Vers une meilleure gouvernance en Afrique

L’évaluation par les pairs, initiée par le NEPAD, favorise la participation citoyenne
Afrique Renouveau: 
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Egyptians in Cairo's Tahrir Square celebrate the fall of the Mubarak governmentJour de vote à Juba au Sud Soudan. Le MAEP examine la gouvernance sous ses aspects politiques et économiques.
Photo : Panos / Sven Torfinn

Le printemps arabe et les autres soulèvements observés en Afrique ces derniers mois rappellent l’importance d’une bonne gouvernance économique et politique pour le développement du continent. Par ces manifestations, les Africains expriment leur volonté de reprendre en main leur destin. Ils se battent pour le respect de leur dignité, pour leur liberté, pour davantage de justice sociale et d’opportunités économiques.

Le printemps arabe a notamment démontré qu’à long terme, de bonnes performances économiques ne suffisent pas. La Tunisie, l’Égypte, la Libye, l’Algérie et le Maroc étaient classés dans la catégorie des « Lions africains » (sorte d’équivalent des « Tigres asiatiques »). Ces cas démontrent aussi, comme le soulignent d’éminents experts des questions de développement, que la prospérité économique et les libertés politiques doivent aller de pair.

Les dirigeants africains l’ont bien compris quand ils ont lancé le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Afin de promouvoir plus la bonne gouvernance, les droits de l’homme et une gestion économique saine, ils ont ensuite créé le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) en mars 2003.

Innovations

Le MAEP est l’un des aspects les plus innovants du NEPAD. Un mécanisme d’auto-évaluation à caractère volontaire par l'intermédiaire duquel les dirigeants africains soumettent leurs politiques et leurs pratiques à une évaluation par des pairs africains, dans quatre domaines d’intervention : la démocratie et la gouvernance politique, la gouvernance économique, la gestion des entreprises et le développement socio-économique.

Les évaluations forment un tout. Les consultations ont lieu non seulement dans les capitales des pays examinés, avec les responsables gouvernementaux, mais aussi dans les campagnes et avec des représentants du secteur privé, de la société civile, des syndicats, des parlements, des autorités locales et ainsi de suite.

Un cycle d’évaluation complet se déroule en cinq étapes : une auto-évaluation par le pays; l’évaluation du pays; un rapport d’évaluation; l’évaluation par les pairs – au cours de laquelle les conclusions de l’évaluation sont débattues par les chefs d’État à l’occasion des sommets du Forum africain d’évaluation par les pairs, et la publication du rapport. Sur les 30 pays participant au MAEP, 14 ont terminé leurs premières évaluations par les pairs.

Ces évaluations ont mis en évidence divers problèmes : la gestion de la diversité, la violence électorale, la réforme agraire, le chômage des jeunes, l’égalité homme-femme et la corruption. Elles ont permis de définir le thème du Huitième Forum africain sur la gouvernance organisé par les Nations Unies qui se tiendra en 2012 en Afrique du Sud : « Démocratie, élections et gestion de la diversité en Afrique ».

Défis

Le MAEP doit cependant relever plusieurs défis : le manque de ressources (financières et humaines) et les problèmes de mise en œuvre des recommandations issues des évaluations. Certains experts estiment que le questionnaire principal utilisé pour conduire l’évaluation ne traite pas suffisamment de certaines questions. Sont notamment absents: la politique agricole, le secteur informel, la protection de l’environnement ou encore la liberté des médias.

Les récents troubles auraient pu être évités si le MAEP avait été réellement opérationnel et si ses recommandations avaient été mises en œuvre. Mais ces manifestations ont eu le mérite de ramener au centre du débat des questions aussi brûlantes que celles de la démocratie et des libertés, pour les Africains comme pour leurs partenaires de développement. Le MAEP peut désormais profiter du vent nouveau soulevé par ces révoltes.

David Mehdi Hamam dirige le Groupe de l'analyse des politiques et du suivi de leur application au sein du Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique de l'ONU. Ben Idrissa Ouédraogo y est administrateur de programmes.