Afrique Numerique

page 31

Suivi du bétail informatisé

Par Pavithra Rao

À une époque, où la vitesse prime sur tout et où la connectivité sans fil est partout, la haute technologie est désormais au service des éleveurs dans les zones rurales d’Afrique. Déjà utilisé pour le suivi des animaux sauvages, le GPS (Global Positioning System ou système mondial de localisation) permet à certains petits et grands exploitants, notamment au Kenya, au Bostwana et en Afrique du Sud de mieux gérer leur bétail.

Le suivi d’un animal s’effectue après lui avoir fait avaler un «comprimé» qui permet de le suivre, ou après lui avoir implanté une micropuce électronique ou encore par une technique de marquage d’oreille. Une fois que l’animal est équipé d’un tel dispositif, la technologie GPS permet de le localiser avec précision et d’alerter ses propriétaires en cas de disparition ou de vol.

Grâce aux systèmes GPS, les éleveurs peuvent identifier avec précision l’emplacement de leur bétail n’importe où.

Cette technologie pourrait également permettre aux agriculteurs de maîtriser les épidémies. Ebby Nanzala du New Agriculturalist, un magazine en ligne consacré à l’agriculture tropicale, en explique le fonctionnement: «Au moyen d’un marquage unique de l’animal [les éleveurs] peuvent eux-mêmes gérer les données. Si une épidémie se déclare, elle est plus facile à repérer et à endiguer. »

M. Nanzala ajoute que cette technologie, bien qu’onéreuse, est cependant moins chère que la perte d’animaux par vol ou par maladie. Il note que le soutien du gouvernement réduirait le coût de ce système de repérage par GPS, «qui peut être utilisé et réutilisé pendant plus de trente ans.»

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a parallèlement, créé une application GPS pour téléphone mobile qui rappelle aux éleveurs les calendriers de vaccination et les soins vétérinaires de leurs animaux et les tient informés en cas d’épidémie.


Quand les TIC attirent de «grands» investisseurs

Par Geoffrey Kamadi

Au Kenya, les petits exploitants agricoles peuvent désormais stocker et gérer les données sur la teneur en pesticides de leurs récoltes avant de les exporter, grâce à une plateforme mobile de type «cloud» qui assure le suivi des résidus de pesticides dans les fruits et légumes. Selon le quotidien kényan Business Daily, le logiciel Farmforce, que l’on doit à Syngenta, la Fondation suisse pour une agriculture durable, va progressivement remplacer la tenue manuelle de registres par une version en ligne qui pourra être consultée gratuitement par les agriculteurs via un téléphone mobile.

Appuyée par le Gouvernement suisse, la Fondation Syngenta a développé en 2011 une plateforme de 2 millions de dollars avec l’aide d’une équipe suisse et d’une équipe de soutien kényane.

En outre, cette technologie n’est pas limitée à l’horticulture et peut être utilisée pour tous types de cultures.

John Wahngombe (à gauche), agriculteur à Murugaru, Kenya, utilise une application pour téléphone mobile pour 	consulter le prix des produits dans la capitale, Nairobi, avant de vendre ses récoltes à des intermédiaires.

Déjà, le Ghana, le Guatemala, l’Indonésie, le Nigéria et le Zimbabwe ont exprimé leur intérêt pour cette plateforme particulièrement utile lorsque les normes de qualité et les exigences de traçabilité pour les marchés formels posent un problème.

Selon le recueil de référence électronique 2011 de la Banque mondiale sur les TIC dans l’agriculture, le Kenya, avec 5 millions d’agriculteurs, dont certains pratiquent l’agriculture de subsistance et d’autres l’agriculture industrielle, constitue un foyer d’innovation technologique pour la communauté agricole.

L’Ouganda utilise aussi une plateforme mobile de type «cloud» pour regrouper les informations agricoles et les services financiers conçus pour les petits exploitants, rapporte le Christian Science Monitor. C’est ainsi que les agriculteurs peuvent commander et payer des semences et des engrais à partir de leurs téléphones portables, et vendre leurs produits en ayant recours au même service. 


L’évolution de l’agriculture en Afrique passe par la téléphonie mobile

By Nirit Ben-Ari
 
Au lieu d’échanger des potins sur la vie privée des célébrités, les agriculteurs africains se servent de leur portable pour partager des informations sur la météo, les prix des produits agricoles sur les marchés voisins, contrôler la fécondité de leurs animaux d’élevage. 
 
La technologie mobile est simple, conviviale, et surtout, abordable. Elle permet aux petits exploitants agricoles d’améliorer la qualité de leurs cultures, de se prémunir contre les pertes de récoltes et d’argent dues à la sur-ou à la sous-exploitation  des sols et de s’assurer contre les jours pluvieux  - littéralement.
 
Le marché électronique
 
Depuis l’introduction des systèmes d’informations de marchés mobiles, d’autres brevets agricoles téléphoniques ont été déposés dans toute l’Afrique en raison de la prolifération des services mobiles et de la baisse des coûts liés aux données. 
 
Ainsi le logiciel de SMS e-Soko («marché électronique» en swahili) permet aux agriculteurs de recevoir des informations sur les prix du marché, à la fois de gros et de détail, de leurs cultures. Ceci leur  permet d’apporter leurs récoltes au bon moment, d’éliminer les intermédiaires et de passer de nouvelles commandes.
 
