Entretien avec Karen AbuZayd, Commissaire générale de l’UNRWA

Karen AbuZayd Commissaire générale de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

30 décembre 2008 – Karen AbuZayd a été nommée en 2005 Commissaire générale de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui fournit des services de base (éducation, santé, services sociaux) à des millions de réfugiés palestiniens dans le Moyen-Orient. Avant d’occuper ce poste, elle était depuis 2000 Commissaire générale adjointe de l’UNRWA.

Israël mène depuis le 27 décembre une offensive militaire aérienne en réponse, selon l’armée israélienne, aux attaques à la roquette par le Hamas, mouvement islamiste palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza. Les frappes aériennes ont fait plus de 300 morts. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé à Israël et au Hamas d’arrêter leurs actes de violence et de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter des pertes civiles. Il a aussi appelé Israël à maintenir ouverts les points de passage afin de permettre la livraison des fournitures humanitaires à Gaza.

Le Centre d’actualités de l’ONU: Quelle est la gravité de la situation humanitaire comparée aux précédentes éruptions de violence à Gaza ?

Karen AbuZayd: C’est bien pire. Je suis ici depuis le début de l’Intifada (soulèvement palestinien) il y a huit ans et même si nous avons eu de très mauvais moments quand il y a eu des bombardements, jamais autant de gens n’ont été tués en une seule journée  et dans les quatre jours qui ont suivi. Bien sûr, les gens manquent constamment de produits depuis les huit dernières annéBeaucoup de pression doit être exercée sur les deux parties pour qu’elles se mettent d’accord sur une forme de trêve ou d’accalmie.;es et les choses ont empiré les trois dernières années et encore plus au cours des derniers mois. Nous n’avons pas distribué de nourriture pendant les deux dernières semaines parce que nous n’avions pas de farine.

Le Centre d’actualités de l’ONU: Dans quelle mesure les récentes frappes aériennes israéliennes ont affecté la capacité de l’UNRWA à répondre à la situation humanitaire ?

Karen AbuZayd: Nos services de base sont l’éducation primaire et les soins de santé. Nous n’offrons pas actuellement de services éducatifs car les enfants et les enseignants ne peuvent pas aller à l’école. C’est trop dangereux d’être dehors. En ce qui concerne la distribution de l’aide humanitaire, les Israéliens ont ouvert au moins un point de passage pour nous. Nous avons ainsi été en mesure d’obtenir des produits que nous attendions depuis des mois. Ce n’est certainement pas assez mais nous avons été en mesure de faire entrer de la nourriture et des médicaments et d’autres produits dont les gens ont besoin dans leurs maisons.

Le Centre d’actualités de l’ONU: Concernant votre personnel, quelles sont les mesures prises pour assurer leur protection ?

Des jeunes réfugiés palestiniens apprennent les arts traditionnels (été 2008).

Karen AbuZayd: Pour ceux d’entre nous qui sont à Gaza maintenant, certains sont dans la cave de notre quartier-général, tentant de rester éloignés des fenêtres. Nos installations sont bien localisées par les forces de défense israéliennes aussi elles éviteront de les viser directement. Nous avons eu des dommages collatéraux. Huit étudiants ont été tués alors qu’ils montaient à bord d’un bus à la sortie de notre centre de formation. Mais notre personnel poursuit son travail, que ce soient les spécialistes de santé et d’assainissement, les employés qui s’occupent de la distribution de nourriture, ceux qui sont dans les entrepôts. Nous venons de décharger des camions et avons dû interrompre ce déchargement en raison des bombardements tout près d’ici.

Le Centre d’actualités de l’ONU: Quelles mesures doivent être prises selon vous pour créer une accalmie et permettre un redémarrage des services ?

Karen AbuZayd: Je pense que beaucoup de pression doit être exercée sur les deux parties pour arrêter la violence, pour qu’elles se mettent d’accord sur une forme de trêve ou d’accalmie.

Le Centre d’actualités de l’ONU: Quel est l’impact psychologique de cette situation sur la population civile ?

Karen AbuZayd: Cela dure depuis le début de l’Intifada en 2000. Pour les enfants et même de nombreux adultes, la violence constante et la menace de voir sa maison démolie, les bombardements constants et le bruit, ce sont des choses qui touchent la population civile. Les hommes sont particulièrement touchés : 120.000 d’entre eux travaillaient en Israël et depuis le début de l’Intifada, ils sont au chômage pour la plupart. Et c’est très dur pour eux de ne pas être en mesure de prendre en charge leurs familles. Nous avons constaté que nos programmes psychosociaux devaient traiter et prendre en compte les besoins des hommes aussi bien que des enfants. Maintenant ce qui se passe va de pire en pire.

Le Centre d’actualités de l’ONU: Au cours de votre carrière au sein de l’UNRWA, quels ont été les moments les plus difficiles ?

Karen AbuZayd: Il y a eu beaucoup de moments difficiles parce qu’il y a eu tellement de crises depuis que j’ai commencé. Mais en même temps, il y a beaucoup de moments extraordinaires en travaillant avec les réfugiés de Palestine car c’est un peuple résistant. Nous avons eu de vrais succès dans certaines des activités que nous avons été en mesure de mener dans les zones où il n’y a pas de conflit, en Jordanie et en Syrie. Dans ces endroits, les réfugiés sont bien accueillis et nous sommes en mesure de faire des choses en matière de développement. Nous sommes aussi heureux quand nous pouvons réinstaller des réfugiés temporairement, améliorer leurs conditions d’existence et c’est ce que nous avons été en mesure de faire en Syrie et au Liban par exemple.

Avec la célébration du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, notre message pour cette année était de demander aux gens d’examiner cette déclaration et de voir où se situent les Palestiniens. Quand vous regardez les 28 articles, aucun d’entre eux ne s’applique vraiment aux Palestiniens. Et je pense que c’est une sorte de sonnette d’alarme pour ce qui s’est arrivé à ces gens depuis 60 ans. A l’UNRWA, nous commençons à commémorer nos 60 ans d’existence, ce qui est bien trop long pour une organisation de réfugiés qui s’occupe d’un seul groupe de réfugiés. Ce n’est pas le meilleur moment pour parler de ce qui se passe à Gaza mais nous aimerions montrer la résilience des Palestiniens et les choses qu’ils ont été en mesure de réaliser malgré leur statut de réfugiés en exil.