L’Afrique, priorité du nouveau chef de l’ONU

M. Ban Ki-moon place l’Afrique au cœur des préoccupations internationales
Afrique Renouveau: 
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Mr. Ban Ki-moon visiting the Kibera slum in Nairobi Visite de M. Ban Ki-moon dans le bidonville de Kibera, à Nairobi (Kenya), à l’occasion de son premier voyage officiel en qualité de nouveau Secrétaire général de l’ONU.
Photo: Reuters / Selome Samuel

Lors de son premier déplacement officiel en qualité de Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon a garanti aux dirigeants africains que le continent resterait l’une des grandes priorités de l’Organisation. L’Afrique a beaucoup progressé grâce à la communauté de vues des pays du continent, a-t-il souligné à la réunion au sommet de l’Union africaine (UA) tenue à Addis-Abeba (Ethiopie), le 29 janvier, quatre semaines seulement après son entrée en fonction. “C’est encore la communauté de vues qui définit le partenariat de l’Afrique avec les Nations Unies, alors que nous abordons ensemble une série de problèmes communs”, a-t-il ajouté.

Parmi les défis à relever, le Secrétaire général a cité les tentatives de règlement des conflits actuels en Côte d’Ivoire, en Somalie et au Soudan, la consolidation de la paix dans les pays qui sortent d’une guerre, la lutte contre les maladies, la réduction de la pauvreté, la promotion d’un développement diversifié et l’atténuation des effets néfastes des changements climatiques.

M. Ban Ki-moon a par ailleurs affirmé à la presse que sa “présence en Afrique, dès le premier mois de [sa] nomination au poste de Secrétaire général de l’ONU”, reflétait le renforcement des liens entre l’ONU et l’Union africaine et la haute priorité qu’il accordait au continent.

La tournée de M. Ban en Afrique, sa décision de nommer une Africaine (l’ancienne Ministre des affaires étrangères de la Tanzanie, Mme Asha-Rose Migiro) au poste de Vice-secrétaire générale de l’ONU, et ses déclarations répétées sur l’importance qu’il attachait au continent se sont produites alors que l’on craignait en Afrique que le départ de l’ancien Secrétaire général, le Ghanéeen Kofi Annan, entraîne un revirement des positions de l’Organisation sur l’Afrique. Le quotidien indépendant L’Observateur Paalga du Burkina Faso a bien résumé cette crainte en titrant : “L’ONU : changement d’hommes, changement de priorités”.

M. Ban a implicitement reconnu ces inquiétudes dans l’allocution qu’il a prononcée au sommet de l’UA. Après avoir été dirigée pendant une quinzaine d’années par des Africains (M. Annan et son prédécesseur, l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali), l’ONU a désormais à sa tête un non-Africain, a noté M. Ban, originaire de la République de Corée. “Mais comme tous les habitants de la planète, a-t-il déclaré aux chefs d’Etat, mes origines remontent au berceau de l’humanité, l’Afrique, et j’en suis fier.”

Kofi Annan and Ban Ki Moon Le Secrétaire général sortant, Kofi Annan, a appelé les Africains à coopérer avec son successeur pour faire avancer la cause du continent.
Photo: UN / Eskinder Debebe

La priorité accordée par l’ONU à l’Afrique tient à la pénible réalité du continent, a indiqué le Secrétaire général adjoint pour l’Afrique, Legwaila Joseph Legwaila. “On ne cesse de rappeler à l’opinion publique le carnage qui se produit dans des endroits comme le Darfour et les ravages provoqués par l’épidémie du sida, explique-t-il à Afrique Renouveau. En outre, on nous présente toujours comme le continent le plus pauvre de la planète.” A son avis, les problèmes qui affligent l’Afrique ne changeront pas parce que l’ONU est désormais dirigée par un Asiatique. “Le continent continuera de connaître les mêmes problèmes”, assure-t-il.

