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Entretien avec Kim Bolduc, Représentante spéciale adjointe en Haïti et Coordonnatrice résidente humanitaire de l’ONU

Kim Bolduc, Représentante spéciale adjointe pour la Mission de l’ONU en Haïti, et Coordonnatrice humanitaire

25 février 2010 – Kim Bolduc est arrivée en Haïti peu de temps avant le séisme du 12 janvier, une terrible tragédie pour la petite nation caribéenne et la pire catastrophe dans l’histoire de l’ONU. Le poste auquel elle a été nommée en novembre 2009 - Représentante spéciale adjointe pour la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (MINUSTAH) et Coordinatrice résidente humanitaire des Nations Unies – a radicalement changé avec le séisme qui a modifié complètement les priorités.

De nationalité canadienne, elle a été par le passé Coordonnatrice résidente des Nations Unies et Représentante du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Brésil et Conseillère spéciale du Coordonnateur humanitaire des Nations Unies pour l’Iraq, ainsi que Coordonnatrice humanitaire pour le sud de l’Irak.

Centre d’actualités : Vous êtes arrivée en Haïti juste avant le séisme et la situation a changé radicalement. Comment s’est déroulée cette expérience?

Kim Bolduc : Je suis arrivée pour mettre en place un programme de relèvement et de développement au sein d’une mission de stabilisation. Un mois et demi plus tard nous avons été touchés par le séisme. Evidemment toutes les priorités ont changé du jour au lendemain, et le séisme a été si massif qu’il a changé la vie de la population d’Haïti et nos vies.

Le séisme a frappé un pays qui avait déjà du mal à joindre les deux bouts. L’ampleur des destructions dans la capitale et leur Je pense que tout le monde veut la même chose pour Haïti - un Haïti fort, un Haïti durable et un Haïti qui offre un avenir à ses enfants.impact sur la population ont fait que nous n’avons pas été en mesure de nous regrouper suffisamment rapidement pour apporter un soutien immédiat. Le séisme a aussi touché le système onusien et le gouvernement a été très affecté par le tremblement de terre. Nous parlons donc d’un pays fragile qui a été détruit au coeur même de ses capacités.

Après ce qui s’est passé, nous avons eu à prendre simultanément en charge de lourdes opérations de recherche et de secours car beaucoup de personnes ont été ensevelies dans les décombres et se sont retrouvées prisonnières de bâtiments effondrés. En outre, nous avons dû aider le gouvernement à ramasser les cadavres dans les rues, et aussi à essayer d’organiser immédiatement une aide d’urgence (nourriture, eau et soins médicaux) pour tous les gens touchés par le séisme.

Notre travail demeure très difficile, car, comme vous le savez, des répliques se produisent presque quotidiennement en Haïti et nous travaillons et vivons dans des conditions très dures, nous les fonctionnaires de l’ONU comme la communauté internationale tout entière.

Centre d’actualités : Vous avez été avec les Nations unies en Iraq pendant les bombardements en 2003. Existe-t-il des similitudes entre les situations en Iraq et en Haïti? Comment vous êtes vous inspirée de vos expériences?

Kim Bolduc : Bien que les situations soient très différentes, les similitudes résident sans doute dans le fait que les deux sièges de l’ONU se trouvaient dans un hôtel, l’Hôtel Canal, en Iraq et l’Hôtel Christopher ici, dans lequel nous avons perdu beaucoup de collègues. L’Hôtel Canal a été touché par l’explosion d’une bombe. Les gens se sont retrouvés prisonniers du bâtiment, dans les décombres, et les heures qui ont suivi l’attentat ont été très difficiles.

La même chose s’est produite pour l’Hôtel Christopher. Le bâtiment s’est effondré sur des centaines de personnes travaillant à l’intérieur.

C’est différent, du moins dans mon cas puisqu’en Iraq, j’étais dans un assez mauvais état après l’explosion. Je figurais parmi les membres du personnel blessés et évacués.

Ici, en Haïti je suis sorti indemne de la catastrophe et j’ai pu commencer à travailler immédiatement pour rassembler les forces qui restaient et tenter de poursuivre le travail humanitaire. J’ai été en charge de la mission pendant les premières 48 heures parce que le Représentant spécial du Secrétaire général, Hédi Annabi, et le Représentant spécial adjoint principal du Secrétaire général, Luiz Carlos da Costa, ont été portés disparus.

