Les routes de la prospérité en Afrique

Le continent cible son déficit d’infrastructures
Afrique Renouveau: 
page 12
Building a highway in South AfricaConstruction d’une route en Afrique du Sud : le nombre insuffisant de routes, de réseaux d’électricité et d’autres infrastructures modernes handicape le développement économique de l’Afrique.
Photo: Africanpictures.net / Guy Stubbs

Même vu de l’espace, le vaste complexe hydroélectrique de Cahora Bassa, situé sur le fleuve Zambèze au Mozambique, est facile à repérer. Construit à l’origine par les autorités coloniales portugaises et devenu ensuite propriété du Mozambique indépendant, ce barrage a de gigantesques turbines qui produisent assez d’électricité pour alimenter des millions de foyers et d’entreprises en Afrique du Sud et dans le reste de la région.

Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres de là dans une région rurale du Mali, d’un coup habile de sa houe, une femme ouvre une brèche dans une petite levée de terre pour permettre à l’eau retenue dans un bassin peu profond de s’écouler entre les rangs bien alignés du mil et des haricots qu’elle a plantés. Quand une quantité d’eau suffisante aura irrigué ses cultures, elle fermera la brèche de quelques poignées de boue et de terre et vaquera à d’autres tâches.

La gigantesque centrale hydroélectrique et ce simple système d’irrigation sont des exemples d’infrastructure : routes, ports, réseaux électriques, systèmes d’adduction d’eau et d’assainissement, lignes téléphoniques, émetteurs de radio et de télévision, et plus récemment réseaux de téléphonie mobile, qui rendent possible le développement et la croissance économiques.

L’Afrique ne possède pas le minimum d’infrastructures nécessaire pour répondre aux besoins de ses populations et réduire la pauvreté. Des centaines de millions d’Africains n’ont même pas les équipements les plus élémentaires, que ce soient des routes de campagne, des services de santé de base, des écoles ou des services bancaires et commerciaux. L’absence d’équipements de transport, de distribution d’énergie et de communication modernes et fiables constitue un défi majeur pour le développement économique de l’Afrique et entrave grandement la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et d’autres objectifs économiques et sociaux essentiels.

A Nigerian worker digs a trench for a telecommunications cable for a Chinese company in Lagos Lagos, Nigéria : un travailleur nigérian employé par une entreprise chinoise creuse une tranchée pour la pose d’un câble de télécommunication. La Chine est en train de devenir un investisseur étranger de premier plan dans les projets d’infrastructure africains.
Photo: Associated Press / George Osodi

Le manque d’infrastructures se fait sentir le plus gravement dans les régions rurales longtemps négligées de l’Afrique où vivent la majorité des 920 millions d’habitants du continent. Ce fardeau pèse le plus lourdement sur les épaules des femmes, que l’absence d’électricité ou de gaz domestiques oblige souvent à passer des heures à ramasser du bois pour la cuisine et le chauffage.

Le plan de développement pour l’Afrique connu sous le nom de Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) a pour objectif central de surmonter le déficit d’infrastructures du continent. Ce plan, adopté par les dirigeants africains en 2001, met l’accent sur la planification régionale de nouveaux projets d’infrastructure destinés à permettre une circulation plus efficace et plus aisée des marchandises, des personnes et de l’information à travers tout le continent.

Lacunes et carences

“Le déficit d’infrastructures est énorme,” a confirmé Donald Kaberuka, Président de la Banque africaine de développement (BAD), aux journalistes qui couvraient la réunion spéciale du 22 septembre, tenue lors de l’Assemblée générale de l’ONU et consacrée aux besoins de développement de l’Afrique (voir article). Dans un contexte où les économies africaines connaissent un taux de croissance annuel de 5 % ou plus et face aux exigences de plus en plus lourdes imposées aux infrastructures existantes de la région, “nous prenons tous du retard,” a-t-il affirmé. “De l’Afrique du Sud jusqu’à l’Afrique du Nord, nous constatons un déficit d’infrastructures.”