Priorité systématique

La priorité accordée par l’ONU à l’Afrique précède de loin l’accession d’un Africain à la tête de l’Organisation. Dès 1986, l’Assemblée générale des Nations Unies a ainsi convoqué, à la demande des pays africains, une session extraordinaire consacrée à l’examen des moyens nécessaires pour sortir le continent de la crise économique sans précédent qu’il traversait. Des délégués africains, des représentants de pays donateurs riches et d’autres régions de la planète sont convenus d’adopter un Programme d’action de cinq ans pour le redressement économique et le développement de l’Afrique. Le programme s’apparentait à un pacte qui, pour la première fois dans l’histoire des Nations Unies, s’appliquait à une seule région de la planète. Aux termes de ce programme, les pays africains s’engageaient à mettre en oeuvre des réformes économiques radicales et les donateurs à fournir une aide accrue et d’autres formes d’assistance.

A l’issue du programme, le Secrétaire général de l’époque, M. Javier Pérez de Cuéllar, a dû constater qu’en dépit des nombreuses initiatives et des progrès indéniables réalisés par l’Afrique en matière de démocratisation, les conditions économiques et sociales du continent s’étaient détériorées pendant cette période. L’Assemblée générale a réagi en proposant un autre programme, de 10 ans cette fois-ci, le Nouvel Ordre du jour des Nations Unies pour le développement de l’Afrique dans les années 1990. Les résultats obtenus pendant cette période n’ont toutefois pas été meilleurs.

Les dirigeants africains ont alors décidé de prendre les choses en main. En 2001, ils ont adopté le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), un programme mis au point par les Africains, qui a pour but d’établir la paix et de promouvoir le développement dans l’ensemble du continent. “Pour la première fois, les Africains ont décidé de ne plus attendre que l’Assemblée générale présente son plan, explique M. Legwaila. Ils ont compris qu’ils devaient prendre leur destin en main."

L’Assemblée générale a salué cet engagement des pays africains et, plutôt que d’élaborer un nouveau plan, elle a estimé en novembre 2002 qu’il valait mieux que la communauté internationale apporte son concours aux efforts déployés par l’Afrique dans le cadre du NEPAD.

En septembre 2005, les dirigeants politiques du monde entier se sont rassemblés au Siège de l’ONU pour examiner les progrès accomplis dans la réduction de la pauvreté dans le monde et la réalisation des autres objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Conscients du retard important pris par l’Afrique dans la réalisation des OMD, les dirigeants réunis à New York ont consacré un chapitre spécial du document final du sommet aux besoins particuliers du continent. Ils y ont réaffirmé l’appui de la communauté internationale au NEPAD et s’y sont engagés à fournir une aide accrue, à multiplier les mesures d’allègement de la dette, à offrir de nouvelles perspectives commerciales et d’autres formes d’assistance.

Pour les multiples institutions qui constituent les Nations Unies, l’Afrique est devenue une priorité systématique. La plupart des opérations de maintien de la paix et des activités humanitaires de l’ONU ont lieu en Afrique. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) consacre près de la moitié de ses dépenses au financement de programmes de base en Afrique, soit quelque 680 millions de dollars dans 45 pays subsahariens, en 2005 seulement.

Le docteur Margaret Chan, qui a pris ses fonctions de Directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) début janvier, a annoncé que ses deux objectifs principaux seraient l’amélioration de la santé des femmes et des Africains. “Le nombre d’Africains en mauvaise santé ou qui meurent prématurément est énorme et disproportionné”, a-t-elle relevé, en engageant son organisation à contribuer au renforcement des systèmes de santé africains.

Passer le relais

Dressant le bilan de ses succès et de ses échecs à l’issue des 10 années passées à la tête de l’ONU, M. Annan a estimé que l’une de ses plus grandes réussites était d’avoir attiré l’attention de la communauté internationale sur la lutte contre la pauvreté.