Centre d’actualités : Il n’y a jamais eu de catastrophe d’une telle ampleur dans l’histoire de l’ONU. Pouvez-vous nous expliquer un peu en quoi cela a changé la MINUSTAH?

Kim Bolduc : Je pense que la mission avait au cours des dernières années réussi à stabiliser le pays après le conflit et commençait à voir des progrès. L’économie avait repris doucement, les gens réorganisaient leur vie, et le tremblement de terre a mis un coup d’arrêt à tout cela.

La mission a donc dû réorienter ses priorités vers l’assistance humanitaire à la population touchée. Elle a dû s’efforcer de se relever, après avoir perdu tant de ses membres, pour essayer de se réorganiser assez vite et obtenir du personnel de substitution, évacuer ceux qui avaient besoin de quitter le lieu d’affectation, et conduire simultanément le programme d’urgence et le programme humanitaire.

Je pense que dans ce sens, le fait que la mission était déjà sur le terrain et disposait toujours d’une capacité militaire et civile pour s’attaquer à ces défis énormes a été un point positif. Nous avons beaucoup misé sur ce qui existait encore pour concentrer toutes nos capacités dans l’aide aux populations touchées et au gouvernement.

Centre d’actualités : En quoi consistent vos différents rôles de Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général, Représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et Coordonnatrice humanitaire ? Comment vous situez-vous dans l’effort global de relèvement?

Kim Bolduc : Je pense que c’est une fonction très intéressante, car elle implique de porter  quatre casquettes en même temps. En tant que Représentante spéciale du Secrétaire général, je m’occupe des différentes sections et des postes avancés où la MINUSTAH est présente pour apporter une aide humanitaire et des secours, tout en supervisant aussi les sections de la MINUSTAH responsables, par exemple, de la primauté du droit, de la protection ou des élections. Tous ces domaines sont très importants en termes de relèvement dans un pays sortant d’un conflit.

À l’heure actuelle, le grand défi est de travailler dans un environnement qui est à la fois post-conflit et post-catastrophe. Comme Coordinatrice des opérations humanitaires, je m’appuie beaucoup sur les capacités du système humanitaire des Nations Unies, principalement le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et les autres agences onusiennes qui participent aux opérations de secours. En tant que Coordinatrice du PNUD, il faut s’assurer que les domaines qui ne sont pas directement reliés à l’action humanitaire commencent également à se regrouper.

C’est donc en effet un éventail très large qui nous permet de rassembler toutes les ressources et tous les efforts, mais cela représente également un défi très important de faire en sorte que toutes ces fonctions et ces mécanismes de coordination fonctionnent simultanément, afin d’optimiser les résultats.

Centre d’actualités : Quelles sont vos principales priorités pour le relèvement en Haïti?

Kim Bolduc : Le courage et la résistance de la population haïtienne après une telle catastrophe sont étonnants. Après environ deux semaines, ils avaient commencé à reprendre une vie normale. Ils essaient de faire ce qu’ils peuvent, en vendant quelques objets, en ouvrant de petits marchés. Les banques ont commencé à fonctionner, en grande partie grâce au soutien de la communauté internationale et de la MINUSTAH dans la protection du système bancaire, qui a permis à ce dernier de redémarrer.

Je pense que la principale priorité reste de garantir un retour à une vie normale. Il est surtout important que nous parvenions à intégrer les personnes dans des activités génératrices de revenus, alors que dans le même temps nous gérons un immense système de distribution alimentaire pour répondre aux besoins de plus de 2 millions de personnes et loger plus d’un million de déplacés.

Nous voyons maintenant un grand nombre des déplacés qui se déplacent vers d’autres départements [entités administratives d’Haïti], délaissant Port-au-Prince qui est très congestionnée.

Je pense que si nous sommes en mesure d’obtenir un soutien à très grande échelle à l’agriculture et de fournir des emplois à la population, nous pourrons réduire progressivement nos distributions humanitaires. Il est très important que nous soyons également en mesure de remettre le gouvernement sur pied et de fournir aux élus le soutien dont ils ont besoin pour à nouveau diriger le pays.

