Afrique Horizon

Les enfants maliens face à la crise de l’éducation
Afrique Renouveau: 
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Dans le nord du Mali, le conflit a déplacé des milliers d’enfants et de familles. Photo: OCHA/Nicole Lawrence

Les conflits perturbent la scolarité

Alors que la communauté internationale s’efforce de mettre fin au conflit malien provoqué par l’invasion de rebelles dans le nord du pays début 2012, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) souligne que la scolarité d’environ 400 000 enfants maliens est gravement perturbée. L’UNICEF et d’autres organismes humanitaires ont besoin de 18 millions de dollars pour remédier à la situation. À présent, les donateurs se sont montrés peu généreux, d’après l’IRIN, un service d’information de l’ONU. En mars, l’UNICEF n’avait pu mobiliser que 3 millions de dollars, à la grande inquiétude des organismes d’aide.

« La plupart des donateurs ont fait marche arrière après la crise de [2012] - nous essayons toujours de mobiliser le plus de fonds possible », a déclaré à l’IRIN Euphrates Gobina, responsable pour l’éducation de l’UNICEF au Mali. Mais les donateurs sont beaucoup plus préoccupés par les questions de survie qu’ils ne le sont par la santé et l’éducation, ajoute l’IRIN.

Selon Lori Heninger, directrice du Réseau interinstitutionnel pour l’éducation en situation d’urgence, qui coordonne l’aide à l’éducation dans les zones de conflit, ce sont les parents qui demandent le plus souvent des interventions éducatives. Mme Heninger qualifie de « lamentable » la part de 0,9 % du budget humanitaire consacrée à l’éducation l’an dernier.

Le gouvernement malien a été trop préoccupé par la rébellion pour intervenir. Maiga Dramane, responsable de l’éducation de base au Ministère de l’éducation, affirme que le manque d’éducation a un lourd impact psychologique chez les enfants.

La majorité des enfants déplacés viennent du nord du Mali, région la plus durement touchée par la rébellion. Avant même l’invasion des rebelles, les enseignants des villes de Gao, Kidal et Tombouctou s’étaient mis en grève pour réclamer de meilleures conditions de travail. Lorsque les rebelles islamistes ont occupé une partie du nord du Mali, ils ont également imposé la charia et décidé de créer des écoles coraniques non mixtes.

Les enseignants, parents et élèves ont dû fuir vers le sud. Ils comptent désormais sur l’UNICEF et d’autres organisations caritatives pour sauver l’éducation des enfants.
« Quand un enseignant a peur d’enseigner et qu’un élève a peur d’aller à l’école, c’est toute l’éducation qui est en danger », a déclaré la Représentante de l’UNICEF au Mali, Françoise Ackermans. L’organisme fournit un soutien psychologique aux élèves témoins de violence et les sensibilise aux risques posés par les mines. Mais compte tenu de l’instabilité générale, il reste difficile de faire réintégrer l’école aux élèves.


La santé maternelle s’améliore en Afrique

Par Arao Ameny

Ces dernières années, les cris stridents d’un nouveau-né apportent plus de joie que d’angoisse dans les maternités d’Afrique. Car, explique Gifty Addico, conseillère du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), basée en Afrique du Sud, la mortalité maternelle diminue sur le continent. D’après de nouveaux chiffres publiés dans un rapport de l’ONU intitulé Tendances en matière de mortalité maternelle : 1990-2010, la mortalité maternelle a baissé de 41 % ces 10 dernières années en Afrique subsaharienne. « Nous devons toutefois redoubler d’efforts pour que chaque mère survive à l’accouchement », a déclaré Mme Addico à Afrique Renouveau.

Lancée par le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, en septembre 2010, la campagne de sensibilisation Chaque Femme, Chaque Enfant vise à sauver la vie de 16 millions de femmes et d’enfants d’ici à 2015, dans le cadre de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement de l’ONU. Un programme similaire avait été lancé un an plus tôt par l’Union africaine en partenariat avec le FNUAP : la Campagne pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle en Afrique (CARMMA), qui renforçait les stratégies et plans déjà adoptés. 

Trois ans après le début de la campagne CARMMA, 37 des 54 pays que compte l’Afrique ont amélioré les programmes et services nationaux de santé maternelle. Une trentaine ont pris des engagements politiques, en affectant par exemple des fonds réservés à la santé maternelle. Le Rwanda offre désormais des incitations financières aux établissements de santé les plus performants.

