L’Afrique lance un appel à un ‘nouvel élan’

Extraits des interventions au débat organisé à l’Assemblée générale des Nations Unies
Afrique Renouveau: 
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Le 22 septembre, l’Assemblée générale des Nations Unies a organisé une réunion spéciale de haut niveau exclusivement consacrée aux besoins de développement de l’Afrique. Vingt-neuf chefs d’Etat et de gouvernement africains y ont participé aux côtés d’autres représentants du continent, de délégués d’autres pays en développement et de pays bailleurs de fonds, d’agences bilatérales et multilatérales ainsi que d’entreprises et d’organisations de la société civile. La déclaration finale publiée à l’issue de la réunion a, entre autres, réaffirmé la volonté des pays bailleurs de fonds d’augmenter leur aide au développement et de renforcer les autres formes de soutien qu’ils apportent aux efforts que l’Afrique fait elle-même dans ce domaine. (cf. Afrique Renouveau, octobre 2008). Quelques extraits des principales interventions sont présentés ci-dessous.

Jakaya Kikwete, Président en exercice de l’Union africaine, Président de la République-Unie de Tanzanie

Jakaya KikwetePhoto: UN / Marco Castro

Jakaya Kikwete : “Nous sommes résolus à nous arracher à notre situation à la force du poignet.”

La liste des besoins de développement de l’Afrique est longue, qu’il s’agisse d’offrir des services sociaux et économiques élémentaires, d’assurer la sécurité alimentaire ou d’augmenter les revenus des populations par la transformation des secteurs de production… Malheureusement, étant donné son niveau de développement moins avancé, l’Afrique ne possède pas de ressources suffisantes pour sortir par elle-même du piège de la pauvreté...

Un aspect positif de cette réalité est que nous tous dans la communauté internationale et sur le continent reconnaissons les sévères contraintes qui pèsent sur les ressources de l’Afrique. Nous savons aussi que les gouvernements africains ont pris des mesures pour utiliser le peu de ressources dont ils disposent pour faire face aux défis que présente le développement. Un autre aspect positif est que la communauté internationale a eu la générosité d’aider les pays africains en leur fournissant des ressources pour appuyer leurs propres efforts. Malheureusement, les ressources engagées et mises à sa disposition ne sont pas suffisantes.

J’aimerais profiter de cette occasion pour exprimer la déception de l’Afrique face à l’incapacité des pays développés à honorer leurs engagements à fournir les ressources nécessaires. Permettez-moi d’utiliser aujourd’hui cette tribune pour lancer un appel à un nouvel élan pour que ces engagements soient remplis. C’est un devoir historique et une obligation morale pour les pays développés d’aider les populations indigentes de l’Afrique; et non une question de charité...

L’Afrique n’est pas un cas désespéré. Nous ne sommes pas désespérés, pas plus que nous ne sommes résignés à l’impuissance. Nous sommes déterminés à nous arracher à nos difficultés. Nous avons simplement besoin du soutien des pays développés. Nous remercions nos partenaires du développement de l’inestimable soutien qu’ils nous ont apporté pendant de nombreuses années, mais il reste encore beaucoup à faire. C’est tout ce que nous demandons. C’est réalisable. Que chacun de nous joue son rôle approprié.

Miguel d’Escoto, Président de l’Assemblée générale

Miguel d’EscotoPhoto: UN / Mark Garten

Miguel d’Escoto : “Je demande aux pays riches de ce monde de redoubler d’efforts.””

En organisant des élections et en mettant en place des gouvernements élus à travers tout ce magnifique continent, l’Afrique a indéniablement accompli des progrès démocratiques considérables. J’aimerais plus particulièrement saluer la fondation de l’Union africaine en 2000 et le lancement du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique [NEPAD], qui sont indubitablement des étapes cruciales dans l’histoire de l’Afrique et pour son autonomisation dans le domaine de son propre développement politique, économique et social.

Les défis qui se présentent à l’Afrique sont à la vérité encore considérables. Aussi courageux que soient ces pays — et nous savons qu’ils le sont — l’Afrique ne peut pas faire de nouveaux progrès à elle seule. Les gains obtenus par les pays africains en termes de croissance économique sont bien réels, mais ils doivent être cimentés de manière décisive par des actions concrètes, comme un allégement de leur dette extérieure plus substantiel. Les progrès relatifs accomplis dans ce domaine ne doivent pas dissimuler les conditions injustes que les institutions de Bretton Woods et les pays bailleurs de fonds continuent à imposer. Ces conditions ont comme effet pervers non seulement d’entraver l’application efficace des programmes de lutte contre la pauvreté, mais également d’éroder les conditions d’existence de dizaines de millions de personnes, les plongeant dans une pauvreté encore plus grande que celle dont ces institutions étaient censées les sauver...

J’appelle donc les pays riches à redoubler leurs efforts pour que l’aide publique au développement — qui est tombée entre 2005 et 2007 de 0,33 % à 0,28 % de leur PIB — se rapproche des 0,7 % fixés par le Consensus de Monterrey [2002]. J’aimerais rappeler aux membres de l’Assemblée générale que cet objectif a initialement été proposé par l’Assemblée elle-même en 1970. Dans le même esprit, étant donné le niveau actuel des sommes versées, je demande aux membres du Groupe des huit, avec toute la force que me confère ma position de Président de l’Assemblée générale, de concrétiser la promesse faite à Gleneagles en 2005 de doubler d’ici à 2010 leur aide publique au développement pour l’Afrique.