Selon une série d’évaluations des infrastructures africaines effectuée en 2006 par la Banque africaine de développement (BAD) et le Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA) :

  • dans les pays les plus pauvres de l’Afrique, moins d’un habitant sur cinq a l’électricité
  • 56 % seulement ont accès à de l’eau potable
  • à peine un tiers des habitants des régions rurales vivent à proximité d’une route
  • seulement 4 % des terres agricoles africaines sont irrigués
  • plus de 60 % de la population ne dispose pas d’équipements sanitaires de base

Les infrastructures existantes de l’Afrique subsaharienne sont non seulement insuffisantes par rapport à ses besoins, note une analyse détaillée de la Banque mondiale inti­tulée Etude diagnostique des infrastructures nationales en Afrique (Africa Infrastructure Country Diagnostic ou AICD), mais leur développement a un retard considérable sur celui des infrastructures d’autres régions pauvres. L’Afrique a moins du quart des kilomètres de routes revêtues des autres régions en développement et environ un huitième de leur capacité de production électrique par habitant.

Le handicap de la ‘distance économique’

Le mauvais état des réseaux de transport et de communication ajoute ce que M. Kaberuka qualifie de “ distance économique” aux échanges de l’Afrique. Des coûts de transport élevés dus aux problèmes d’infrastructure rendent les exportations du continent moins compétitives sur les marchés mondiaux et ses importations plus coûteuses pour les consommateurs africains.

L’ICA, dont les membres comprennent les pays industrialisés du G8, des agences de développement multilatérales et la Development Bank of Southern Africa (DBSA), estime que la médiocrité des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires majeure de 30 à 40 % le coût des marchandises échangées entre pays africains. Les frais de transport nécessaires pour faire parvenir les importations africaines aux clients situés à l’intérieur des terres sont supérieurs de 50 % à ceux des autres régions en développement à bas revenus.

La commission pour l’Afrique parrainée par le gouvernement britannique a estimé que les goulots d’étranglement dans les transports et l’inefficacité du secteur représentent l’équivalent d’une taxe à l’exportation de 80 % pour les textiles ougandais, ce qui décourage l’investissement et ralentit la création d’emplois dans cette industrie. Le manque d’espace de stockage et d’équipements de commercialisation modernes est un facteur important dans l’insécurité alimentaire, les pertes par avaries se montant jusqu’à 30–40 % des récoltes dans certains pays.

Effacer le déficit africain

Supprimer ce déficit en infrastructures est donc une question vitale pour l’Afrique, mais le coût sera élevé. Le rapport du Secrétaire général considère que plus de 52 milliards de dollars d’investissements publics et privés seront annuellement nécessaires pour combler d’ici à 2010 le retard de l’Afrique dans le domaine des infrastructures. Selon l’ONU, cette estimation comprend une contribution annuelle d’environ 38 milliards de dollars de la part des bailleurs de fonds, répartie entre les secteurs suivants :

  • énergie— 20 milliards de dollars
  • transports — 11 milliards de dollars
  • eau et assainissement — 5,7 milliards de dollars
  • informatique et communications — 1 milliard de dollars

L’Etude diagnostique des infrastructures nationales en Afrique cite un chiffre supérieur, d’environ 75 milliards de dollars par an répartis à parts sensiblement égales entre le coût de l’ouverture de nouveaux chantiers et celui du fonctionnement et de l’entretien des infrastructures. Environ un tiers des infrastructures existantes en Afrique ont besoin d’être réparées ou rénovées, et la proportion est encore plus forte dans les régions rurales et les pays qui se relèvent d’un conflit. L’étude estime que cette détérioration est le résultat d’un sous-investissement dans les opérations d’entretien et “représente au fil du temps un important gaspillage de ressources."

La Banque mondiale juge que des erreurs de gestion contribuent aux problèmes. Les sociétés de distribution d’eau et d’électricité africaines ne collectent que 70 à 90 % du montant de leurs factures.

Les problèmes techniques ajoutent au gaspillage. Par exemple, les réseaux de distribution d’électricité africains perdent deux fois plus de courant pendant la transmission que des systèmes plus modernes - pertes qui peuvent atteindre annuellement 2 % du PIB. La Banque estime que globalement, impayés et gaspillages des compagnies d’eau et d’électricité coûtent chaque année 6 milliards de dollars aux contribuables africains qui doivent assumer ces pertes.

Les équipements de production d’électricité sont dans un état particulièrement désolant. Selon la Banque mondiale, l’Espagne à elle seule produit autant d’électricité que toute l’Afrique subsaharienne - ce qui représente par habitant environ un dixième du montant d’électricité produit dans les autres régions en développement. L’AICD estime à 5 % du chiffre d’affaires les pertes annuelles que font subir aux entreprises les pannes d’électricité. Ces pertes peuvent être quatre fois plus importantes dans l’économie non officielle qui emploie un plus grand nombre d’Africains que toute autre activité à l’exception de l’agriculture.