Les institutions ont toutes été détruites. Le gouvernement a perdu la plupart de ses installations ici et opère actuellement dans des conditions précaires. Dans le même temps, le volume de l’aide humanitaire importée a été énorme. Même si c’est un point positif, cela a entraîné un grand nombre de défis logistiques pour la distribution et le stockage des denrées, à un moment où la plupart des bâtiments à Port-au-Prince ont été détruits.

Centre d’actualités : Êtes-vous satisfaite de l’effort de relèvement à ce jour?

Kim Bolduc (à droite) visite un site du programme “Travail contre rémunération” du PNUD

Kim Bolduc : Je pense qu’il est sans soute difficile pour nous d’accepter l’ampleur de cette catastrophe et son impact sur la population. Le relèvement commence lentement. Nous, à l’intérieur du système des Nations Unies et avec nos partenaires non-gouvernementaux, avons essayé de faire de notre mieux.

Nous avons lancé un très large programme « Travail contre rémunération » et nous sommes maintenant en négociation avec le Programme alimentaire mondial (PAM) pour développer un programme « Travail contre rémunération et nourriture », dans un effort commun. Beaucoup de nos partenaires comprennent que c’est une priorité pour rendre à la population sa dignité et lui permettre de participer aux efforts de reconstruction de son pays, mais je suis bien de loin de penser que tout cela soit suffisant.

Nous devons poursuivre nos opérations et les élargir très rapidement, car nous sommes aussi sous la menace de la saison des pluies qui approche. Comme vous le savez, Haïti est régulièrement touché par les saisons des ouragans et la pluie. Cette année, on estime qu’un million de personnes pourraient encore vivre dans la rue à ce moment-là, sous des abris de fortune. Nous distribuons des bâches en plastique et quelques tentes, mais elles ne suffisent pas à protéger les gens.

Je pense que tant les secours d’urgence que les opérations de relèvement ont été réalisés à une grande échelle, même si nous ne pouvons pas dire qu’ils ont été satisfaisants ou suffisants pour répondre aux besoins de la population.

Centre d’actualités : Que pensez-vous des critiques envers les travailleurs humanitaires concernant leur intervention en Haïti?

Kim Bolduc : Il est très important de comprendre l’ampleur et la nature de la crise actuelle en Haïti. On peut par exemple facilement se voir poser l’épineuse question « Pourquoi ne faites-vous pas davantage? ».

Je tiens à rappeler dans quel état était Haïti avant le tremblement de terre et ce qui s’est passé pendant le séisme. Plus de 200.000 personnes sont mortes, plus de 300.000 personnes ont été blessées et les institutions tout entières se sont effondrées. L’ONU a perdu beaucoup de ses collègues et son siège. Tout ce qui a été fait l’a été au prix de lourds sacrifices pour les gens qui sont toujours sur le terrain et mettent en place les opérations.

Il est important pour tous de reconnaître la contribution de chacun à cette lutte et il est très important de rappeler à tous que rarement dans notre histoire nous n’avons connu une opération d’une telle ampleur qui soit mise en place dans les jours suivant l’urgence.

Chaque fois que nous recevons de bonnes nouvelles sur Haïti, c’est un moment que nous partageons tous ici. Si vous pensez au nombre de personnes touchées, trois millions de personnes, dans un pays comme Haïti où le centre des capacités d’action, la capitale, a été détruit, réussir après cinq ou six semaines à nourrir plus de deux millions de personnes est un accomplissement.

Dans les premières semaines, en travaillant avec le PAM, nous avons essayé chaque jour de répondre aux besoins. Au début, nous avons découvert que seules 10% des personnes avaient reçu de la nourriture, puis 15, puis 20, puis 30%, et ce genre de progrès a été très important.

Dans le même temps, on nous demandait pourquoi un mois après le tremblement de terre il y avait toujours des gens qui affirmaient n’avoir pas reçu de nourriture. Or, aujourd’hui, tout le monde a reçu de la nourriture. Nous avons réussi à couvrir toute la population touchée, en deux semaines de temps. Cela a nécessité un incroyable sacrifice et un travail difficile de la part du PAM pour faire fonctionner le système de distribution. C’est aussi vrai pour la distribution de l’eau, les soins de santé, le logement et l’assainissement, entre autres.

