Le mécanisme africain d’évaluation par les pairs atteint sa maturité

De nombreux pays adoptent un mécanisme qui vise à assurer la transparence
Afrique Renouveau: 
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Une rencontre de haut niveau intitulée : « innovation africaine en matière de gouvernance : le cas du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) » s’est tenue pendant la semaine de l’Afrique au siège de l’ONU. Photo: Afrique Renouveau/Bo Li

Pour ses dix ans, en octobre dernier, c’est à une modeste célébration qu’a eu droit le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), instrument d’auto surveillance créé par les dirigeants africains en 2003. Pour l’occasion, le siège des Nations Unies à New York a servi de cadre pour différents forums organisés à l’occasion de la Semaine de l’Afrique aux Nations Unies. À cette occasion, une délégation du mécanisme à évoqué ses activités et ses succès, tout en reconnaissant l’ampleur des défis qui restent à relever. 

Face aux défis de la bonne gouvernance, le MAEP est une des réponses des dirigeants africains. Présenté comme « une approche novatrice conçue et mise en œuvre par les Africains pour l’Afrique », il permet à des experts, aux gouvernements, à la société civile d’évaluer ensemble les performances d’un pays donné dans divers domaines (démocratie, bonne gouvernance, développement, droits de l’homme…). L’adhésion est volontaire.

Pour Fatuma Ndagiza Nyirakobwa, ancienne ambassadrice du Rwanda en Tanzanie et vice-présidente du Groupe de personnalités éminentes du MAEP, le mécanisme « est un instrument de transformation et beaucoup de choses ont été accomplies ces dix dernières années ».

Volonté politique

Dix sept des 33 pays participants ont été évalués. Vingt et un pays n’ont pas encore rejoint le MAEP. Pour madame Nyirakobwa, « l’adhésion de 33 pays en 10 ans n’est pas une réalisation négligeable... Nous devons tenir compte du fait qu’il s’agit d’un processus volontaire ». Quant aux 16 qui ne se sont toujours pas soumis à l’évaluation, « c’est une question d’engagement et de volonté politique au plus haut niveau. Chaque pays a ses raisons, » juge-t-elle. Le nombre d’adhérents importe peu aux yeux d’Amara M. Konneh, ministre des Finances du Liberia. « Parvenir à 33 participants constitue un progrès. Nous y arriverons. Ce n’est qu’une question de temps ». 

Lors de la Semaine de l’Afrique, le Secrétaire général de l’ONU a salué la contribution du MAEP et du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) aux progrès de la démocratisation et du développement sur le continent. « Aujourd’hui, très peu de pays africains vivent dans une extrême pauvreté. Les pays africains ont des relations commerciales et les femmes sont plus nombreuses à occuper des postes à responsabilité ». Il est temps, a-t-il ajouté d’élargir la participation à ce processus. 

Processus d’évaluation

Le processus d’évaluation par les pairs se déroule généralement en cinq étapes. Au cours de la première étape, le pays procède à une auto-évaluation basée sur un questionnaire du MAEP. Parallèlement, les responsables du MAEP réalisent une étude de fond. Lors de la deuxième étape, un groupe d’experts se rend dans le pays pour y mener des débats approfondis avec les gouvernements et la société civile.

Lors de la troisième étape, le groupe rédige un rapport sur la base sur l’auto-évaluation du pays et de recherches et consultations menées avec le gouvernement et la société civile. Pour la quatrième étape, le groupe à transmet son rapport aux chefs d’État. « À cette étape du processus les chefs d’État nous interrogent sur le contenu du rapport », précise Mme Nyirakobwa. La cinquième étape renvoie aux efforts déployés par le MAEP et le pays évalué pour lancer, publier et promouvoir le rapport.

Mise en œuvre 

Selon M. Amara les pays évalués doivent mettre en œuvre les recommandations du MAEP. C’est là que réside la faiblesse du dispositif. Mme Nyirakobwa estime que beaucoup de pays ayant fait l’objet d’un examen ne sont pas à même de mettre en œuvre des recommandations pouvant entraîner des dépenses qui ne sont pas prévues dans leur budget. Elle affirme aussi qu’il est difficile de trouver des experts techniques dans un grand nombre de pays. 

Les pays ne sont pas tenus d’appliquer les recommandations du MAEP. Ils peuvent même les rejeter. C’est ainsi qu’en 2005, le Président sud-africain Thabo Mbeki, l’un des architectes du MAEP, a rejeté les critiques formulées à l’endroit de son pays concernant la réponse face à la criminalité et notamment à la violence contre les femmes. Pour Maged Abdelaziz, conseiller Afrique du Secrétaire général, « ces rapports ont davantage une valeur morale qu’un pouvoir coercitif ». 

Reste que, en 2007, les rapports du MAEP ont mis en garde contre la violence xénophobe qui couvait en Afrique du Sud et celles liées aux élections au Kenya. « Il ressortait clairement de notre rapport de 2007 que des mesures énergiques s’imposaient si l’on voulait éviter le pire », se souvient Mme Nyirakobwa. « Mais les gouvernements n’ont pas pris nos recommandations au sérieux. » Les pertes en vies humaines et les dégâts matériels qui ont suivi dans ces deux pays ont constitué un signal d’alarme pour les dirigeants africains.

Ressources insuffisantes

Même si les dirigeants africains souhaitent que le MAEP soit à l’abri de toute influence étrangère, ils reconnaissent également que le mécanisme a besoin de soutiens extérieurs. « Nous encourageons les pays africains à renforcer leurs capacités, mais nous avons aussi besoin du soutien de l’ONU et de la communauté internationale pour améliorer nos finances et renforcer nos capacités », explique Mme Nyirakobwa. Elle encourage les pays africains à apporter leur aide.  « L’Afrique doit joindre le geste à la parole, » ajoute M. Konneh. 

Le secrétariat du MAEP bénéficie déjà de l’appui d’experts de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Pour madame Nyirakobwa, « le plus grand défi est sur le terrain, dans les différents pays... notamment après le processus d’évaluation. » Il y aurait davantage de soutien si les activités et les réussites du MAEP devenaient visibles, dit-elle. « Nous voulons que le monde sache ce que fait le MAEP. » 

Soutien de l’ONU

L’ONU prête déjà son concours à l’UA dans plusieurs domaines, souligne le Secrétaire général adjoint à la communication et à l’information, Peter Launsky–Tieffenthal. Le bureau du conseiller Afrique du Secrétaire général mène un important travail de sensibilisation pour l’UA. La CEA, par l’intermédiaire du NEPAD, coordonne les engagements régionaux, et les Nations Unies collaborent avec les différents pays. 

M. Launsky-Tieffenthal ajoute qu’un bureau intervient également pour aider l’Union africaine dans ses activités. « Notre rôle consiste à fournir des conseils stratégiques sur l’information et à sensibiliser le public aux activités du MAEP à travers l’Afrique. » Il déclare que le MAEP pourrait également bénéficier de campagnes de sensibilisation menées par les centres d’information des Nations Unies à travers l’Afrique.

Le MAEP a en tout cas le vent en poupe et devrait mobiliser davantage de ressources à l’avenir. D’autant que les dirigeants africains sont fiers de leur création et sont déterminés à la voir réussir. Avec le MAEP, le rêve d’une « Afrique prospère et solidaire », deviendra réalité, affirme Mme Nyirakobwa.