Dr. Wilfred Ochan, représentant adjoint du FNUAP, a déclaré à Afrique Renouveau que CARMMA avait encouragé les pays d’Afrique à élaborer « une feuille de route pour la santé de la mère et du nouveau-né ». L’Ouganda et le Kenya mettent ainsi l’accent sur la formation de sages-femmes, l’amélioration du temps d’intervention des ambulances, le renforcement de la mobilisation communautaire, la réduction du nombre d’enfants mort-nés et le recours accru aux programmes de planification familiale.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) explique que la santé maternelle pâtit entre autres du coût élevé des services de maternité et d’hospitalisation, de l’accès limité ou inexistant aux services de santé proches et de la pénurie de personnel de santé. 

Mme Addico évoque également l’insuffisance des systèmes de santé en Afrique. Les mères qui arrivent à l’hôpital doivent parfois attendre de longues heures avant de voir un médecin. Il est fréquent que les installations ne disposent pas des moyens adéquats – en matériel ou en personnel - pour aider les mères à accoucher.

L’OMS signale aussi que les femmes, en particulier les jeunes futures mères, n’ont pas toujours pleinement conscience des risques de l’accouchement. Les femmes qui deviennent mères entre 15 et 20 ans risquent deux fois plus de mourir pendant l’accouchement que celles de 20 ans ou plus. Le risque est cinq fois plus élevé pour les filles de moins de 15 ans. 

La religion est parfois source d’obstacles, reconnaît Mme Addico. Certains établissements de santé gérés par des groupes religieux n’offrent pas de services de planification familiale par exemple. 

La Communauté d’Afrique de l’Est veille toutefois à ce que les femmes soignées dans un hôpital religieux aient également accès à un autre établissement médical. Par ailleurs, souligne Mme Addico. « Nous avons tendance à oublier, à cause de l’opprobre lié au sida, que les femmes vivant avec le VIH ont des besoins en matière de santé maternelle et procréative. »

Malgré les progrès accomplis, Akinyere Eric Dairo, conseiller technique principal pour les programmes du FNUAP, a déclaré à Afrique Renouveau qu’il demeure « urgent d’intensifier les interventions en santé maternelle ». Selon le FNUAP, seuls six pays (Rwanda, Botswana, Niger, Malawi, Zambie et Burkina Faso) allouent au moins 15 % de leur budget annuel au secteur de la santé, objectif fixé en 2000 lors du sommet africain sur le VIH/sida d’Abuja (Nigéria).

En outre, ajoute M. Dairo, un grand nombre des pays qui ont atteint l’objectif de 15 % l’ont fait « grâce aux contributions de donateurs extérieurs ». Il propose donc que les pays africains allouent systématiquement une part de leur budget à la santé, « surtout aux soins des femmes et enfants ».


La CPI mise à rude épreuve en Afrique

Par Jocelyne Sambira

Bosco Ntaganda lors de sa comparution initiale devant la Cour pénale internationale. Photo: ICC-CPI

Le rebelle congolais Bosco Ntaganda est le dernier Africain à comparaître devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Il est accusé de plusieurs crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment le viol, le meurtre, l’esclavage sexuel et l’enrôlement d’enfants soldats dans la province du Nord-Kivu (République démocratique du Congo).

La CPI est un tribunal permanent et indépendant qui, après enquête, juge les personnes soupçonnées des crimes de portée internationale les plus graves : génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Autre chef de guerre congolais, Thomas Lubanga a récemment été condamné à 14 ans de prison ferme par la Cour pénale internationale pour avoir recruté et enrôlé des enfants soldats dans son armée rebelle entre 2002 et 2003. Jusqu’à présent, 30 individus, tous africains, ont été inculpés. La Cour a de ce fait été accusée de s’en prendre particulièrement aux Africains.

La République démocratique du Congo est l’une des sept régions où enquête la CPI. Les autres régions sont le nord de l’Ouganda, le Darfour au Soudan, la République centrafricaine, le Kenya et la Côte d’Ivoire. La Cour examine aussi les allégations de meurtre, de mutilation et de torture perpétrés depuis janvier 2012 par des groupes d’insurgés au Mali.

Le procureur, Mme Fatou Bensouda, citoyenne gambienne, a récemment annoncé qu’elle n’abandonnerait pas les poursuites contre le Président élu du Kenya, Uhuru Kenyatta, et son adjoint, William Ruto. Ceux-ci ont comparu devant la Cour avant les élections afin de répondre d’accusations de complicité dans les violences post-électorales de 2007.

Les analystes estiment que, fautes de moyens financiers suffisants, la Cour fonctionne au maximum de ses capacités en instruisant plusieurs affaires dans différents pays. Elle a en outre été critiquée pour avoir confié des enquêtes à des intermédiaires, compromettant ainsi sa crédibilité et sa capacité à établir de solides preuves.