Electricité solaire: une énergie peu coûteuse

Le NEPAD veut développer l’électricité dans les zones rurales
Afrique Renouveau: 
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Lampes au kérosène et fatigue oculaire constituaient il y a peu encore le quotidien des instituteurs africains. Mais l’électricité solaire a tout changé. Caroline Hombe, enseignante de 35 ans de la région rurale de Mhondoro (Zimbabwe) peut maintenant corriger la pile de cahiers qui se trouve sur sa table sans redouter que la tombée de la nuit ne mette fin à son travail. Ensoleillés toute l’année, les pays africains exploitent dorénavant cette source d’énergie propre et gratuite pour éclairer des foyers isolés qui n’ont aucun espoir d’être prochainement reliés au réseau national d’électricité.

Maintaining solar panels in Mali Entretien de panneaux solaires au Mali : l’Afrique peut exploiter son ensoleillement important pour produire de l’électricité.
Photo: Panos / Crispin Hughes

“J’avais toujours mal aux yeux, et aussi mal à la tête à cause de la fumée”, se souvient Mme Hombe. “Imaginez : corriger une centaine de cahiers d’exercice dans de mauvaises conditions d’éclairage et avec de la fumée. La seule solution était de faire ce travail avant le coucher du soleil, mais je ne pouvais alors pas passer de temps avec mes deux jeunes enfants avant qu’ils se couchent, ni préparer le dîner assez tôt. Heureusement, le problème ne se pose plus."

L’électrification des zones rurales présente des défis particuliers pour les gouvernements africains car il est souvent coûteux et peu pratique de relier au réseau d’électricité des foyers éloignés et éparpillés. Dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), les pays africains cherchent de nouveaux moyens de permettre aux familles rurales de cuisiner et de s’éclairer. Des sources d’énergie autonome — solaire, éolienne ou hydraulique (avec des mini-générateurs) — peuvent constituer une solution.

Le NEPAD part du constat selon lequel il faut, pour parvenir à la prospérité sociale et économique, renforcer l’accès à des sources d’énergie moins coûteuses et plus fiables. En dehors de l’Afrique du Sud et de l’Egypte, seuls 20 % des Africains (et dans certains pays seulement 5 %) ont l’électricité. Dans les régions rurales où vivent la majorité des Africains, ce chiffre n’est que de 2 % en moyenne, ce qui est nettement inférieur au taux d’au moins 35 % que comptent atteindre les dirigeants africains.

‘Le soleil est gratuit’

Cet objectif est tout à fait réaliste, explique M. Garai Makokoro, directeur de l’Energy Technology Institute du Zimbabwe. Les cours d’eau (au potentiel hydraulique) et les réserves de pétrole, de charbon et de gaz de l’Afrique sont après tout parmi les plus importants du monde. Pour faire progresser le NEPAD, ajoute-t-il, il faut que les pays trouvent des sources d’énergie moins coûteuses, en minimisant les risques pour l’environnement et en en assurant la viabilité. De l’avis de ce spécialiste de l’énergie, l’énergie solaire, propre et renouvelable, satisfait cette équation.

“Les pays africains doivent faire preuve de créativité. Le soleil est gratuit et inépuisable. Les panneaux photovoltaïques convertissent directement les rayons du soleil en électricité, sans pollution et sans nuire à l’environnement. Ils peuvent produire suffisamment d’électricité pour alimenter des cuisinières, pomper de l’eau, éclairer des dispensaires et faire fonctionner des téléviseurs. L’Afrique a l’un des meilleurs climats pour ce type d’énergie”, a expliqué M. Makokoro à Afrique Renouveau.

Mais malgré les avantages incontestables de l’énergie solaire, la majorité des Africains dépendent encore de sources d’énergie traditionnelles. Le bois ou d’autres formes de biomasse comme les résidus des récoltes constituent les principales sources d’énergie pour la cuisine — ce qui a des conséquences très néfastes sur l’environnement.

Au début des années 1990, de nombreux villages se sont tournés vers l’énergie solaire. C’est au Zimbabwe que le plus ambitieux de ces projets a sans doute été mené, avec le soutien financier du PNUD et dans le cadre du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Cette initiative financée par le FEM (à hauteur de 7 millions de dollars) et le Zimbabwe (à hauteur de 400 000 dollars) a consisté à installer quelque 9 000 systèmes d’énergie solaire dans l’ensemble du pays, dans le but d’améliorer les conditions de vie de la population mais également de réduire la dégradation des terres et la pollution.

Situé près de Shamva, à 70 kilomètres de Harare, la capitale du Zimbabwe, la communauté de River Estate a l’un des meilleurs systèmes solaires locaux du pays. Cinquante deux exploitations agricoles familiales se partagent des générateurs d’électricité solaire, à raison d’un pour deux foyers. Chaque famille a deux lampes, ainsi que la possibilité de brancher une radio ou un petit téléviseur. Ces nouveaux systèmes d’éclairage ont amélioré la qualité de vie de la communauté : les élèves peuvent ainsi étudier plus longtemps, l’exode rural est réduit dans la région et les soins de santé se sont améliorés grâce à l’électrification d’un dispensaire.