Rising external financing for African infrastructure (graph)

L’Afrique apporte sa contribution

Financer les besoins en infrastructures de l’Afrique constitue un autre défi, bien que l’étude de l’AICD révèle que les niveaux d’investissement courants, quoiqu’insuffisants, ne sont pas aussi bas qu’on le pensait.

Le financement local se monte à 35 milliards de dollars par an — deux tiers des 50 milliards de dollars environ dépensés globalement pour les infrastructures africaines. Les contributions extérieures atteignent approximativement 13 milliards de dollars par an, l’aide publique au développement (APD), les investissements privés et les financements de sources non traditionnelles, particulièrement chinoises, s’en répartissant annuellement une part à peu près égale d’environ 4 milliards de dollars.

La plus grande partie du financement pour les nouvelles infrastructures provient des budgets gouvernementaux et se concentre dans les secteurs de l’énergie, de l’eau et de l’assainissement, et des transports. Ces dépenses peuvent constituer les postes les plus lourds de ces budgets et atteindre parfois 6–8 % du PIB. Les coûts de fonctionnement et d’entretien sont généralement financés par une redevance payée par les usagers.

L’auteur de l’étude affirme que parmi les pays du Nord bailleurs de fonds traditionnels de l’Afrique, “les agences de développement multilatérales, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la Commission européenne fournissent une très forte proportion de l’APD consacrée en Afrique aux infrastructures — jusqu’à 70 %. Les bailleurs de fonds bilatéraux ne jouent pas un rôle aussi important."

Après une longue période de déclin, le financement multilatéral des infrastructures africaines a recommencé à progresser et atteint 8,8 milliards de dollars en 2007 - augmentation de 4 milliards par rapport à 2005 (voir tableau).

La contribution des bailleurs de fonds a une importance beaucoup plus grande pour les pays qui s’efforcent de reconstruire leurs infrastructures à la suite de conflits armés ou de catastrophes naturelles. “Ils sont dans une situation très difficile. Ils ont d’énormes besoins de reconstruction et de croissance bien que leurs économies soient de taille réduite et ils devraient bénéficier prioritairement de l’aide internationale.

Des résultats à améliorer

L’AICD explique que même s’il est important d’augmenter le niveau comparativement bas du financement des infrastructures par les bailleurs de fonds extérieurs et le secteur privé, une simple amélioration de la capacité des gouvernements africains à gérer leurs budgets d’infrastructure dégagerait des milliards de dollars supplémentaires pour l’investissement. Bien des progrès restent à faire. L’étude note que certains pays allouent plus d’argent que nécessaire à des secteurs particuliers - ce qui peut mener à lancer un trop grand nombre de chantiers dans certaines régions et de négliger les besoins pressants des autres. Ces “excès de dépenses” annuels sont estimés à 8 milliards de dollars, près d’un quart du budget global de l’Afrique pour les infrastructures.

Le document demande aussi que les gouvernements africains améliorent leurs politiques et leurs réglementations concernant les infrastructures, afin de les rendre accessibles à un plus large public et d’attirer de plus importants investissements. La dérégulation des marchés africains des télécommunications a par exemple suscité une vague d’investissements privés dans ce secteur, ce qui a alimenté sa croissance spectaculaire. Le rapport de l’AICD note aussi que les subventions des gouvernements et les tarifs qu’ils imposent pour l’eau et l’électricité tendent à favoriser les populations urbaines et les groupes les plus aisés, réduisant l’accès des plus pauvres aux services de base et affaiblissant les incitations à investir dans leur expansion.

L’étude rapporte également que dans les endroits qui disposent de services de distribution d’électricité, d’adduction d’eau et d’assainissement et de services téléphoniques, “un nombre important de foyers ne sont toujours pas branchés,” ce qui suggère que les frais de raccordement et les tarifs sont trop élevés. Selon la Banque mondiale, de 1990 à 2005 le pourcentage de foyers africains raccordés aux réseaux d’eau et d’électricité existants a stagné. L’étude conclut qu’augmenter les tarifs pour ceux qui peuvent payer plus et modifier les frais de raccordement et les subventions au bénéfice des plus pauvres permettrait à l’Afrique de ses investissements dans les infrastructures.

