Il faut une concrétisation des engagements

L’Assemblée générale invite les bailleurs de fonds à tenir leurs promesses
Afrique Renouveau: 
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Les dirigeants africains se sont résolument engagés à résoudre les problèmes de leur continent, a déclaré au cours de la réunion de haut niveau sur les besoins de développement de l’Afrique, tenue dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations Unies, M. Jakaya Kikwete, Président de la République-Unie de Tanzanie qui est actuellement à la tête de l’Union africaine (UA). Mais, l’Afrique ne dispose pas à elle seule d’assez de ressources pour améliorer le bien être de ses populations ou la productivité de ses économies. Les partenaires de développement de l’Afrique ont promis à de nombreuses reprises d’augmenter leur aide aux efforts que l’Afrique fait par elle-même, a noté M. Kikwete, mais toutes ces promesses n’ont pas été tenues. “Il est maintenant temps pour les amis de l’Afrique dans les pays développés de traduire leurs paroles en actions.”

South President Jakaya Kikwete “L’Afrique n’est pas un cas désespéré. Nous ne sommes pas non plus désespérés. Nous sommes déterminés à nous extraire de cette situation difficile.”
Jakaya Kikwete (Tanzanie), Président de l’Union Africaine

De nombreux intervenants se sont faits l’écho de cette déclaration au cours de la réunion d’une journée qui s’est tenue à New York le 22 septembre et à laquelle ont participé 29 chefs d’Etat et de gouvernement, ainsi que d’autres représentants des pays africains, des pays en développement et des pays bailleurs de fonds, d’organismes bilatéraux et multilatéraux, d’organisations des milieux économiques et de la société civile. La déclaration finale de la réunion “réaffirme l’engagement de tous les pays présents à s’employer à résoudre les problèmes de développement du continent africain”, selon les orientations du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, le plan de développement régional mis au point par l’UA.

Les participants à la réunion ont lancé un appel au renforcement d’un “partenariat mondial entre égaux”, entre autres par la réduction de l’iniquité et des discriminations au sein du système d’échanges mondial. Ils se sont engagés à soutenir les efforts faits par l’Afrique pour accroître son intégration régionale, faire face aux changements climatiques et combattre le fléau du VIH/sida et d’autres maladies. Trouver des solutions pour faire face à ces défis n’est pas seulement important pour l’Afrique, a affirmé à la veille de la réunion Cheick Sidi Diarra, Secrétaire général adjoint et Conseiller spécial pour l’Afrique de l’ONU. “Les problèmes de développement de l’Afrique sont les problèmes de tous.”

La crise financière

Les participants ont noté que le défi représenté par la lutte contre la pauvreté en Afrique était encore plus difficile à surmonter du fait de plusieurs phénomènes récents, dont la hausse du prix des aliments et de l’énergie et la crise financière récente aux Etats-Unis et dans les autres pays développés. La forte croissance des économies africaines au cours des dernières années a été favorisée par l’expansion de l’économie mondiale, a souligné au cours d’une conférence de presse M. Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement. Si cette croissance fléchit, la demande de produits d’exportation africains pourrait faiblir.

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M. Kaberuka a aussi exprimé l’espoir que les difficultés financières actuelles des pays riches ne les empêcheraient pas de tenir leurs engagements d’accroître leur aide à l’Afrique. Le Groupe de pilotage pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en Afrique, mis en place par le Secrétaire général de l’ONU, a estimé qu’environ 72 milliards de dollars de financement extérieur seraient nécessaires chaque année pour les atteindre. Bien qu’à première vue considérable, ce montant est en réalité modeste, a affirmé M. Kaberuka. Il représente “juste une fraction” des 267 milliards de dollars de subventions versés chaque année par les pays industrialisés à leur agriculture nationale.

L’urgence de la situation en Afrique a été soulignée dans le rapport présenté à la réunion par le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, qui a noté que l’Afrique n’était toujours pas sur la voie de la réalisation des OMD. Les OMD ont été adoptés en 2000 par les dirigeants de tous les pays afin d’attirer l’attention sur la nécessité d’améliorer le bien-être des habitants les plus démunis de la planète.

Bien que l’Afrique et ses partenaires aient pris un certain nombre d’engagements au cours des dernières années, a noté le Secrétaire général, ces engagements “n’ont été concrétisés que partiellement”.

Les engagements de la communauté internationale sont bien connus et aucune nouvelle promesse n’est nécessaire, a déclaré à l’ouverture de la réunion M. Jean Ping, Président de la Commission de l’UA. “L’heure de la mise en oeuvre a sonné, a-t-il affirmé. Nous avons besoin d’engagements financiers fermes."

Miguel d’Escoto (Nicaragua), qui présidait l’Assemblée générale, a fait écho à cette déclaration en affirmant que l’Afrique n’avait pas besoin que la communauté internationale prenne de nouveaux engagements mais plutôt qu’elle ait “le courage de mettre ses actes en accord avec des paroles qui avaient été maintes fois répétées”.

Inquiétude sur l’aide au développement

Des perspectives d’échanges élargies, la réduction de la dette extérieure, une assistance technique et des investissements extérieurs, tout ceci est indispensable pour aider l’Afrique à trouver de nouvelles ressources pour son développement. Mais il est particulièrement important d’accroître l’aide publique au développement (APD). Cependant, bien que certains bailleurs de fonds aient intensifié leurs efforts, l’APD n’a progressé que lentement. “Nous craignons qu’au rythme de progression actuel, le doublement de l’aide à l’Afrique ne soit pas atteint en 2010”, avertit la déclaration.

Un certain nombre de dirigeants de pays bailleurs de fonds sont parfaitement d’accord et ont promis de faire de nouveaux efforts. L’engagement de la Communauté européenne de verser 0,7 % de son produit intérieur brut à l’aide au développement d’ici 2015 sera tenu, a indiqué le président français Nicolas Sarkozy, s’exprimant au nom de l’UE.

Le Danemark a déjà atteint l’objectif de 0,7 % de son PIB et consacre deux tiers de ce montant à l’Afrique, a rapporté la Ministre de la coopération au développement, Ulla Tørnaes. “Nous devons continuer à nous concentrer sur l’Afrique”, a-t-elle affirmé, en invitant les autres pays à se joindre au “petit club des 0,7 %”.

Réseau routier et alimentation

L’Afrique peut faire plus pour mobiliser ses ressources domestiques, a reconnu M. Kaberuka de la Banque africaine de développement, mais le montant du financement nécessaire au développement de ses infrastructures essentielles est au-delà de ses moyens. Le manque de routes, de voies ferrées, de réseaux de distribution de l’électricité et autres infrastructures entrave le développement du continent et rend le transport des marchandises très coûteux.

La Ministre sud-africaine des affaires étrangères Nkosazana Dlamini-Zuma, a ajouté que l’Afrique a besoin de nouvelles technologies pour pouvoir répondre à ses besoins en énergie. Le continent cherche, a-t-elle dit, à obtenir un soutien international “pour la révolution verte que l’Afrique a lancée”.

La Commission européenne, a déclaré son président, M. José Manuel Barroso, a proposé un fonds d’un milliard d’euros destiné à aider les pays en développement à acheter des intrants agricoles essentiels.

L’Afrique peut surmonter les obstacles au développement, a conclu M. Kikwete, Président de l’UA. “L’Afrique n’est pas un cas désespéré. Nous ne sommes pas non plus désespérés. Nous sommes déterminés à nous extraire de cette situation difficile.”