Nicolas Sarkozy, Président de la République française

Nicolas SarkozyPhoto: UN / Mark Garten

Nicolas Sarkozy : “Nous savons, nous les Européens, qu’aider au développement de l’Afrique, c’est d’abord un investissement dans notre avenir commun.”

L’Afrique s’est remise en marche. Le continent a retrouvé lе chemin de la croissance. Depuis 1994, son taux de croissance annuel moyen est proche de 5%... Toutefois, cette croissance économique reste très théorique pour une majorité d’Africains : réalité statistique, elle n’est pas encore une réalité du quotidien des populations d’Afrique. Le continent est en effet confronté à de nombreux défis, qu’il s’agisse de la crise alimentaire ou des effets du réchauffement climatique.

Les Européens veulent s’engager aux côtés de l’Afrique... Mais que les choses soient claires : l’aide qu’a décidé l’Europe pour l’Afrique, ce n’est pas simplement l’aide du cœur, c’est d’abord l’aide motivée par la raison car nous savons, nous les Européens, qu’aider au développement de l’Afrique, c’est d’abord un investissement dans notre avenir commun. Le monde globalisé a besoin d’une Afrique développée. L’Union européenne, voisine directe du continent africain, a besoin du développement de l’Afrique.

A quoi servirait-il de travailler à la sécurité et à la stabilité de l’Europe si on ne cherchait pas à combler l’actuel écart de développement entre l’Europe et l’Afrique ? Et quelle illusion d’envisager la prospérité de l’Europe sans travailler à l’émergence d’un partenaire économique majeur, qui se situe à 14 kilomètres des côtes européennes -- un partenaire, l’Afrique, dont la population sera, en 2030, supérieure à celle de l’Inde ou de la Chine ! Quelle illusion de prétendre à la sécurité alimentaire mondiale sans valoriser les ressources agricoles africaines : pour se nourrir elle-même d’abord, mais également pour contribuer à nourrir le monde !

Jean Ping, Président de la Commission de l’Union africaine

Jean PingPhoto: UN / Mark Garten

C’est à nous Africains qu’incombe au premier chef le développement de l’Afrique. Conduire à terme l’agenda pour l’Afrique est avant tout notre mandat et nous entendons en assumer pleinement la responsabilité. C’est justement cet esprit d’appropriation qui a guidé nos leaders africains à concevoir le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), une initiative désormais arrimée à l’Union africaine et pour laquelle une stratégie de financement a été définie et des projets concrets identifiés. Le NEPAD ainsi que son mécanisme d’évaluation par les pairs constituent par essence une affirmation de la volonté de l’Afrique de prendre en main son destin...

Nous savons tous que la stabilité politique du continent facilitera la mobilisation des ressources que requiert notre lutte inlassable contre la pauvreté. Nous savons tous que paix et sécurité riment avec développement durable. L’Union africaine n’a pas tardé à prendre les devants en mettant sur pied sa structure de paix et de sécurité...

A l’heure où la mobilisation générale s’impose face à de nouveaux défis tels que la crise alimentaire, la crise énergétique, les changements climatiques, la fracture numérique, et j’en passe, nous avons besoin d’être solidaires, de transcender nos différences, de faire valoir le dialogue et le partage : partage des responsabilités; partage des compétences et des expériences réussies; partage des bénéfices et surtout partage de la satisfaction du devoir accompli et du noble service rendu à nos populations.

Yoweri Museveni, Président de l’Ouganda

Yoweri MuseveniPhoto: UN / Mark Garten

Dans les années 1960, deux erreurs ont à mon avis fait louper le coche à l’Afrique. La première était constituée par l’attitude hostile de certains gouvernements envers le secteur privé — c’était le premier problème. La seconde a été l’erreur de ne pas mener une politique de croissance orientée vers les exportations. Certains pays se sont engagés dans ce qu’on appelait la substitution des importations alors que les économies africaines sont de taille limitée, donc, si vous cherchez simplement à vous positionner sur le marché intérieur, vous n’allez pas aller très loin.

Quand nous nous sommes réveillés et que nous nous sommes réorientés vers une croissance menée par le secteur privé, les économies d’Europe de l’Est s’étaient ouvertes. Les grandes économies, Chine, Inde, s’étaient ouvertes et avaient attiré plus d’investissements que nos marchés réduits. En encourageant l’intégration régionale, nous faisons aujourd’hui ce qu’il fallait faire. C’est bien. C’est là la bonne réponse.

Marc Ravalomanana, Président de Madagascar

Marc RavalomananaPhoto: UN / Michelle Poire

Nous avons besoin d’une révolution agricole pour toute l’Afrique, une révolution qui fera augmenter considérablement la productivité agricole et les revenus des plus pauvres tout en préservant l’environnement, une révolution qui aidera des millions de petits agriculteurs à sortir de la pauvreté et de la faim… Les Nations Unies, avec l’aide des autres bailleurs de fonds, devraient accroître les ressources financières et l’expertise technique offerte à tous les pays qui désirent accélérer et soutenir cette révolution agricole...

Mis à part le financement, le principal obstacle à notre développement est le manque de capacités. Ceci souligne l’importance de l’éducation… Nous devons renforcer et élargir nos efforts pour arrêter la fuite des cerveaux et l’émigration des professionnels qualifiés des pays en développement… Nous devons aider à motiver ces femmes et ces hommes à consacrer leurs talents au développement de leur pays natal.