Cette cible est aujourd’hui atteinte dans un monde où nous avons 1 milliard de personnes qui vivent dans des bidonvilles!

J’ai toujours argumenté auprès des Etats-membres sur le fait que la cible devrait être échelonnée proportionnellement à la masse totale de personnes qui vivent dans des bidonvilles. Cela serait davantage dans l’esprit de ce que nous souhaitons : des villes sans bidonvilles. Le concept de ‘villes sans bidonvilles’ figure bien dans la Déclaration du Millénaire, rédigée en 2000. Mais lorsqu’il a fallu convertir ce principe en cible chiffrée, c’est à ce moment que l’on a décidé de déterminer ce chiffre de 100 millions qui n’a malheureusement pas pris en compte l’évolution démographique. Ce que je veux dire, c’est que nous sommes très heureux et nous nous félicitons du fait que 100 millions de personnes aient aujourd’hui une amélioration significative de leur condition de vie, mais il n’y a pas de quoi célébrer une victoire. Car entre 2000 et aujourd’hui, il y a 60 millions de personnes de plus qui vivent dans les bidonvilles.

De plus, cette cible été atteinte uniquement par l’effort de quelques pays : la Chine, l’Inde, Indonésie et quelques pays d’Afrique du nord. Mais si nous regardons la situation en Afrique sub-saharienne où en Asie, la population des bidonvilles augmentent. Je voudrais juste dire que nous saluons l’engagement pris, le problème a été dans la quantification d’une cible. Il est important de faire cette clarification.



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