Les priorités régionales du NEPAD

Satisfaire les besoins en infrastructures de l’Afrique est au cœur du programme-cadre que constitue le NEPAD. Le Plan d’action à court terme du NEPAD, d’un montant de 8 milliards de dollars, comprend 20 projets prioritaires destinés à lancer l’intégration économique régionale et à attirer les investissements à moyen et long terme nécessaires pour combler le retard du continent dans le domaine des infrastructures.

Ces priorités comprennent :

  • le gazoduc ouest-africain pour transporter le gaz naturel nigérian vers les pays voisins et alimenter leurs centrales électriques
  • la modernisation et l’expansion des équipements de manutention de conteneurs de Mombassa, un port stratégique du Kenya
  • l’initiative du bassin du Nil destinée à renforcer la coopération régionale et la gestion conjointe de ce fleuve, le plus long du monde et qui traverse 10 pays
  • le renforcement des capacités de gestion et de planification des communautés économiques régionales pour assurer le développement transfrontalier des infrastructures.

Le NEPAD place l’intégration régionale au centre du plan ambitieux qu’il a conçu pour les infrastructures. Il prévoit des investissements régionaux dans l’agriculture, l’électricité, l’eau, les transports, l’informatique et les systèmes de communication. Ceci favorisera les échanges interafricains, créera des économies d’échelle dans les investissements et le commerce, réduira les coûts élevés des transports et des communications et permettra la libre circulation des personnes et des biens à travers les nombreuses frontières de l’Afrique.

L’analyste de l’AICD explique que l’accent mis par le NEPAD sur l’intégration régionale est essentiel si le continent veut créer les marchés nécessaires à un développement efficace de ses infrastructures et à la poursuite de sa croissance économique.

Selon l’étude, surmonter l’écart énorme qui existe entre les besoins en électricité et les capacités actuelles n’est possible que par une planification à l’échelle régionale. Vingt-et-un des 48 pays d’Afrique subsaharienne ont des systèmes de production et de distribution d’électricité de taille trop petite pour être efficaces. En conséquence, les coûts d’exploitation se montent en moyenne à 30 cents le kilowattheure dans ces pays, contre 10 cents de l’heure pour les réseaux plus importants.

Bien que l’Afrique ait un riche potentiel hydroélectrique, environ 60 % de ces ressources sont concentrées dans deux pays, la République démocratique du Congo et l’Ethiopie. Mais les économies de ces deux pays sont de taille insuffisante pour utiliser les quantités considérables d’électricité qui devraient être produites pour justifier les coûts de construction des équipements. Seuls des marchés régionaux auraient la taille requise.

Une nécessaire flexibilité

L’approche pratique du NEPAD qui envisage le développement des infrastructures de bas en haut est un autre avantage, affirme l’analyste de l’AICD, car elle laisse aux pays et aux régions la flexibilité nécessaire pour fixer leurs propres priorités dans le cadre de plans régionaux à long terme. “Il n’y a pas vraiment de solution unique. Il faut déterminer ce qui anime vraiment les économies nationales et régionales.” Selon lui, le Programme de développement spatial du NEPAD remplit exactement cette fonction en identifiant les “corridors” d’activité économique existants, tels que les itinéraires de transport très fréquentés ou les districts agricoles particulièrement productifs, où des investissements ciblés donneraient le meilleur rendement.

L’expert de l’AICD explique qu’en ce qui concerne les réseaux de transport de l’Afrique, il serait sans doute plus rationnel de se concentrer initialement sur l’amélioration des infrastructures dans les corridors à fort trafic de l’époque coloniale orientés vers le littoral, plutôt que de construire de nouveaux réseaux routiers et de distribution d’électricité destinés à élargir les échanges interafricains. “Avec les corridors maritimes qui véhiculent déjà la plus grande partie du trafic commercial, il faut tracer correctement environ 10 000 kilomètres de routes et de voies ferrées. Pour développer correctement les échanges terrestres, il faut tracer correctement environ 100 000 kilomètres de routes et de voies ferrées."

Les critiques répondent que le problème de cette approche est qu’elle renforcera probablement la dépendance de l’Afrique envers ses échanges extérieurs au détriment du commerce régional et du fort potentiel de croissance que pourrait faire naître l’expansion des échanges interafricains. Plutôt que de se concentrer sur des marchés internationaux hautement compétitifs où les petites économies africaines et le manque d’industries locales sont des handicaps majeurs, les pays africains feraient mieux de multiplier et de développer les liens avec leurs voisins.