Dans un discours prononcé à l’Assemblée générale en septembre 2006, M. Annan a rappelé qu’au moment de son entrée en fonction, en 1997, trois grands défis se posaient à son avis à la communauté internationale: la distribution équitable des bénéfices de la mondialisation, l’apaisement des tensions héritées de l’après-guerre froide et la promotion des droits de l’homme.

Bien qu’étant de portée mondiale, ces problèmes le touchent directement aussi, en tant qu’Africain, a expliqué M. Annan. “L’Afrique risquait d’être tenue à l’écart des bienfaits de la mondialisation, a-t-il souligné. Le continent était le théâtre de certains des conflits les plus longs et les plus sanglants de la planète et une grande partie de sa population avait le sentiment d’être injustement vouée à l’exploitation et à la répression, le régime colonial ayant été remplacé par un ordre économique inéquitable à l’échelle internationale et, parfois, par des dirigeants et chefs de guerre corrompus au niveau local."

M. Annan a mis à profit ses origines africaines pour aborder ouvertement avec ses interlocuteurs africains un certain nombre de questions que ceux-ci préféraient parfois éviter. Il a ainsi incité avec fermeté les dirigeants africains à redoubler d’efforts pour garantir et promouvoir le respect des droits de l’homme.

Ces droits “ne sont pas l’apanage des pays riches”, a-t-il souligné.

Evoquant la notion de “devoir de protection”, M. Annan n’a cessé d’encourager les dirigeants africains à combattre les génocides et violations massives des droits de l’homme chez leurs voisins, les incitant à sortir de leur mutisme traditionnel sur la question. Il les a par ailleurs exhortés à s’exprimer sans ambages et publiquement sur la question du VIH/sida et à consacrer des ressources plus importantes à la lutte contre l’épidémie.

En décembre, lorsqu’il a été décidé que M. Ban serait le nouveau Secrétaire général, M. Annan a invité les représentants africains auprès de l’ONU à coopérer avec son successeur pour promouvoir la cause de l’Afrique et l’action menée en faveur du continent. Pour sa part, M. Ban s’est engagé à suivre la voie tracée par son prédécesseur.

Les méfaits de la guerre

Comme M. Ban a pu s’en rendre compte lui-même lors de sa tournée africaine, les objectifs que l’ONU s’est fixés pour l’Afrique sont particulièrement ambitieux. Mais la première priorité à son avis est de tenter d’instaurer la paix et la sécurité sur le continent. Lors du sommet de l’UA à Addis-Abeba, M. Ban a évoqué ses propres souvenirs d’enfance dans une Corée déchirée par la guerre, qui lui ont appris “que la guerre privait les individus de la possibilité de bâtir une vie décente et des sociétés entières de la chance de prospérer”.

Pour aider l’Afrique à envisager un avenir plus pacifique, l’ONU y déploie plus des deux tiers de tous ses Casques bleus, a précisé M. Ban. C’est ainsi qu’en janvier 2007, l’Organisation comptait environ 55 100 soldats et policiers en uniforme déployés dans le cadre de six missions africaines : en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo (RDC), au Libéria, au Soudan et au Sahara occidental, ainsi que sur la frontière entre l’Ethiopie et l’Erythrée.

Par ailleurs, M. Ban a annoncé que, dans le cadre de son nouveau Fonds pour la consolidation de la paix, l’ONU venait d’allouer 35 millions de dollars au renforcement de la paix au Burundi (35 millions de dollars ont également été affectés à la Sierra Leone en mars). Le Secrétaire général a par ailleurs réaffirmé le soutien de l’Organisation aux efforts que déploie l’UA pour créer son propre dispositif de maintien de la paix et de règlement des conflits.

Certains pays ont accompli des progrès considérables dans ce domaine. La RDC, aux lendemain de ses premières élections démocratiques depuis 40 ans, donne désormais “de véritables raisons d’espérer à l’Afrique tout entière”, a déclaré M. Ban lors de sa visite dans ce pays d’Afrique centrale. A son avis, le Libéria constitue également un “brillant exemple”.

