Accélérer l’application du plan agricole de l’Afrique

SUIVI DU NEPAD
Afrique Renouveau: 
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Les gouvernements africains s’accordent généralement à reconnaître que “l’agriculture doit être le moteur du déve-loppement économique”, a déclaré le Président ghanéen, John Kufuor, à des responsables et experts agricoles africains et internationaux lors d’une réunion à Accra. “Mais la triste vérité est que l’Afrique ne semble pas avoir le savoir-faire nécessaire et le secteur agricole ne bénéficie pas de l’appui voulu."

La conférence, tenue les 5 et 6 mai, a été organisée pour faire progresser l’exécution du Programme global de développement agricole de l’Afrique (PGDAA). Publié pour la première fois en 2003 dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le PGDAA vise à répondre aux besoins agricoles de l’Afrique, notamment en matière de financement et d’accès aux technologies et connaissances agricoles.

Farmers Le plan agricole du NEPAD vise à accroître la productivité, de façon à relancer le développement et à réduire la pauvreté.
Photo: Getty Images / Charles Milligan

Les délégués, dont le nombre dépassait 200 et qui représentaient les gouvernements africains, les principaux bailleurs de fonds, les organisations d’agriculteurs et l’agro-industrie, ont admis que les cinq régions de l’Afrique devraient définir et commencer à appliquer des mesures au cours des 12 prochains mois en vue de donner une impulsion au PGDAA. M. Wiseman Nkuhlu, chef de secrétariat du NEPAD, dont le siège est en Afrique du Sud, a souligné que ces groupes régionaux devraient associer à la prise de décisions toutes les parties prenantes.

Des propositions initiales avaient déjà été faites lors de cinq réunions régionales sur le PGDAA tenues début 2005. C’est ainsi que la réunion de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), tenue à la mi-février à Maputo (Mozambique), a mis en relief les programmes visant à étendre l’irrigation à petite échelle et la collecte d’eau, à réformer les lois foncières et à renforcer les capacités des organisations d’agriculteurs. Mme Emily Sikazwe, directrice de l’organisation de la société civile zambienne Women for Change, a mis l’accent sur les mesures visant à remédier aux inégalités entre les sexes en milieu rural grâce à un meilleur accès des femmes à la terre, au crédit et à l’éducation.

L’une des propositions concrètes approuvées à Maputo a été entérinée par la conférence d’Accra et recommandée pour les cinq régions : mettre en place un système de suivi budgétaire pour déterminer le montant que les gouvernements africains consacrent effectivement aux activités agricoles. Les chefs d’Etat africains ont décidé en 2003 qu’environ 10 % de leur budget seraient consacrés à l’agriculture, mais les crédits étant éparpillés entre différentes rubriques du budget, il est souvent difficile de suivre les progrès réalisés en la matière.

La réunion d’Accra a aussi mis l’accent sur la nécessité pour les partenaires extérieurs de l’Afrique d’allouer une part plus grande de leur aide aux quatre priorités du PGDAA, à savoir : élargir les zones où les ressources en terre et en eau font l’objet d’une gestion durable ; améliorer l’infrastructure agricole et l’accès aux marchés ; accroître l’offre alimentaire et réduire la pauvreté ; renforcer la diffusion de la recherche et des technologies agricoles.

La Banque mondiale a accepté de fournir un montant initial de 60 millions de dollars pour des programmes multinationaux de productivité agricole dans les pays de la SADC et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La Banque africaine de développement fournira 150 millions de dollars pour des programmes d’irrigation de la SADC. A la réunion de Maputo, un représentant de l’Agency for International Development des Etats-Unis a indiqué que l’aide consentie par les Etats-Unis à l’Afrique a augmenté d’un tiers entre 2001 et 2005.

Accroître la productivité agricole en Afrique est “la responsabilité commune” des Africains et de leurs partenaires de développement, a souligné M. Richard Mkandawire, conseiller agricole du NEPAD, à la réunion d’Accra. L’accroissement de la productivité contribuera à atteindre l’objectif d’un taux de croissance agricole moyen de 6 % par an et à faire en sorte que 200 millions d’Africains “ne souffrent plus de l’insécurité alimentaire”.


