Des progrès dans la lutte du Zimbabwe contre le HIV-sida

Les campagnes de prévention donnent des résultats
Afrique Renouveau: 
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An AIDS worker distributing free condoms Un agent de la lutte contre le sida distribue des préservatifs gratuits à Mutare (Zimbabwe) : les changements de comportement ont contribué à faire baisser les taux d’infection dans le pays.
Photo: UN / Michel Szulc-Krzyzanowski

Malgré de sérieuses difficultés économiques et politiques, le Zimbabwe est devenu le deuxième pays d’Afrique subsaharienne à ralentir sensiblement la diffusion du VIH, virus de l’immunodéficience humaine qui cause le sida. Dans une brève déclaration à la presse le 10 octobre, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) a annoncé que les taux d’infection ont diminué, passant de 24,6 % en 2002 à 21,3 % en 2004 dans un groupe particulièrement vulnérable — celui des femmes enceintes.

Cette constatation est réjouissante dans un pays caractérisé par l’un des taux de séropositivité les plus élevés du monde. Ceci indique, a déclaré Achmat Dangor, le Directeur d’Advocacy, Communication and Leadership (ONUSIDA), que les programmes d’éducation et de prévention lancés dans les années 90 commencent à produire des résultats. “Pour nous”, a-t-il noté, “c’est quelque chose de très important."

Durant une interview exclusive accordée à Afrique Renouveau fin octobre, à New York, M. Dangor, romancier sud-africain bien connu et ancien Chef de la Fondation Nelson Mandela, a également signalé que les taux d’infection parmi les jeunes, autre groupe à risque élevé, étaient tombés d’environ 25 % à 20 %, chute encore plus nette.

Malgré ces progrès impressionnants, il a délivré une mise en garde : “céder à l’autosatisfaction serait injustifié. Le Zimbabwe continue d’avoir l’un des taux de prévalence du VIH les plus élevés au monde”. La difficulté est maintenant, a-t-il précisé, de prendre appui sur ces acquis.

Mettre le doigt sur les causes

Le Zimbabwe n’est encore que le deuxième pays africain, après l’Ouganda, à réduire des taux de séropositivité très élevés au moyen de l’éducation et de la prévention. De nouvelles réductions au Zimbabwe, qui se situe au centre géographique et épidémiologique de la pandémie du sida en Afrique, pourraient marquer un tournant dans la lutte contre la maladie et offrir de précieuses leçons à d’autres pays de la région.

Etant donné la situation difficile du Zimbabwe, a déclaré M. Dangor, “nous étions tout d’abord sceptiques” quand nous avons commencé à avoir les preuves d’une diminution du nombre de nouvelles infections. ONUSIDA a chargé l’Imperial College de Londres de passer en revue les données fournies par un large éventail de sources — notamment les rapports gouvernementaux et les recherches des Centres for Disease Control des Etats-Unis – afin de confirmer que le nombre d’infections avait réellement baissé et qu’il ne s’agissait pas plutôt d’une augmentation des taux de mortalité ou de quelque autre bizarrerie statistique.

“Tous les examens nous disent que la mortalité influe [sur les taux de prévalence], mais il est impossible d’expliquer une baisse aussi nette par l’émigration ou la mortalité”, a-t-il affirmé. “Il aurait fallu, en fait, que le taux de mortalité quadruple” pour être l’unique cause du recul. La difficulté est désormais de découvrir à quels éléments du programme zimbabwéen de lutte contre le sida sont dues les améliorations. “Au stade actuel, nous ne pouvons pas déterminer quelles sont les activités que les scientifiques qualifient de spécifiques à l’origine de ce recul, a-t-il précisé. “Nous analysons à présent les grands programmes, gouvernementaux et non gouvernementaux, urbains et ruraux, pour voir si nous pouvons identifier ces activités.”

Primauté du contrôle national

Les premières analyses suggèrent que les changements de comportement, notamment l’attente plus longue que les jeunes s’imposent avant de devenir sexuellement actifs, la diminution du nombre de partenaires de rencontre et l’usage accru des préservatifs sont autant d’éléments d’explication. Mais M. Dangor a aussi fait valoir que le solide système éducatif du Zimbabwe, l’accent mis sur la gestion des programmes de lutte contre le sida au niveau des districts et des communautés et les améliorations apportées à la condition féminine depuis l’indépendance en 1980, pourraient constituer d’autres facteurs.

“En Ouganda, une campagne est menée avec succès sur le thème de l’abstention, la fidélité ou l’utilisation d’un préservatif. Si on peut y ajouter le renforcement du pouvoir d’action des femmes, nous pourrons peut-être vaincre le sida en Afrique - mais pas avant.

Il est impossible d’expliquer les progrès du pays par une abondance de ressources externes. La Zambie voisine a reçu 187 dollars d’aide en 2004 pour chaque Zambien séropositif, tandis que le Zimbabwe, en raison de ses relations tendues avec certains donateurs, n’a reçu que 4 dollars par personne, selon la Banque mondiale. Mais ce fait lui-même, explique M. Dangor, comporte une précieuse leçon. “Il n’est pas nécessaire d’attendre un montant massif de financement externe pour contenir la diffusion du VIH.” Aussi importantes que soient les ressources affectées à la prévention, aux soins et au traitement, poursuit-il, “ce qui compte encore plus, c’est que les pays contrôlent aussi bien le problème que la solution, plutôt que d’avoir des cibles et des programmes imposés de l’extérieur”.

Les programmes nationaux de traitement du sida ont particulièrement souffert du manque de fonds. Sur les quelque 300 000 Zimbabwéens qui ont un besoin urgent des médicaments antirétroviraux qui attaquent le virus du sida, 15 000 à peine y ont actuellement accès. Avec une aide financière externe réduite et des importations rendues difficiles par la pénurie de devises étrangères, les coûts à la charge des patients sont rapidement passés, malgré les subventions gouvernementales, de 7,60 à 50 dollars par mois – sommes inabordables pour la plupart des malades.

“Le sida sera avec nous pour de nombreuses années — peut-être pour toujours”, a conclu M. Dangor. “Si les gouvernements des pays touchés, les donateurs et la société civile peuvent transposer la question du sida ailleurs que dans l’arène politique ou idéologique, je crois que nous aurons une chance de contenir cette maladie bien plus rapidement.”