Le Secrétaire général reconnaît en revancheque les conflits en Côte d’Ivoire et en Somalie sont plus difficiles à régler. Le Darfour, dans la région occidentale du Soudan, constitue la situation la plus préoccupante actuellement. M. Ban a rencontré à ce sujet le Président soudanais Omar al-Bashir pour obtenir l’accord des autorités soudanaises en vue du déploiement dans la région d’une force mixte de maintien de la paix ONU-UA. “La population du Darfour attend depuis trop longtemps”, a déclaré M. Ban à l’issue de l’entretien.

La violence s’étant propagée du Darfour au Tchad voisin, M. Ban a recommandé dans un rapport adressé en février au Conseil de sécurité que l’ONU autorise également la constitution d’une mission d’environ 11 000 hommes stationnés dans la partie orientale du Tchad, pour décourager les incursions armées transfrontalières et protéger les 120 000 Tchadiens déplacés et les 232 000 réfugiés soudanais qui s’y trouvent.

Les changements climatiques

La lutte contre la pauvreté et la promotion du développement économique et social constituent également des objectifs très ambitieux pour l’Afrique, et le nouveau Secrétaire général a profité de sa visite dans le bidonville de Kibera, à Nairobi (Kenya), pour en souligner l’importance.

Alors qu’une poignée de pays d’Afrique ont atteint des taux de croissance économique raisonnablement satisfaisants et progressent dans la réalisation d’une partie au moins des OMD, la plus grande partie du continent a pris un net retard, a constaté M. Ban dans son allocution à l’UA. Pour y remédier, il a annoncé la constitution prochaine d’un groupe de travail composé des principaux acteurs africains, de représentants d’organisations internationales et de pays donateurs – une “coalition de volontaires” en somme, pour formuler un plan d’action facilitant la réalisation des OMD en Afrique.

M. Ban a fait valoir à Addis-Abeba que les conséquences néfastes des changements climatiques, qu’il a fréquemment évoqués depuis son entrée en fonction, “risquaient de nuire de façon disproportionnée aux pays les plus pauvres du continent”. Selon les prévisions de l’ONU, 30 % des infrastructures côtières de l’Afrique risquent d’être inondées par la montée des niveaux de la mer provoquée par le réchauffement planétaire, plus d’un quart des habitations détruit d’ici 2085, et des dizaines de millions d’habitants mises en danger. “Il est grand temps que la communauté internationale aide l’Afrique à s’adapter aux effets du réchauffement planétaire”, a-t-il dit.

Le continent connaît de nombreux problèmes mais il a aussi un énorme potentiel. M. Ban a donc réaffirmé aux Africains que leurs préoccupations feront l’objet d’une attention prioritaire.

Ban Ki-moon, un diplomate chevronné

M. Ban Ki-moon, huitième Secrétaire général de l’ONU, a à son actif plus de 37 ans d’expérience dans la fonction publique. Il a auparavant été Ministre des affaires étrangères et du commerce de son pays, la République de Corée, et conseiller en chef pour la sécurité nationale. Pendant les années 1970, il a été Premier secrétaire de la Mission permanente de son pays auprès des Nations Unies à New York et Directeur de la Division de l’ONU au Ministère des affaires étrangères de Séoul. En 1999, en qualité d’Ambassadeur de la République de Corée auprès des Nations Unies à Vienne, M. Ban a présidé la Commission préparatoire de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. De 2001 à 2002, il a été Chef de cabinet de la Présidence de la République de Corée à l’Assemblée générale des Nations Unies. M. Ban a par ailleurs contribué activement à l’instauration de relations intercoréennes, en tant que Vice-président de la Commission conjointe Nord-Sud de contrôle nucléaire, en 1992, et, Ministre des affaires étrangères, en 2005 - il a alors été l’un des principaux architectes de l’accord historique destiné à promouvoir la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne.