Afrique Horizon

Afrique Renouveau: 
page 3
La délégation du Conseil de sécurité lors de sa visite à Goma, en RDC. Photo: UN Photo/Sylvain Liechti

En visite dans les Grands lacs, le Conseil de sécurité appelle à rompre avec le passé

Par André-Michel Essoungou

Cinq mois après la visite du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et du président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim dans la région des Grands lacs africain, une délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies s’est elle aussi rendue dans la région. En visite du 4 au 8 octobre, la délégation s’est entretenue avec des dirigeants politiques et des militants locaux, des déplacés et des réfugiés, ainsi qu’avec les casques bleus de l’ONU et des diplomates.   

Le Conseil a entrepris cette visite afin de mieux cerner la complexité d’une région où l’instabilité persiste depuis deux décennies et où les combats se sont intensifiés ces derniers mois. Depuis avril 2012 et la création du mouvement du 23 mars (M23), la reprise des combats, principalement dans la région orientale de la République démocratique du Congo (RDC), à contraint quelques 2 millions de personnes à fuir leur domicile.

Cette visite a eu lieu trois ans après un autre voyage du Conseil dans cette même région. À l’époque, ses ambitions étaient plus modestes : une visite de deux pays, la RDC et l’Ouganda. Cette fois, après ces deux pays, la délégation s’est aussi rendue au Rwanda puis à Addis Abeba, en Éthiopie, siège de l’Union africaine. 

Les étapes de cette visite marquent la reconnaissance par le Conseil de ce que la fin de l’instabilité persistante dans les Grands Lacs passe par l’implication des principaux acteurs régionaux. Ces dernières années, le Conseil a il est vrai exhorté à maintes reprises les pays de la région à trouver une solution pacifique à l’instabilité qui sévit dans l’est de la RDC. Le Conseil l’a rappelé notamment peu après le déclenchement de la rébellion du M23 (accusé d’avoir bénéficié de l’appui du Rwanda, ce que Kigali dément). 

Cette crise a mené au lancement de deux processus politiques : un accord de paix et de sécurité régional et des pourparlers de paix à Kampala, la capitale ougandaise, entre le gouvernement de la RDC et le M23.

Au cours de sa visite, la délégation du Conseil s’est informée de la mise en œuvre de l’accord et des progrès des pourparlers de paix. Sur ces deux questions, le Conseil a exhorté les dirigeants à ne pas répéter les erreurs du passé. Contrairement aux précédents accords, celui-ci doit être suivi d’actes, a affirmé la délégation lors de ses rencontres successives avec les présidents Joseph Kabila de la RDC, Paul Kagame du Rwanda et Yoweri Museveni de l’Ouganda. 

Devant la presse, à Kinshasa, à propos des pourparlers de Kampala, les représentants du Maroc et de la France au Conseil de sécurité ont, au nom de la délégation, affirmé que le passé doit servir de leçons quant aux conséquences de l’intégration incontrôlée de groupes armés au sein de l’armée nationale. Ils ont mis en garde contre la répétition de telles erreurs. Pour le Conseil, ont-ils ajouté, aucun compromis n’est acceptable en matière de lutte contre l’impunité et aucune amnistie ne doit être accordée aux membres du M23 qui ont commis des crimes graves. 

Au terme de de leur visite, les membres du Conseil se sont rendus au siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba. En plus des à la situation dans la région des Grands lacs, ils ont débattu avec les responsables de l’UA de divers dossiers relatifs à la paix et la sécurité en Afrique.


Libéria : rififi autour de la manne pétrolière

Par Kingsley Ighobor

Lorsque la guerre civile qui a duré 14 ans au Libéria a pris fin il y a 10 ans, les citoyens rêvaient d’un pays où les enfants pourraient aller à l’école en toute sécurité, où les femmes ne seraient pas agressées, où les commerçants pourraient se déplacer d’une ville à l’autre… Aujourd’hui, ces objectifs sont pour la plupart atteints. Mais le pays doit relever un autre défi : la gestion de ses abondantes ressources naturelles, dont le pétrole découvert en 2010.

Avec un taux de croissance estimé à 10,8 % en 2012 par la Banque mondiale, la découverte du pétrole a déclenché à la fois ferveur et peur au Liberia. Même si le pétrole pourrait accélérer le développement du pays, les Libériens n’ont pas oublié que l’une des causes de la guerre a été la mauvaise gestion des ressources forestières ainsi que des ressources en or et en diamants du pays. Beaucoup estiment que la prudence s’impose, le temps de mettre en œuvre les garde-fous requis.

Mais en septembre dernier, le Sénat libérien a préféré l’empressement en adoptant deux projets de loi. Le premier établissait la compagnie nationale du pétrole (National Oil Company of Liberia, NOCAL) en tant qu’entité commerciale et le deuxième définissait la nouvelle réglementation pétrolière. Mais ces projets de loi se sont heurtés à l’opposition de la chambre basse du parlement, dont les membres ont dénoncé l’absence de consultations.

L’approche prudente des élus est en phase avec l’opinion publique. La société civile libérienne s’est en effet majoritairement opposée aux projets, reprochant à Robert Sirleaf, le fils de la Présidente et patron de la NOCAL, d’avoir poussé les sénateurs à les adopter. 

Silas Siakor, Directeur du Sustainable Development Institute, une ONG libérienne qui fait campagne en faveur de l’exploitation judicieuse des ressources naturelles, estime que « M. Sirleaf et ses collègues de la NOCĄL étaient totalement opposés à l’idée d’une contribution des citoyens [au projet de loi]. »  Aculé, M. Sirleaf a démissionné de son poste de directeur de la NOCAL et de celui de conseiller de la Présidente.

Les élus et la société civile ont donc remporté la bataille en poussant le gouvernement à rouvrir un processus d’élaboration de la législation pétrolière. Le gouvernement a aussi lancé une campagne d’explication des projets de loi en question. Un des principaux points d’achoppement concerne l’allocation de 5 % des recettes pétrolières à des projets sociaux. Pendant la campagne, à Saniquellie dans le comté de Nimba, les citoyens ont exigé que cette allocation soit fixée à 10 % au minimum.

Ils ont également refusé d’accorder à la Présidente le pouvoir de nommer les dirigeants de la NOCAL, préférant que cette prérogative soit dévolue aux membres du Parlement. Ils ont encore exigé que les compagnies pétrolières soient tenues de mettre en place une raffinerie de pétrole dans le pays afin de créer des emplois.

Les analystes estiment que le gouvernement prendra sans doute en compte ces nombreux avis. Global Witness, une ONG qui milite pour plus de transparence dans la gestion des ressources naturelles, affirme que le Libéria a besoin de politiques appropriées. Le secteur pétrolier libérien pourrait devenir « l’un des secteurs les mieux gérés du continent et même du monde », estime l’ONG.