Maintenant, les pluies commencent à tomber et beaucoup de gens sont encore dans les rues. Les gens ne retournent pas dans leurs maisons car elles se sont effondrées, mais aussi en raison des mouvements continus de la terre. Nous avons des répliques tous les jours.

Si l’on considère cette situation très tendue, avec une population très démunie et qui a besoin d’aide, mais qui est aussi très courageuse, résistante, qui reste calme et qui participe aux efforts de relèvement, je pense donc que la population d’Haïti, les travailleurs humanitaires et leurs partenaires méritent une couverture médiatique plus positive.

Centre d’actualités : Vous avez travaillé sur presque tous les continents. Quels sont certains des enseignements que vous en avez tiré au niveau personnel?

Kim Bolduc : Chaque fois qu’il y a une situation aussi dramatique, elle se déroule dans un pays différent, dans une culture différente, dans un contexte différent. Ce que ces situations ont en commun pour moi, c’est le défi d’aider les gens, de travailler avec les gens et de voir leur vie changer. Si nous agissons bien, si nous parvenons à réunir tous les efforts, ils obtiennent l’aide dont ils ont besoin.

Je pense qu’au bout du compte toutes les populations du monde se ressemblent. Elles ont les mêmes rêves, les mêmes besoins, et elles méritent le même genre de soutien. Je pense que le système des Nations Unies est la plateforme appropriée parce que nous sommes internationaux et universels.

Normalement, je commence par mesurer la dimension des problèmes, puis je rassemble une équipe que je considère comme la principale ressource pour relever ces défis. Après ça, le financement et l’ensemble des ressources et des mécanismes doivent être mis en place.

Notre capacité à comprendre le contexte national pour soutenir le gouvernement et à ne pas essayer de s’y substituer est vitale. Nous devons faire en sorte que tout le monde comprenne que notre rôle est un rôle de soutien et que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que le pays retrouve une sorte de normalité sous un gouvernement qui a été choisi par le peuple.

Par conséquent, avoir un système démocratique en place dès que possible et des prises de décision très claires, tout en montrant que le gouvernement est aux commandes, est important pour garantir que tout ce que nous aidons à mettre en place est durable.

Centre d’actualités : Quel a été votre rôle le plus difficile à ce jour avec l’ONU?

Kim Bolduc : C’est probablement celui-ci, il s’agit de la situation post-conflit et post-catastrophe la plus complexe que j’aie eue à traiter, car rappelez-vous du contexte : avant le tremblement de terre, Haïti avait déjà des difficultés depuis plusieurs décennies pour sortir de l’instabilité avec 80% de la population sous le seuil de pauvreté et des institutions faibles.

La communauté internationale travaille en Haïti depuis longtemps mais je dois dire que, collectivement, nous devons faire mieux cette fois. Avant le séisme, Haïti était faible. Après le séisme Haïti a vraiment besoin de nouvelles opportunités.

Je pense que c’est le bon moment pour nous d’examiner la façon dont nous aidons Haïti, pour rassembler nos efforts, pour essayer d’adopter un programme unique, un programme défini par Haïti, sa population et son gouvernement, afin que nous ne fournissions pas un soutien fragmenté, où les solutions ne s’ajoutent pas les unes aux autres sans que nous soyons en mesure de coordonner.

Je pense que tout le monde veut la même chose pour Haïti - un Haïti fort, un Haïti durable et un Haïti qui offre un avenir à ses enfants. C’est le rêve de toute personne qui se bat actuellement ici, sur le terrain, et d’autres qui ne sont pas ici mais qui nous apportent un soutien international.  Je pense qu’Haïti mérite une réaction et un soutien bien meilleurs que ceux qu’il a reçus jusqu’à présent. C’est un moment très pénible pour Haïti et pour nous-mêmes qui avons perdu tant de collègues.

Je pense que c’est aussi l’occasion pour Haïti de se construire sur de nouveaux fondements, pas de retourner à ce que le pays était avant le séisme. Personne ne veut vraiment que l’on revienne à ce qu’était Haïti avant, ni le peuple ni le gouvernement, et avec l’ampleur de la solidarité que nous voyons venir de partout dans le monde, nous serons certainement en mesure de faire quelque chose de beaucoup mieux cette fois.