La bonne nouvelle, a conclu M. Kaberuka lors de sa conférence de presse à l’ONU, est qu’après des années de laisser-aller et de retards, “nous mettons fortement l’accent sur les infrastructures. Nous ne prétendons pas que les infrastructures suffiront à surmonter les défis du développement de l’Afrique; mais il est essentiel que nous élargissions nos efforts. C’est important pour l’agriculture, pour l’éducation et pour la santé. Il importe que nous réduisions la ‘distance économique’ en Afrique.”

L’héritage problématique des infrastructures africaines

Le triste état des infrastructures africaines est le résultat de causes multiples, dont la persistance des effets du colonialisme. “Dans la majorité des cas, les pays nouvellement indépendants ont hérité d’infrastructure inadéquates et orientées sur l’extérieur, largement conçues pour servir la métropole” plutôt que les besoins de développement des nouveaux Etats, observait la Banque africaine de développement dans un rapport de 2006 consacré au financement des infrastructures. Dans les années qui ont suivi leur indépendance, de nombreux gouvernements africains ont cherché à bâtir sur la base de ce maigre héritage, mais leurs efforts ont été entravés par la faiblesse de leurs capacités de planification et de gestion, l’insuffisance du financement, la corruption et le manque de coopération régionale.

Un analyste de la Banque mondiale a expliqué à Afrique Renouveau que les infrastructures dont l’Afrique a hérité à l’issue de la période coloniale étaient le plus souvent destinées à transporter les minerais et les autres matières premières vers la côte pour les exporter et non pas à établir des liaisons entre les pays africains. Mais il a également noté que la plus grande partie du trafic commercial en Afrique passe toujours par ces “corridors” de transport, ce qui reflète le faible niveau des échanges entre pays africains et la dépendance du continent envers les marchés internationaux pour ses exportations et ses importations.

La conséquence la plus marquée du colonialisme sur le développement des infrastructures africaines a, selon lui, sans doute été la fragmentation politique du continent divisé en une multiplicité de petits Etats. “De nombreuses infrastructures ne sont rentables et efficaces que si elles sont de grande taille. Quand vous avez beaucoup de petits pays et de frontières nationales, cela peut gêner les investissements et gonfler les coûts d’exploitation et d’entretien."

Les tentatives d’exploitation du potentiel des nombreux fleuves africains en matière de production hydroélectrique, la consommation des populations, l’agriculture et les transports, ont été particulièrement entravés par le nombre de pays impliqués, note l’analyste. Cela a également été le cas des projets de mise en place de réseaux de distribution d’électricité régionaux plutôt que nationaux.

Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les politiques d’ajustement structurel et de privatisation soutenues par les bailleurs de fonds ont constitué des obstacles supplémentaires au développement des infrastructures pendant la période qui a suivi l’indépendance. Les investissements africains dans les transports, note la CNUCED, “ont subi ces 20 dernières années de fortes compressions à la suite des coupures drastiques effectuées dans les dépenses publiques au titre des programmes d’ajustement structurel."

Bien que les effets économiques et sociaux négatifs des carences infrastructurelles de l’Afrique aient été largement reconnus, les investissements dans les infrastructures effectués par les gouvernements africains et par les bailleurs de fonds ont considérablement baissé dans les années 1980 et 1990. “C’était une erreur d’orientation,” a déclaré dans un rapport de 2005 la Commission pour l’Afrique parrainée par le gouvernement britannique, erreur basée sur l’hypothèse que les investisseurs privés financeraient les infrastructures nécessaires à l’Afrique.

“Il y avait une part de vérité dans l’argument selon lequel le secteur privé devrait intervenir davantage dans le développement des infrastructures, explique l’analyste de la Banque mondiale, mais cela a été poussé à l’extrême. Certains pensaient que le secteur privé pouvait s’occuper de tout et que l’Etat et les bailleurs de fonds pouvaient se désengager.” Mais poursuit-il, en Afrique, les investissements du secteur privé dans les infrastructures “vont des technologies de l’information et des communications à l’eau et l’assainissement - où l’investissement privé est quasiment absent."

“La dérégulation des télécommunications africaines par les gouvernements a permis au secteur privé de s’engager, ce qui a permis d’exploiter une nouvelle source de financement d’un volume aussi important que l’aide au développement, a expliqué l’analyste. C’est très positif. Mais les besoins les plus importants dépendront pour leur financement du secteur public.”