RDC : Le chef de l’ONU s’allie au dirigeant de la Banque mondiale

Une nouvelle alliance envoie des troupes et des fonds
Afrique Renouveau: 
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Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon (à droite) et le Président de la Banque mondiale Jim Yong Kim lors d’une conférence de presse à Kinshasa en RDC. Photo: Banque mondiale/Dominic Chavez

Tandis que la brigade d’intervention de l’ONU prend position pour affronter les rebelles dans l’est de la République démocratique du Congo, certains Congolais nourrissent l’espoir de voir enfin les troupes mener à terme leur mission, aider à bâtir la paix et la stabilité dans la région et préparer le terrain pour la relance économique. Cet optimisme est toutefois empreint de prudence : le pays a souvent connu de brèves périodes de paix rapidement suivies d’intenses combats.

Préoccupé par les violences perpétrées par les groupes armés dans l’est de la RDC, le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé en mars le déploiement d’une brigade d’intervention de 3 000 hommes. Cette décision constitue une entorse aux pratiques antérieures. Alors que le mandat de l’actuelle Mission des Nations Unies en RDC (MONUSCO) est d’utiliser tous les moyens nécessaires pour protéger les civils, le conseil a armé la brigade d’un mandat plus musclé l’autorisant à « mener, seule ou avec les forces armées de la RDC, des offensives ciblées ». 

Le Conseil a aussi accordé à la toute première unité de combat d’attaque onusienne une période initiale d’un an pour neutraliser la rébellion, mais il a fait preuve d’assez de souplesse pour permettre des prorogations (tout en définissant clairement une stratégie de retrait) selon les résultats obtenus. Les opérations ont débuté en juin contre les rebelles du tristement célèbre Mouvement du 23 mars (M23) et d’autres groupes armés congolais et étrangers qui depuis plus de dix ans mettent à feu et à sang l’est de la RDC. 

Pour focaliser l’attention mondiale sur la région des Grands Lacs et apporter un soutien politique, diplomatique et économique à la dernière initiative régionale de paix de la communauté internationale, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est allié au Président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, lors d’un voyage historique en RDC, au Rwanda et en Ouganda. Leur visite avait aussi pour but de présenter l’alliance inédite entre les deux organisations, qui entre dans le cadre d’une nouvelle stratégie visant à résoudre les conflits et stimuler le développement économique dans la région.

M. Ban a déclaré aux journalistes présents dans la ville de Goma que cette mission de « paix » et de « développement » menée avec le président de la Banque était « sans précédent dans l’histoire » des deux institutions. 

Makhtar Diop, ancien Ministre sénégalais de l’économie et des finances et actuel vice-président de la Banque pour la région Afrique, a cité sur son blog deux raisons expliquant l’importance de cette visite. D’abord, écrit-il, elle met en évidence « une nouvelle ère d’institutions internationales collaborant pour promouvoir la stabilité ». Enfin, « elle signale aux citoyens des pays fragiles touchés par un conflit notre engagement : nous ne vous délaisserons pas ».

Envoi de troupes et de fonds

Le conflit meurtrier en RDC, un pays presque aussi grand que l’Europe occidentale, résiste depuis longtemps aux solutions. Depuis des décennies, la multitude de maux qui accablent le pays déconcerte les observateurs, cause d’indicibles souffrances et de millions de morts, et détruit son infrastructure. La stratégie de l’ONU, cette fois-ci en partenariat avec la Banque mondiale, comporte deux volets : une démonstration de force et des incitations économiques à la paix. 

La brigade utilisera notamment des hélicoptères de combat pour monter les attaques et des véhicules aériens sans pilote, dits drones, pour les missions de renseignement. Les stimulants économiques en complément de la brigade se présentent sous la forme d’un financement d’un milliard de dollars assuré par la Banque. Les fonds serviront à construire ou à remettre en état les centrales hydroélectriques, les routes et l’infrastructure agricole le long de la frontière de la RDC avec le Rwanda et l’Ouganda. 

« Ce financement aidera à relancer le développement économique, créer des emplois et améliorer les conditions de vie des populations qui souffrent depuis bien trop longtemps », a déclaré M. Kim. Et d’ajouter : « Les dirigeants de la région des Grands Lacs peuvent désormais, en relançant l’activité économique et en améliorant les conditions de vie dans les zones frontalières, rétablir la confiance, renforcer les économies et ouvrir de nouvelles perspectives à des millions de personnes. »

« En substance, observe l’hebdomadaire londonien The Economist, l’idée de M. Ban et de M. Kim consiste à utiliser la puissance financière de la Banque mondiale pour soutenir les desseins politiques de l’ONU. » D’après l’hebdomadaire, M. Kim a glissé à M. Ban sur le ton de la plaisanterie : « Vous vous chargez des troupes et nous de l’argent. » 

« Un accord de paix doit rapporter des dividendes de paix », a déclaré à Kinshasa M. Ban après la rencontre des deux dirigeants avec le Président du Congo Joseph Kabila. 

Garants de la paix

La visite conjointe a débuté en RDC, où M. Ban et M. Kim se sont entretenus avec le Président Kabila. Ils ont ensuite traversé la frontière pour des pourparlers avec le Président rwandais Paul Kagame avant de rencontrer le Président ougandais Yoweri Museveni. 

L’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération, signé par 11 chefs d’État africains le 24 février à Addis-Abeba (Éthiopie), était au cœur de cette visite. Dans le cadre de cet accord, les pays de la région des Grands Lacs se sont engagés à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des États voisins et à ne pas fournir une assistance ou un soutien quelconque aux groupes armés de la région.

Pour être crédible, cet accord nécessitait des garants de la paix. Se sont ainsi portés garants l’ONU, l’Union africaine, la Communauté de développement de l’Afrique australe et le Président Museveni en sa qualité de président de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. 

L’accord-cadre ne porte pas simplement sur la sécurité, s’est empressé de souligner M. Ban. Sa conception est telle qu’il permet de jeter les bases d’un dialogue politique censé créer les conditions de paix et de développement économique en RDC et dans la région. 

Certains craignent que les offensives de la brigade poussent le M23 et les autres rebelles à attaquer des cibles vulnérables en représailles, en particulier les civils. Un consortium d’organisations internationales non gouvernementales présentes en RDC a écrit à M. Ban pour lui demander que la brigade assure prioritairement la protection des civils. 

S’adressant aux journalistes après sa rencontre avec le Président Museveni, M. Ban a clairement indiqué que « la brigade ne peut assumer et n’assumera pas la responsabilité première du Gouvernement de la RDC » qui est de préserver l’intégrité du territoire. « La responsabilité première incombe donc au gouvernement de la RDC, et dans ces limites, nous ferons de notre mieux », a-t-il dit.

Se faisant l’écho de la promesse de M. Ban de faire de son mieux pour bâtir la paix en RDC, M. Diop, le vice-président de la Banque mondiale, a pris un engagement similaire : « Nous ne pouvons simplement pas atteindre notre objectif d’éradiquer l’extrême pauvreté et de promouvoir la croissance en une génération à moins d’aider les populations des pays fragiles et touchés par des conflits. Ce sont eux qui ont le plus besoin de nous. » Ces déclarations, si elles se traduisent par des actions sur le terrain, justifieront probablement l’optimisme circonspect des Congolais.