Vers la réalisation des objectifs du Millénaire

L’Union africaine et le Secrétariat du NEPAD s’emploient à aider le continent à se préparer pour le sommet de haut niveau de l’Assemblée générale de l’ONU prévu en septembre, qui doit se prononcer sur les mesures prises pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Les pays africains entendent organiser leur propre réunion d’examen des OMD, juste avant le sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine prévu à Tripoli (Libye) les 4 et 5 juillet, au cours duquel une position commune africaine devrait être arrêtée pour présentation à la réunion de l’ONU.

L’adoption de cette position, déclare le Secrétariat du NEPAD, sera l’occasion “d’affirmer à l’intention de l’Afrique et de la communauté internationale que non seulement l’Afrique et ses dirigeants prennent les OMD au sérieux mais aussi qu’ils sont disposés à prendre l’initiative d’aider les pays africains à atteindre ces objectifs”. Le NEPAD a, dès le départ, fait siens les OMD, de sorte que le plan africain non seulement porte sur des objectifs de développement économique et politique mais vise aussi à améliorer le bien-être des Africains et à renforcer leurs capacités.

Le Secrétariat du NEPAD supervise l’élaboration de cinq rapports régionaux sur les OMD pour l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, ainsi que pour certains pays qui sont le plus susceptibles de ne pas réaliser les OMD. Ces rapports contribueront à l’élaboration du rapport continental. Des études de cas analyseront les problèmes que posent le VIH/sida ainsi que la paix et la sécurité pour la réalisation des OMD en Afrique.

“L’importance de cette année et les possibilités sans précédent qui s’offrent à l’Afrique pour influer sur l’action en faveur du déve-loppement”, déclare le Secrétariat du NEPAD, “impose que l’Afrique parle d’une même voix en adoptant une réponse commune en vue de la réalisation des OMD sur tout le continent”.


Le Ghana ouvre la voie à l’examen par les pairs

Le Ghana, l’un des quatre premiers pays à se soumettre à l’examen extérieur du Mécanisme d’évaluation intra-africaine du NEPAD, est le tout premier à avoir achevé son rapport national d’auto-évaluation en mars. Les trois autres pays à l’examen sont le Kenya, le Rwanda et l’Ouganda. Au titre du Mécanisme d’évaluation intra-africaine, les pays participants acceptent que leurs pratiques en matière de démocratie, de droits de l’homme, de lutte contre la corruption et d’autres domaines de gouvernance politique et économique soient examinées dans le cadre d’un processus consultatif auquel participent des experts africains extérieurs et des représentants de gouvernements, de la société civile, du secteur privé et d’autres entités.

Non seulement le Gouvernement ghanéen a rapidement achevé son propre rapport d’auto-évaluation - l’une des premières étapes de l’examen national - mais il a aussi décidé d’accorder l’autonomie au Conseil d’administration du Mécanisme national d’évaluation intra-africaine, présidé par M. Samuel Kwesi Adjepong et qui supervise la préparation des consultations. Quatre institutions ghanéennes indépendantes ont été désignées pour conduire le processus : Centre for Democracy and Development, Private Enterprise Foundation, Centre for Economic Policy Analysis et Institute of Statistical, Social and Economic Research.

Une délégation du secrétariat du Mécanisme d’évaluation intra-africaine - composée de ressortissants de 12 pays africains et conduite par M. Chris Stals, ancien Président de la South African Reserve Bank et membre du Groupe de personnalités éminentes du Mécanisme - s’est rendue au Ghana en avril. Elle a rencontré des dirigeants de syndicats, des universitaires, des membres du parlement, le Comité des droits de l’homme et de la justice administrative, le Bureau des fraudes graves et bien d’autres entités. La délégation s’est aussi rendue dans des capitales régionales du Ghana pour rencontrer les parties prenantes locales.