Au Kenya, mobilisation contre les changements climatiques

Des initiatives originales pour lutter contre la sécheresse
Afrique Renouveau: 
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Community dam in KenyaUn barrage de sable dans le district de Machakos, au Kenya. Ces barrages peu sophistiqués permettent aux villageois de protéger leurs sources d'eau contre un climat qui se réchauffe au fil des ans.

Photo : Excellent Development

La chaleur est accablante. La poussière abondante. C'est l'aube à Kitui, mais le thermomètre affiche déjà 35 degrés. Il a plu il y a juste un mois, disent les habitants de ce village situé à 400 kilomètres de Nairobi. On a pourtant du mal à les croire. Les arbres ont perdu leur feuillage.

Un récipient à la main, Moli Kituvi, une fillette de sept ans, s'en va d'un pas décidé chercher de l'eau – mission qui pourrait l'emmener loin du village, dans cette région semi-aride. Mais pas à Kitui. Moli parvient aux abords d'un petit espace vert situé à proximité. Du sorgho et d'autres végétaux poussent le long du lit asséché d'un cours d'eau. À l'aide d'une calebasse, Moli creuse dans le sable. À près de 20 centimètres de profondeur, l'eau finit par filtrer. "Je n'ai qu'à attendre moins de cinq minutes et l'eau deviendra parfaitement limpide", explique-t-elle, en souriant. Confirmation peu après. Moli a bientôt rempli son seau. Sa tâche accomplie, elle déclare : "maintenant, je peux aller à l'école". Pour la fillette, ce point d'eau inattendu est un heureux mystère.

Des barrages de sable

Kavinya Kata, éleveuse de 35 ans qui a conduit son bétail au même endroit, sait qu'il n'y a point de mystère. Elle évoque les barrages de sable construits le long de ce cours d'eau saisonnier qui ont transformé l'environnement local et la vie des habitants. "Pendant des années, l'eau s'écoulait dans la rivière après de fortes pluies dans les montagnes, mais les habitants ne savaient pas comment la conserver", se souvient Kavinya. En partie grâce aux barrages de sable, la communauté subvient désormais à ses propres besoins.

Aidés des conseils techniques de la fondation SASOL, une organisation non gouvernementale, des membres de la communauté locale ont choisi un endroit où édifier des barrages de sable. Ils ont élu un comité qui supervise leur construction, mobilise les villageois et s'assure que les barrages sont entretenus. Construits avec du sable au travers du lit du cours d'eau et ses divers bras, ces barrages permettent à l'eau de s'infiltrer progressivement dans le sous-sol environnant et de faire ainsi monter la nappe phréatique. Comme cette eau est retenue sous la surface du sol, son évaporation est minime.

La végétation est aussi devenue plus abondante. Italuu Kakai, un cultivateur, est venu à cet endroit pour couper de l'herbe destinée à nourrir la génisse qu'il garde attachée près de sa maison. Les villageois peuvent aussi tirer de l'eau à l'aide d'une pompe à main installée par la fondation SASOL.

Les barrages de sable de Kitui ne sont pas les seuls de la région. À environ 55 kilomètres de là, à Maito, un groupe d'aide mutuelle applique les mêmes techniques pour cultiver ses champs. "Cela fait plusieurs années que le climat se dégrade, note Ngina James l'un des responsables du groupe. Chaque année, les pluies se font plus rares. Alors nous avons dû trouver des solutions pour survivre dans ces difficiles conditions météorologiques." Les barrages de sable sont pour ce groupe un moyen de s'adapter aux changements climatiques.

Combattre la sécheresse

À Kitui aussi, les conditions météorologiques sont plus difficiles. Par le passé, le district connaissait une petite saison de pluies d'octobre à décembre et une grande saison de mars à mai. Mais depuis 15 ans, les pluies sont devenues irrégulières. Les précipitations varient de 250 à 750 millimètres par an. Les périodes d'aridité sont plus fréquentes pendant les saisons des pluies et le district souffre de la sécheresse. Les habitants craignent que la situation s'aggrave.

Selon Mutinda Munguti, qui dirige la fondation SASOL, les barrages de sable peuvent constituer un précieux atout pour les habitants et contribuer à préserver l'environnement local. Il explique que cette technique "élimine les pénuries d'eau et accroît l'humidité retenue par le sol, ce qui augmente la productivité des terres". Cela réduit également la dégradation des sols en favorisant l'extension de la couverture végétale, ajoute-t-il.

La dégradation des conditions météorologiques touche l'ensemble du pays. Dans sa stratégie nationale d'adaptation aux changements climatiques, publiée en 2010, le gouvernement kényan indique que du fait des sécheresses répétées, les famines sont de plus en plus rapprochées dans le pays. Vingt ans se sont écoulés entre les graves sécheresses de 1964 et 1984, puis 12 ans avant celle de 1996. Deux autres ont suivi en 2004 et 2006. Elles sont devenues annuelles de 2007 à 2009, obligeant le gouvernement à distribuer 528 341 tonnes de secours alimentaires.

"Les changements climatiques auront comme résultat d'accroître la fréquence et l'intensité des conditions météorologiques extrêmes, telles que les inondations et les sécheresses", explique Ayub Macharia de la Commission de l'environnement du Kenya. Cela nuira à la sécurité alimentaire et à la production vivrière, notamment. M. Macharia estime que les coûts seront énormes pour la société et pour l'économie, à moins qu'un plus grand nombre de communautés locales prennent des initiatives pour réduire l'impact des changements climatiques.

Dans le cadre de sa stratégie d'adaptation aux changements climatiques, le gouvernement aide les communautés locales en leur fournissant des informations techniques et en les alertant dès que possible des perturbations météorologiques. Il prévoit aussi d'appuyer à plus grande échelle les activités des villageois, qui consistent par exemple à creuser des canaux pour transporter l'eau des zones humides aux zones arides, à construire des installations municipales de recyclage de l'eau pour réduire la consommation, à aménager des canaux, des réservoirs et d'autres infrastructures pour retenir les eaux de pluie et à protéger les berges des cours d'eau et les bassins hydrographiques.

Associés aux actions locales, ces efforts ne contribuent pas seulement à protéger l'environnement, ils peuvent aussi aider à améliorer les conditions de vie des populations, note M. Munguti. "Dans les communautés qui ont des barrages de sable et d'autres services complémentaires, l'agriculture présente aujourd'hui moins de risques", conclut-il.