Selon Citi 97.3, une radio basée à Accra au Ghana, sans les informations sur les prix reçus, grâce aux messages envoyés par les agents de vulgarisation, les agriculteurs ignorent souvent les prix de vente en vigueur, et peuvent par conséquent perdre des possibilités de vente ou de l’argent. « Parfois, ce sont les intermédiaires qui dictent leurs propres prix aux agriculteurs. Ceux-ci acceptent généralement même les offres insuffisantes, en deçà du coût de production, qui les appauvrissent.
 
C’est à ce niveau qu’e- Soko entre en jeu: des représentants d’e-Soko visitent tous les jours 50 marchés à travers le pays pour recueillir les prix actualisés des denrées. Ces informations sont transmises aux centres d’e-Soko, qui les compressent et les transforment en textos courts qui sont ensuite envoyés à tous les agriculteurs abonnés. Parmi les autres informations fournies par ce même service on compte la météo et des rappels concernant le labourage et l’ensemencement des champs, l’épandage des engrais, le contrôle des mauvaises herbes et la récolte.
 
Une assurance  pour le prix d’un kilo de maïs
 
Les habitants des zones rurales agriculteurs autonomes depuis des générations ignorent souvent combien il importe de s’assurer pour protéger leurs moyens de  subsistance. Souvent, ils ne peuvent pas se payer une assurance conventionnelle. Selon la publication en ligne sud-africaine How We Made It In Africa, une société kényane a mis au point une solution simple. Elle a lancé un produit qui s’appelle Kilimo Salama («agriculture sans danger» en swahili) qui protège les petits exploitants agricoles contre les conditions météorologiques défavorables telles que les inondations ou la sécheresse.
 
Kilimo Salama permet aux agriculteurs de s’assurer pour le prix d’un kilogramme de maïs, de semences ou d’engrais. Pour être couvert par cette police d’assurance, il suffit à un exploitant de payer un montant très faible en plus du prix d’un sac de semences, d’engrais ou d’autres intrants. En cas de conditions météorologiques extrêmes, la compagnie d’assurance, le groupe UAP Insurance, couvre les intrants pour lesquels l’agriculteur a payé une prime. Le paiement de l’assurance se fait au moment de l’achat d’intrants, par un courtier qui se sert de l’appareil photo d’un téléphone portable et d’un lecteur de codes barres spécial. Tous les transferts d’argent sont effectués par M-Pesa, un service de micro- financement et de transfert d’argent par téléphone .
 
Une autre innovation utile est le programme CocoaLink, que la chocolaterie américaine Hershey a mis en place en Afrique de l’Ouest, où 70% du cacao mondial est produit. Encore une fois, les agriculteurs utilisent des téléphones mobiles, jusqu’ici au Ghana seulement, pour diffuser des informations sur des sujets agricoles tels que la sécurité de l’exploitation, la santé, la prévention des maladies des cultures, la production post-récolte et la commercialisation des cultures. 
 
Fin 2013, plus de 3 700 agriculteurs étaient abonnés au service CocoaLink, dont  95% étaient des producteurs de cacao dans 15 communautés rurales de la région occidentale du Ghana. Environ 100 000 messages ont déjà été envoyés par le biais de CocoaLink et 40%  des cultivateurs abonnés ont suivi des formations gérées par la World Cocoa Foundation, une organisation d’entreprises ayant des intérêts dans l’industrie du cacao, et qui vise à promouvoir des économies cacaoyères durables.
 
iCow
 
Une autre innovation vient du Kenya, où les exploitants peuvent désormais suivre les cycles de fécondité individuels de leurs vaches en utilisant l’application mobile iCow. L’application suit chaque vache ou  génisse et génère un calendrier complet de fécondité personnalisée pour chaque bête. 
 
Cette application est également utilisée pour aider les agriculteurs à accroître leur production laitière. Selon Green Dreams, la première exploitation certifiée biologique au Kenya, qui a développé iCow, plus de 1,6 million de producteurs laitiers au Kenya, dont la majorité sont des petits paysans, utilisent des méthodes rudimentaires pour gérer le cycle œstral de leurs vaches et leur production de lait. 
 
Résultat, ces agriculteurs ne peuvent vendre que 3 à 5 litres de lait par jour en moyenne alors que, selon les calculs, il faut un minimum de 15 litres par jour pour permettre à une famille de dépasser le seuil de pauvreté. 
 
Performances du secteur agricole africain
Les autres services proposés par iCow comprennent notamment le suivi de l’alimentation ; l’affichage des coordonnées des vétérinaires locaux et les prix des bovins sur le marché ; la production d’un calendrier consacré au veau pour veiller à ce que les veaux soient élevés suivant les meilleures pratiques et puissent ainsi atteindre leur potentiel génétique optimal, l’établissement d’un calendrier de vaccination personnalisable et la fourniture de services d’information concernant la santé, le régime alimentaire, la nutrition, les maladies et les affections. 
 
Bien que ces technologies simples transforment l’agriculture à petite échelle en Afrique rurale, «les connaissances et le savoir-faire propres à l’agriculture africaine ne sauraient se réduire à la messagerie SMS ni être accessibles exclusivement par téléphone portable», souligne le Future Agriculture Consortium, un groupe d’organismes de recherche basé en Afrique. «Le véritable défi consiste à exploiter la puissance de la technologie de communication mobile» afin de passer au niveau supérieur : une agriculture africaine ultramoderne.