La Banque mondiale annonce un milliard de dollars de financement au bénéfice de la région des Grands Lacs en Afrique

Kinshasa, RDC

Au premier jour d'une mission conjointe historique des Nations Unies et du Groupe de la Banque mondiale dans la région des Grands Lacs, le Groupe de la Banque mondiale annonce un projet de financement  d'un montant d'un milliard de dollars destiné à aider les pays de la région à fournir de meilleurs services de santé et éducation, accroître les échanges transfrontaliers et financer des projets hydroélectriques, le tout afin d'appuyer l'accord de paix de la région des Grands Lacs signé par 11 pays en février dernier.  

Le président du Groupe de la Banque mondiale Jim Yong Kim, qui effectue une visite de trois jours avec le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon en République démocratique du Congo (RDC), au Rwanda et en Ouganda, a déclaré que la sécurisation et le développement de la région des Grands Lacs sont essentiels aux efforts déployés par l'Afrique pour réduire l'extrême pauvreté et créer des opportunités économiques  pour des millions de personnes. 

« Nous avons déployé des efforts extraordinaires pour mobiliser un milliard de dollars de financement supplémentaire parce que nous estimons que cela peut contribuer grandement à une paix durable dans la région des Grands Lacs, » déclare M. Kim. « Ce financement aidera à relancer le développement économique, créer des emplois et améliorer les conditions de vie des populations qui souffrent depuis bien trop longtemps. Les dirigeants de la région des Grands Lacs peuvent désormais, en vertu de la relance de l'activité économique et l'amélioration des conditions de vie dans les zones frontalières, rétablir la confiance, renforcer les économies et ouvrir de nouvelles perspectives à des millions de personnes.» 

Selon M. Kim,  le nouveau projet régional de financement, assorti d’un taux d'intérêt nul, et accordé par l'Association internationale de développement (IDA)* viendra appuyer deux grandes priorités de développement régional : le rétablissement des moyens de subsistance des populations vivant dans la région des Grands Lacs qui  ont considérablement souffert pendant les périodes de conflit; et la relance et l'expansion de l'activité économique transfrontalière pour créer plus d'opportunités et susciter une intégration plus poussée dans les domaines de l'agriculture, l'énergie, le transport et le commerce régional.

Le financement supplémentaire que propose la Banque mondiale comprend environ 100 millions de dollars destinés à soutenir l'agriculture et améliorer les moyens de subsistance en milieu rural pour les populations déplacées à l'intérieur des pays et les réfugiés de la région ;  340 millions de dollars pour le financement du projet hydroélectrique Rusumo Falls d'une puissance de 80 megawatts au profit du Burundi, du Rwanda et de la Tanzanie ; 150 millions de dollars pour la réhabilitation des projets hydroélectriques Ruzizi I et Ruzizi II et le financement de Ruzizi III qui alimentera en électricité le Rwanda, le Burundi et la RDC ; 165 millions de dollars pour la construction de routes en RDC, notamment dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Province Orientale ;  180 millions de dollars pour améliorer les infrastructures et la gestion des ressources frontalières le long de la frontière entre le Rwanda et la RDC ;  et des millions de dollars de financements supplémentaires destinés aux laboratoires de santé publique, au secteur de la pêche et aux programmes de facilitation des échanges, etc.

Si d'autres régions de l'Afrique subsaharienne connaissent des taux de croissance importants, les pays de la région des Grands Lacs ont enregistré des taux de pauvreté extrêmement élevés et des performances très faibles en ce qui concerne les services de base tels que l'accès à l'électricité. Le rendement agricole est aussi relativement faible. Un aspect fondamental de l'approche de développement adoptée par le Groupe de la Banque mondiale dans la région consiste à augmenter la production énergétique et accroître l'interconnectivité pour tirer parti de sources d'énergie hydroélectrique et géothermique renouvelables et à moindre coût. Exploiter le potentiel hydroélectrique de la RDC, en particulier, permettra au Burundi et au Rwanda d'avoir accès à une énergie à faible coût et de jouer le rôle qui leur revient au plan de la stabilité régionale. Il n'existe actuellement aucun réseau régional, et l'interconnectivité entre les pays de la région reste très limitée.

À Kinshasa, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon s'est félicité de ce nouveau soutien du Groupe de la Banque mondiale.

« De nombreux pays africains font des avancées considérables, et les populations de la région des Grands Lacs, en particulier celles de la RDC, méritent de bénéficier d'amples opportunités. Un accord de paix doit produire un dividende de la paix. C'est la raison pour laquelle M. Kim et moi  effectuons cette visite. Nous entrevoyons un horizon d'espoir pour les populations des Grands Lacs et sommes déterminés à les aider à chaque étape, » affirme le secrétaire général des Nations Unies.

Les échanges transfrontaliers sont un facteur clé de la paix

En annonçant sa nouvelle promesse de financement, le Groupe de la Banque mondiale a indiqué qu'il est de l'intérêt de tous les pays de la région de promouvoir encore plus le commerce  qui contribuera à améliorer l'efficacité des politiques de développement national. 

Selon Makhtar Diop, le vice président de la Banque mondiale pour la région Afrique, qui accompagne le président Kim et le secrétaire général Ban Ki-moon au cours de cette mission d'information : « Avec une production plus abondante d'électricité pour la région des Grands Lacs, nous obtiendrons des retombées économiques considérables, notamment si, ensemble, nous parvenons à faciliter et accélérer les mouvements des biens et des personnes d'un pays à un autre.»

 « L'Afrique devra exploiter le potentiel qui est le sien de subvenir aux besoins alimentaires de ses populations parce que les agriculteurs des régions comme les Grands Lacs sont confrontés à plus de barrières commerciales que nulle part ailleurs dans le monde lorsqu'ils s'efforcent d'acheminer leurs produits vers les marchés de la région,» ajoute M. Diop. « Trop souvent, les frontières font obstacle à l'acheminement de volumes abondants de produits alimentaires vers des familles et des communautés qui peinent à se nourrir avec le peu dont elles disposent.» 

L'amélioration des routes sera bénéfique pour le commerce et les  populations

Dans leur appel en faveur d'une solution régionale pour la paix et le développement dans la région des Grands Lacs, les autorités de la Banque mondiale ont indiqué que la nouvelle promesse de financement permettrait de remettre les routes en état afin de relier les centres commerciaux éloignés des marchés régionaux.

Le financement de la Banque se concentrera sur la reconstruction des principaux axes transfrontaliers, une approche qui sera complétée par la remise en état et l'ouverture des routes secondaires nécessaires pour acheminer les produits vers les marchés. Cette approche présente deux avantages : primo, l'intensification des échanges augmentera sensiblement les activités économiques, les conditions de vie et les emplois ; et secondo, la connectivité favorisera la libre circulation des personnes et des biens, et permettra de rétablir les fonctions de régulation de l'État.

En RDC, le projet du Groupe de la Banque mondiale en cours d'exécution (projet Pro-Routes d'un montant de 248 millions de dollars) a un impact important en vertu de sa contribution à la réouverture de 2 176 km de routes dans la Province Orientale, le Sud-Kivu et le Katanga. L'impact économique des tronçons remis en état est significatif car le coût du transport a été réduit de 80 % dans certains cas et le temps de déplacement de plus de 50 %. Les données sur le terrain semblent indiquer que l'insécurité diminue dans les zones où les routes ont été remises en état.

Une nouvelle occasion de réaliser la paix dans la région des Grands Lacs

Mary Robinson, l'envoyée spéciale dans la région des Grands Lacs, qui participe également à la mission d'information avec MM. Ban Ki-moon et Jim Yong Kim soutient le nouvel engagement du Groupe de la Banque mondiale en matière de développement à l'égard de la région des Grands Lacs et ses populations.

« Une opportunité toute nouvelle se présente. Il ne s’agit plus de se contenter de réagir aux conséquences des conflits,» déclare Mme Robinson. « C'est le moment de s'attaquer à leurs causes sous-jacentes et d'y mettre définitivement fin. Il faut que le cynisme fasse place à l'optimisme et au courage pour que cette nouvelle tentative soit couronnée de succès là où d'autres ont échoué. Le gouvernement, les populations de cette région et la communauté internationale doivent, une fois de plus, croire en la possibilité de réaliser la paix et être déterminés à prendre les mesures nécessaires pour l'obtenir. »

*L'Association internationale de développement (IDA), une institution membre de la Banque mondiale créée en 1960 aide les pays les plus pauvres de la planète en accordant des  prêts sans intérêts destinés à financer des projets et programmes de nature à stimuler la croissance économique, réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie des populations démunies. L’IDA est l’une des principales sources d’aide pour les 82 pays les plus pauvres du monde, dont 40 se trouvent en Afrique. Les ressources de l'IDA apportent des changements positifs pour 2,5 milliards de personnes vivant avec moins de deux dollars par jour. Depuis sa création, l'IDA a financé des activités dans 108 pays. Le montant de ses engagements annuels a augmenté régulièrement et s'établit à une moyenne d'environ 15 milliards de dollars sur les trois dernières années, dont quelque 50 % pour l'Afrique.