Solidarité africaine avec Haïti

Argent, aide alimentaire et médicaments affluent de la “Mère patrie” africaine
Afrique Renouveau: 
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Port au Prince, shortly after the earthquakePort au Prince, peu après le séisme. Bien que l’Afrique soit assaillie par les problèmes, de nombreux pays se sont empressés de venir en aide au peuple sinistré d’Haïti.

Photo: ONU / Marco Dormino

Dans la large mobilisation internationale en faveur d’Haïti, l’Afrique n’a pas été en reste. Responsables politiques, chefs religieux, étudiants, artistes et de nombreux autres Africains ont réagi à l’annonce du tremblement de terre dévastateur du 12 janvier par une démonstration immédiate de soutien et de solidarité.

Au 15 mars, les informations disponibles indiquaient qu’une vingtaine de pays africains avaient fait des dons ou des promesses de dons pour un total de plus de 51 millions de dollars afin de contribuer aux opérations de secours menées en Haïti. Ce n’est là certes qu’une petite fraction des 3,5 milliards de dollars de dons versés ou promis au niveau international, mais c’est néanmoins une contribution notable de la part du continent qui connaît les plus hauts taux de pauvreté dans le monde.

Dans certains pays, des critiques se sont demandé si cet argent n’aurait pas été plus utile sur place. La vie est certes difficile en Afrique, reconnaît le Camerounais Manu Dibango, mais ajoute-t-il, “tout le monde peut faire quelque chose en faveur du peuple haïtien. À chaque fois, les Occidentaux font quelque chose pour les Africains et pourquoi pas des Africains pour des Africains ?”

‘La première république noire’

Les Africains ont une affinité particulière avec Haïti. Son histoire inspire une certaine fierté. Comme l’expliquait une coalition de partis politiques du Burkina Faso dans un message de solidarité, Haïti a été “la première république noire du monde”, une référence à la révolution qui a chassé les planteurs propriétaires d’esclaves et mis fin à la domination coloniale de la France en 1802 – plus d’un siècle et demi avant que la plus grande partie de l’Afrique obtienne sa propre indépendance.

Il existe également des liens plus actuels : de nombreux pays africains ont des citoyens en Haïti, notamment au sein de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) ainsi que dans d’autres organisations internationales, et certains figurent au nombre des 200 000 victimes estimées du séisme.

Au rang des contributeurs, le Maroc s’est engagé à fournir environ 34 millions de dollars d’aide humanitaire, le Ghana a promis 3 millions de secours d’urgence, la République démocratique du Congo (RDC) et la Guinée équatoriale qui ont promis respectivement 2,5 millions et 2 millions de dollars.

Solidarité citoyenne

Alors que le gouvernement sud-africain avait promis une contribution initiale de 1 million de rands (135 000 dollars), les entreprises et organisations du pays ont promis davantage. On estime que les contributions devraient dépasser les 30 millions de rands (4 millions de dollars) que s’est fixée la campagne nationale.

Les organisations de la société civile d’autres pays n’ont pas non plus laissé toutes les initiatives à leur gouvernement. Au Kenya, la Croix-Rouge nationale organise une collecte de fonds, d’aliments et d’autres dons auprès du public. En RDC au Burkina Faso, les églises recueillent les contributions des fidèles. Un concert des vedettes de la scène musicale ghanéenne au bénéfice des victimes baptisé “Le Ghana aime Haïti” a été organisé à Accra. La Chambre de commerce de Namibie a également organisé une campagne de messages par téléphone cellulaire pour recueillir des fonds auprès du public.

Au Sénégal, les syndicats de travailleurs sociaux et de travailleurs de la santé recueillent des médicaments et des vêtements neufs pour les envoyer à Haïti. Des musiciens sénégalais et d’autres pays africains ont organisé un concert “L’Afrique pour Haïti” à Dakar et recueillent des fonds supplémentaires avec la vente d’un disque enregistré collectivement. Le Comité d’initiative Sénégal-Haïti , organisé par des citoyens sénégalais et des habitants des Antilles qui vivent au Sénégal, fait campagne pour un effort de solidarité qui s’inscrit dans une perspective à long terme.

Un collectif d’universitaires d’Afrique du Sud, du Bénin, des États-Unis, du Ghana, de la Guadeloupe, de Guinée, du Sénégal et du Soudan projette d’affréter un navire qui sera rempli de marchandises au cours d’escales dans divers pays de la côte ouest de l’Afrique avant de prendre la direction d’Haïti. Le but de cette opération est, selon l’universitaire sénégalais Malick Ndiaye, de “délivrer le message de l’Afrique Mère patrie à ses fils et filles outre-Atlantique.”