Financement novateur

“Malgré tous leurs avantages, l’installation de ces systèmes solaires est d’un coût élevé, explique M. Jem Porcaro, analyste du Groupe de l’énergie et de l’environnement du PNUD. En Afrique subsaharienne, il faut compter de 500 à 1 000 dollars en moyenne pour équiper un foyer, c’est-à-dire éclairer de trois à six pièces et faire fonctionner un téléviseur noir et blanc tous les soirs. La plupart des foyers africains n’en ont pas les moyens”.

Le recours à de nouvelles modalités de financement, comme la facturation à l’usage, est un moyen de surmonter le problème des coûts initiaux prohibitifs, indique M. Porcaro. L’installation de panneaux solaires alimentant plusieurs foyers à la fois peut également permettre de réduire les coûts. D’après la Banque mondiale, un plus grand nombre de foyers africains pourrait bénéficier de l’énergie solaire si les pouvoirs publics supprimaient certains obstacles, par exemple les droits d’importation.

La volonté de faire bénéficier les foyers ruraux de cette forme d´énergie est manifeste chez les dirigeants africains. Par exemple, d’après un rapport du PNUD et du FEM sur le financement et les modes de distribution, le marché de l’énergie solaire était à l’origine dominé en Afrique du Sud par le secteur privé, c’est-à-dire des concessionnaires. Mais le Gouvernement, l’un des principaux artisans du NEPAD, a par la suite lancé un grand programme hors réseau qui est maintenant entièrement opérationnel. Le Botswana, la Namibie, le Swaziland, la Zambie et la plupart des pays de la région ont développé les marchés de l’énergie solaire, souvent avec des fonds spéciaux visant à faciliter les crédits à la consommation.

Une aide pour les entreprises

L’énergie solaire sert également à faire fonctionner de petites entreprises. Abina Lungu, entrepreneur, gère une fabrique de pilage du maïs à Nyimba, dans l’Est de la Zambie. Source d’énergie fiable, l’électricité solaire lui permet de travailler tard dans la nuit pour répondre à toutes les commandes de ses clients. M. Lungu est l’un des nombreux villageois desservis par Nyimba Energy Service Company (NESCO), une entreprise financée par l’Agence suédoise de développement international. NESCO installe dans les résidences ou ateliers un système comprenant un panneau, une batterie, un contrôleur de charge et des points d’alimentation. Le coût s’élève à 33,33 dollars, frais de contrat inclus. Par la suite, les consommateurs doivent s’acquitter de frais de location mensuels.

Il n’est pas difficile de convaincre les Africains de recourir à l’énergie solaire et la demande est importante. NESCO a environ 360 personnes sur sa liste d’attente. “Nous avons du mal à répondre à la demande”, admet M. Stanislas Sankhani, chef de projet. Les efforts concertés du NEPAD devraient permettre aux Africains de ne plus attendre longtemps. D’après la Banque mondiale, l’électricité solaire, convient aussi bien que les réseaux électriques aux foyers ruraux, car leur consommation est faible.

Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique

Le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), principal cadre de développement du continent, a été adopté en juillet 2001 lors d’une réunion au sommet des chefs d’Etat africains. D’après le NEPAD, la réalisation des objectifs de développement à long terme de l’Afrique s’ancre dans la détermination des peuples africains “à se sortir eux-mêmes et à sortir le continent, du marasme du sous-développement et de l’exclusion à l’ère de la mondialisation”. De nouvelles relations sont préconisées entre l’Afrique et la communauté internationale, dans le cadre desquelles les partenaires non africains s’emploieraient à compléter les propres efforts de l’Afrique. L’ONU, le Groupe des Huit pays industrialisés et divers pays donateurs se sont engagés dans ce sens.

Pour que l’Afrique puisse se développer, trois conditions doivent être réunies selon le NEPAD :

  • paix, sécurité, démocratie et bonne gouvernance politique
  • meilleure gouvernance de l’économie et des entreprises
  • coopération et intégration régionales

Plusieurs secteurs prioritaires nécessitent également d’après le NEPAD une attention particulière :

  • infrastructure physique, notamment les routes, les réseaux ferroviaires et les réseaux électriques entre pays voisins
  • technologie de l’information et des communications
  • développement humain, axé sur la santé, l’éducation et l’acquisition de compétences
  • agriculture
  • promotion de la diversification des produits et des exportations

Il faudra qu’une bonne partie des ressources nécessaires vienne dans un premier temps de partenaires extérieurs, bien que les gouvernements africains redoublent actuellement d’efforts en vue de mobiliser davantage de ressources internes. “L’Afrique, peut-on lire dans le NEPAD, reconnaît qu’elle détient la clé de son propre développement.