La jeunesse : le meilleur atout de l’Afrique

Ahmad Alhendawi, Envoyé du Secrétaire général de l’ONU pour la jeunesse
Afrique Renouveau: 
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Ahmad Alhendawi. Africa Renewal/Bo Li

En janvier dernier, le Secrétaire général de l’ONU a nommé Ahmad Alhendawi Envoyé pour la jeunesse, faisant de lui le porte-parole de la jeunesse mondiale. « Agir avec et pour les femmes et les jeunes » fait partie des priorités du Secrétaire général pour les cinq prochaines années. À 29 ans, Ahmad Alhendawi a déjà une riche expérience de militant pour la jeunesse. Il a auparavant été conseiller pour les politiques de la jeunesse au programme de développement institutionnel de la Ligue arabe, financé par la Banque mondiale, au Caire (Égypte). Il a aussi été chef d’équipe d’un projet sur les jeunes en Iraq et travaillé avec le Fonds des Nations Unies pour la population ainsi que de nombreux autres organisations et gouvernements sur les questions liées à la jeunesse. Deux jours après sa prise de fonction, il s’est entretenu avec Kingsley Ighobor d’Afrique Renouveau de son nouveau rôle, de ses espoirs pour la jeunesse en Afrique et ailleurs et de ses centres d’intérêt.

Afrique Renouveau: Quel sera votre rôle en tant qu’Envoyé du Secrétaire général pour la jeunesse ?

Ahmad Alhendawi : Un envoyé, c’est quelqu’un qui porte un message et le fait passer. Être Envoyé du Secrétaire général signifie que l’on doit porter son message auprès des jeunes du monde entier pour les aider à mieux comprendre ce que fait l’ONU. Mais mon travail ne consiste pas seulement à faire des relations publiques. Il s’agit aussi de faire en sorte que les jeunes s’investissent dans l’action de l’ONU. La communication va dans les deux sens. Il faut créer une dynamique pour les questions liées aux jeunes au niveau international ; essayer d’harmoniser le travail des différents organismes des Nations Unies afin qu’ils agissent de concert au niveau national ; travailler avec les organisations de jeunes en leur donnant plus de visibilité et en leur permettant d’être reconnues comme partenaires. 

Quel message du Secrétaire général apportez-vous à la jeunesse ? 

Les volontés du Secrétaire général sont claires. Il a défini dans son plan d’action pour son second mandat des priorités : emploi, éducation, droits de l’homme, citoyenneté, intégration politique, entreprenariat. 

Comment comptez-vous faire passer ce message ?

Avec tous les moyens à notre disposition. L’ONU ne manque pas de moyens pour faire passer ce message. Plusieurs programmes et entités font déjà un travail remarquable. J’apporterai un petit plus en présentant leur travail de manière à le rendre plus compréhensible par la jeunesse, au moyen de conférences, d’ateliers, avec les réseaux sociaux, etc. Je consulte actuellement les organismes et les jeunes pour trouver d’autres pistes. 

Quel but aimeriez-vous avoir atteint à la fin de votre mandat ?

Notre monde est un monde très jeune et les sociétés les plus jeunes sont celles des pays en développement. Aider ces pays dans leur développement constitue donc à la fois un défi et une opportunité. Ma grande réussite sera de promouvoir le Programme d’action mondial pour la jeunesse, lancé en 1995 par l’Assemblée générale. Il définit 15 domaines prioritaires qui doivent orienter l’action en faveur de la jeunesse des États Membres et organismes des Nations Unies. Dans ce contexte, Ban Ki-moon a donné la priorité à cinq domaines – l’emploi, l’entreprenariat, l’éducation, y compris en matière de santé sexuelle et procréative, l’intégration politique, la citoyenneté et la protection des droits, pour accélérer la mise en œuvre du Programme d’action. J’aimerais aussi que les questions liées aux jeunes soient au centre des programmes de développement et que les jeunes deviennent des partenaires à part entière du développement de leur société.

L’Afrique est le continent à la population la plus jeune mais le chômage des jeunes y est très élevé. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Je vois les choses différemment : prenez l’exemple des jeunes nés en 2000, quand les OMD [Objectifs du millénaire pour le développement] ont été formulés. Depuis, les taux d’alphabétisation en Afrique ont progressé de 58 % à 66,6 % pour les filles et de 72 % à 78 % pour les garçons. La santé et la scolarisation se sont améliorées. Si nous continuons, nous pouvons espérer que la période post-OMD continuera à bénéficier aux jeunes Africains. Nous sommes sur la bonne voie. Aujourd’hui j’ai été lire sur le site MY World [l’enquête mondiale de l’ONU pour un monde meilleur] ce que les jeunes Africains avaient à dire. Pour eux, la priorité numéro un, c’est une bonne éducation. Et ensuite un meilleur accès aux systèmes de santé. 

Mais lorsqu’on fait des études, on s’attend à obtenir un emploi.

