Wangari Maathai, « la maman des arbres », s’en est allée

Wangari Maathai: A pioneer in linking environmental protection with human rightsWangari Maathai fut la première à lier protection de l’environnement et droits de l’homme.
Photo: Photo ONU / Evan Schneider

La Kenyane Wangari Muta Maathai, lauréate du prix Nobel de la paix en 2004, activiste des droits de l’homme et de la protection de l’environnement est décédée le 25 septembre 2011 à l’âge de 71 ans. Mère de trois enfants, elle a consacrée sa vie à la protection de l’environnement et à la promotion de la démocratie.

Madame Maathai a souvent exprimé sa grande préoccupation au sujet de la pauvreté en Afrique. Dans une interview exclusive accordée à Afrique Renouveau peu après l’obtention du prix Nobel (voir Afrique Renouveau, Avril 2005), elle déclarait que l’Afrique ne « pouvait pas se permettre d’avoir tant de personnes indécemment riches côtoyant tant d’autres vivant dans une pauvreté déshumanisante ». Wangari Maathai est la première femme africaine lauréate du prix Nobel de la paix et la première en Afrique de l’Est titulaire d’un doctorat de vétérinaire obtenu à l’Université de Nairobi au Kenya. Elle a également étudié aux États-Unis et en Allemagne.

Madame Maathai a crée le Green Belt Movement en 1977 dans le cadre d’une campagne visant à planter des arbres à travers le Kenya, à combattre la pauvreté et à mettre fin à divers conflits. À ses yeux, la dégradation de l’environnement, la pauvreté et les conflits sont liés. « Une personne pauvre abattra forcément le dernier arbre pour préparer son dernier repas », a un jour estimé Wangari Maathai. « Mais plus vous dégradez l’environnement, plus vous vous enfoncez dans la pauvreté. »

Elle a mobilisé les Kenyans, et davantage encore les Kenyanes, autour de sa campagne. Ensemble, ils ont planté plus de 30 millions d’arbres et poussé l’ONU à lancer une stratégie similaire qui a permis de planter plus de 11 milliards d’arbres à travers le monde. Plus de 900 000 Kenyanes ont bénéficié de ses efforts en commercialisant des plants destinés à la reforestation.

Pour elle, une ambition politique bien menée pouvait favoriser des changements sociaux positifs. « L’arbre est devenu le symbole de la lutte en faveur de la démocratie au Kenya », estimait-elle. En son temps, Wangari Maathai a mené la protestation contre l’ancien Président Daniel Arap Moi ; lequel disait d’elle qu’elle était « folle » et « subversive ». En 1992, lors d’un mouvement de protestation contre l’allocation par le Président Moi de terres arables à ses proches, elle est sévèrement molestée par des voyous et la police. Mais il en faut plus pour la dompter.

En 2002, la fin du règne de Daniel Arap Moi offre au Kenya et à Wangari Maathai un espace politique plus ouvert. Elle devient député (sans affiliation politique) puis sous ministre de l’environnement. Mais elle perd son poste pour avoir tenté d’unir l’opposition. Elle perdra également son mandat d’élue lors d’élections dont elle contestera la régularité.

Wangari Maathai, talking in 1983 with members of the Green Belt Movement environmental group she founded in KenyaWangari Maathai, ici en 1983, en compagnie des membres du Green Belt Movement, un groupe qu’elle a fondé au Kenya.
Photo: Photo ONU / Jackie Curtis

Femme de caractère, Wangari Maathai a également mené des batailles plus personnelles. Son époux, Mwangui Maathai, l’ayant quitté en estimant qu’elle « était une trop forte tête pour une femme », Wangari traîne ce dernier en justice. Pourtant, le juge donne raison à l’époux. Ce qui vaut au juge d’être traité « d’incompétent et de corrompu » par Wangari. Elle écopera d’une peine de prison de six mois.

Réagissant à l’annonce du décès de l’activiste, Ban Ki-moon le Secrétaire général de l’ONU a dit d’elle qu’elle « aura été une pionnière dans l’articulation du lien entre droits de l’homme, pauvreté, protection de l’environnement et sécurité ». Al Gore, l’ancien vice-président américain et prix Nobel, a déclaré qu’elle « a consacré sa vie à ses enfants, à ses électeurs, aux femmes, à tous les Kenyans et au monde entier ». Pour Hillary Clinton, la Secrétaire d’État américaine, « sa mort laisse une place vide parmi les femmes leaders ».

Ultime signe de son engagement en faveur de la préservation de l’environnement, peu avant sa mort, alors même qu’elle combattait un cancer dans un hôpital de Nairobi, Wangari Maathai a fait promettre à ses proches de ne pas l’enterrer dans un cercueil. « Si personne n’applaudissait cette grande femme d’Afrique, les arbres applaudiraient à leur place », a fort justement commenté Nnimmo Bassey, une activiste nigériane.

— Afrique Renouveau en ligne