Centre d’actualités : Vous voulez dire que l’action internationale à Haïti avant le tremblement de terre était trop fragmentée ?

Kim Bolduc : Par le passé, je dirais que l’aide internationale était un concept global avec de nombreux partenaires, beaucoup de projets et des ressources dispersées.

Par exemple, les routes en Haïti n’étaient pas réparées même si vous aviez 20 donateurs et des partenaires engagés dans la réparation de routes. Il n’y avait pas un engagement total à réparer les routes.

C’est également vrai concernant le niveau de soutien que nous avons fourni à Haïti par le passé concernant son système d’éducation qui est géré à 85% par le secteur privé. Pour avoir une éducation, les enfants haïtiens ont besoin d’avoir de l’argent, ce qui n’est pas le cas de la plupart des enfants en Haïti, où l’enseignement n’est ni obligatoire ni gratuit. Ainsi, la préparation des générations futures est limitée par le fait que la plupart des systèmes d’enseignement sont privés.

Cette fois, nous avons une opportunité que, peut-être, les principaux donateurs se concentreront et s’engageront dans un secteur particulier, en consacrant leurs ressources de telle manière que les écoles pourront être reconstruites, les routes réparées et que des investissements seront consentis pour soutenir le secteur privé afin que le tourisme puisse refleurir.

Nous devrions profiter de la situation pour former les Haïtiens et nous assurer que des emplois décents leurs soient ouverts et fournis. Tout cela dépend beaucoup du temps, des efforts et des ressources que nous investirons dans un objectif précis et avec des résultats en vue, plutôt que de travailler dans une dizaine de secteurs et de faire juste un petit peu dans chacun d’eux sans que le pays ne se rétablisse complètement.

Centre d’actualités : Comment allez-vous intégrer ces objectifs dans un plan à plus long terme pour Haïti?

Kim Bolduc : Je pense que le relèvement et la construction de nouvelles fondations pour Haïti représentent une tâche énorme qui réclamera la coopération de tous les participants et qui dépendra beaucoup du niveau d’aide à Haïti. C’est une question de volonté politique et du nombre de personnes engagées pour remettre Haïti sur les rails qui soient en mesure de déclencher les bons mécanismes pour que les choses avancent rapidement.

Nous devons être en mesure de dépasser toutes les difficultés et tous les obstacles bureaucratiques qui se dressent sur notre route pour pouvoir améliorer le soutien que nous apportons à Haïti à un coût supportable pour le pays lui-même.

Il est très important que nous accompagnions Haïti sur ce chemin difficile à parcourir parce que l’urgence et la reconstruction d’Haïti seront des efforts à long terme. Nous ne pouvons pas oublier Haïti parce qu’une autre urgence peut y éclater en très peu de temps.

Centre d’actualités : Qu’est ce qui vous pousse à continuer dans votre travail?

Kim Bolduc : C’est très difficile. Toute personne qui vit ici et qui travaille dans ces conditions vous dira que c’est éreintant. Je pense que ce qui nous fait principalement tenir dans l’assistance humanitaire, c’est que ce que vous faites de bien est visible presque instantanément. Vous êtes en mesure d’aider les gens, et vous les voyez être soutenus et aller mieux. Je pense que c’est la plus grande des motivations que l’on peut avoir.

C’est aussi une occasion pour les acteurs du développement ou les travailleurs humanitaires de participer à un effort gigantesque et de réaliser des progrès gratifiants, comme le fait d’être parvenus à acheminer davantage de nourriture vers les gens ou d’avoir pu aider les groupes les plus vulnérables.

Nous constatons maintenant que les écoles ont rouvert et s’organisent, que les enfants sont mieux nourris. Nous avons maintenant un dialogue avec la population qui nous permet de nous comprendre et de faire un petit peu pour chacun.

Je pense que ce qui m’a permis de tenir le coup a toujours été la conviction que si je me battais assez, je serais en mesure d’aider au moins une personne et ce n’est pas une chance qui est donnée à tout le monde dans toute sorte de travail. C’est la beauté d’être à l’ONU, je suppose.



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