L’emploi des jeunes est important, c’est évident. Il faut des partenariats entre différents secteurs. Et un effort collectif qui implique gouvernements, secteur privé, société civile et autres acteurs. L’Afrique est sur le point de trouver la bonne formule face au chômage des jeunes.

Quelle est cette formule ?

Des changements se sont produits depuis 2000. Les défis sont réels mais nous avons aussi appris des choses. Il faut maintenant que le programme d’action post-OMD soit adapté aux besoins des jeunes en Afrique et ailleurs.

Quel degré de participation des jeunes à la définition des objectifs de développement post-OMD attendez-vous ?

La participation des jeunes est essentielle. Le monde a changé depuis l’adoption des OMD il y a dix ans. On ne peut avoir aujourd’hui le même programme de développement que dans les années 90. La société civile est maintenant plus forte et la jeunesse demande à être plus impliquée. Les jeunes et la société civile ont à présent l’occasion de fixer un nouveau programme de développement. Groupes de haut niveau, consultations thématiques, MY World 2015 – ces consultations en cours reflètent chacune à leur manière les points de vue de la jeunesse. 

Quel est à votre avis le degré de participation des jeunes à la politique en Afrique ?

Si les jeunes constituent la majorité des électeurs, ils doivent s’impliquer en politique. Mais il faut que les conditions s’y prêtent. Il faut des lois adaptées aux jeunes, qui respectent les droits de l’homme et les droits de la jeunesse. Et des cadres juridiques favorables. Il faut envisager des mécanismes participatifs pour la jeunesse en politique. Les partis politiques et le gouvernement ne sont pas seuls concernés ; conseils locaux, municipalités et pouvoirs publics doivent être pris en compte. Quand les jeunes peuvent influencer les décisions politiques à tous les niveaux, c’est une bonne chose. Il faut accorder des financements aux jeunes Africains pour qu’ils s’engagent dans la société civile et dans la politique.

Vous avez vécu en Égypte : vous devez donc avoir suivi de près le Printemps arabe. Quelles leçons les jeunes et même les élites politiques peuvent-ils en tirer ?

La leçon, c’est que les gouvernements doivent comprendre que les jeunes doivent être impliqués dans la politique. Si la jeunesse est marginalisée, elle sera gagnée par le désespoir et sera plus difficile à gouverner. Le défi est de la faire passer de la contestation à l’action politique. 

Vous être très actif sur les réseaux sociaux. Avez-vous un conseil à donner pour que ces réseaux soient utilisés de manière responsable ?

J’hésite à offrir quelque conseil que ce soit car ces réseaux reflètent ce qui se passe dans la vraie vie. Si le dialogue au sein d’une société est malsain, cela se reflétera sur les réseaux sociaux. Le Printemps arabe a mis en évidence le pouvoir transformateur des réseaux sociaux.

Ne préféreriez-vous pas que les jeunes se servent des réseaux sociaux pour améliorer les choses ?

C’est ce qui se produit. Les jeunes filtrent les idées et remédient aux problèmes. À mon sens, l’usage des réseaux sociaux est positif, mais je voudrais aussi que ces réseaux connectent des individus en Afrique et en Asie, en Europe, au Moyen-Orient, etc., ce qui n’est pas si fréquent. En favorisant des initiatives structurelles entre juristes, entrepreneurs et autres, nous aiderons les jeunes dans différentes régions. Nous utilisons les réseaux sociaux pour évaluer les OMD et décider d’un nouveau programme de développement.

Comment toucher les millions de personnes sans accès à Internet et aux réseaux sociaux ?

C’est une question essentielle. C’est pourquoi des consultations sont nécessaires, par exemple dans des réunions de groupe. Chacun pourra ainsi participer et s’exprimer.

Quel est votre message aux jeunes à travers le monde ?

Je leur dirai : savez-vous pourquoi cette organisation s’appelle les Nations Unies ? Parce qu’elle a pour mandat d’unir les nations sur la base des droits de l’homme, du développement, de la paix et de la sécurité. Son rôle est aussi de promouvoir l’action que mènent les jeunes en faveur de leur famille ou communauté et du monde que nous laisserons aux générations futures. L’ONU ne peut pas toujours répondre aux besoins de tous, mais elle a maintenant plus que jamais besoin des jeunes. 

Avez-vous des liens d’amitié ou autres avec des groupes de jeunes en Afrique ?

Certainement. Les jeunes en Afrique et les dynamiques de ce continent sont ma passion. Je suis impatient de retourner en Afrique pour ma première visite officielle. Les jeunes Africains vivent une époque intéressante : ils peuvent participer à la transformation de leur société. Si j’étais un jeune Africain, je serais fier de vivre à ce moment – de pouvoir être utile et voir des progrès majeurs. Le potentiel et le capital humains, les ressources naturelles en Afrique sont immenses, mais pour moi, le meilleur atout du continent, c’est sa jeunesse.

AR Quels sont vos hobbies ?

Je lis beaucoup et je joue au basket-ball.

Quel genre de livres ?

Plutôt des livres d’histoire et de politique, mais aussi des romans. J’aime le sport, le basket et le foot, et le FC Barcelone et Manchester United.