Soutien Africain pour la CPI

Kampala
MDG Report 2010  Keeping the promise Les Africains sont les principaux bénéficiaires de l'existence de la Cour pénale internationale, a estimé le président ougandais Yoweri Museveni lors de l'ouverture de la conférence de révision du Statut de Rome organisée à Kampala.
Photo: ONU / Mark Garten

Kampala — Les délégués africains présents en mai à Kampala, la capitale de l’Ouganda, à la première conférence de révision du Statut de Rome n’ignoraient rien des critiques contre la Cour pénale international (CPI). Pour beaucoup, la CPI a injustement pris pour cible le seul continent africain. En effet, les cinq affaires dont elle est actuellement saisie concernent des Africains. Pour autant, après 12 jours de travaux, ces délégués venus de 30 pays africains ont convenu de ce que l’accusation "d’arbitraire" n’est pas fondée, se posant du même coup en défenseurs énergiques de la CPI.

"L’Afrique a la majorité des membres à la CPI, "a noté Vandi Chidi, le sous ministre des Affaires étrangères de Sierra Leone qui menait le groupe africain pendant la première semaine de la conférence. "Vous ne pouvez pas dire que la cour pénale cible les dirigeants africains. Ce sont eux qui lui ont référé le plus grand nombre de dossiers. Cette notion peut seulement être mise en avant par des États africains qui n’ont pas adhéré au Statut de Rome," qui avait mis la CPI en place.

Le président de l’Ouganda, Yoweri Museveni, a ouvert la conférence dont il était l’hôte en la décrivant comme une occasion de combattre les allégations qui peignent la CPI comme un tribunal où les Occidentaux jugent les Africains. Il a encouragé les Africains à le soutenir puisqu’ils en sont les bénéficiaires.

Le mandat d’arrestation contre le président soudanais

Le 4 mars 2009, les magistrats de la CPI ont émis un mandate d’arrêt contre le président soudanais Omar al-Bashir poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour. Peu de temps après, l’Union africaine (UA) demandait au Conseil de sécurité de suspendre ce mandat, estimant que son exécution risquait de provoquer une recrudescence de la violence au Darfour et de mettre fin aux espoirs d’une solution pacifique. Depuis, le président Bashir a effectué plusieurs visites dans des pays du continent sans être inquiété.

Mais quelques heures avant le début de la conférence, lors d’un entretien avec Luis Moreno Ocampo, le procureur de la CPI, le président Museveni déclarait que le président soudanais n’avait pas été invité pour le sommet de l’UA prévu à Kampala fin juillet. Propos suivis par une vive protestation de Khartoum, ce qui a poussé des officiels ougandais à nuancer les propos de M. Museveni.

En juin, le président Bashir avait décliné une invitation sud-africaine pour l’ouverture de la Coupe du monde de football aux côtés de 20 autres présidents africains. Peu de temps auparavant, il est vrai, devant le parlement, le président sud-africain Jacob Zuma avait laissé entendre que le droit international imposait au pays d’arrêter Bashir s’il se présentait.

Évoquant la position prise par l’UA en 2009, un délégué malawite présent à Kampala, a estime que : "ce que les présidents africains ont dit et décidé l’année dernière n’a pas d’importance. Leurs actes sont sans équivoques : Bashir est isolé et ils continueront discrètement à l’isoler."

‘Ils doivent tous répondre de leurs actes’

Pour le délégué zambien Liboma Inyambo : "les gens ont compris qu’ils doivent combattre l’impunité et c’est exactement ce que le tribunal pénal aide l’Afrique à faire. Tout le monde est d’accord et cela va être un des sujets prioritaires au prochain sommet de l’UA. " À Kampala, les délégués africains ont estimé que l’inculpation du président soudanais ne devait pas bénéficier de plus de publicité que les autres affaires jugées par la CPI. " Ils doivent tous être poursuivis. Dirigeants politiques ou chefs rebelles, ils doivent tous répondre de leurs actes," affirme M. Inyambo.

"Les bons dirigeants africains n’ont rien à craindre de la CPI " relève la kenyane Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix. "L’impunité règne encore en Afrique. Nous ne devons pas protéger ceux qui ont commis des atrocités."

M. Ocampo ajoute : "Nous sommes convaincus que le tribunal pénal travaille pour l’Afrique, pas contre l’Afrique." Dans la capitale ougandaise, le procureur a lancé un appel à un soutien public et diplomatique de l’exécution des mandats d’arrêt émis par la CPI.

Les inquiétudes des victimes

Dans une perspective différente, de nombreuses victimes de crimes de guerre qui assistaient à la conférence se sont déclarées déçues de la lenteur des procédures à la CPI. Ils jugent que le traitement des dossiers prend trop de temps et que les États ne jouent pas leur rôle qui est d’arrêter les inculpés.

Il ya cinq ans que Joseph Kony, le chef de l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army ou LRA) et d’autres dirigeants de ce groupe rebelle ougandais ont été inculpés, note Grace Arach, une de leurs victimes. "S’il est arrêté et présenté à la CPI, combien de temps est-ce faudra-t-il pour le juger ?" demande-t-elle. Mme Arach, âgée de 26 ans, se rappelle de manière saisissante le jour où sa famille est tombée dans une embuscade des rebelles de la LRA qui brulèrent le véhicule dans lequel elle voyageait, tuant son père et la prenant ensuite en otage. En 2008, elle a échappé à ses ravisseurs après huit ans de captivité. Elle a depuis obtenu un diplôme de conseil psychologique.

Gilbert Basigi, une victime des crimes de guerre commis dans la région de l’Ituri, dans l’Est de la République démocratique du Congo, s’interroge sur les pouvoirs de la CPI : "Ceux qui ont commis des atrocités se déplacent librement, banquètent dans les hôtels congolais pendant que nous souffrons. Pourquoi est-ce que le gouvernement ne peut pas les arrêter ?"

– Afrique Renouveau en ligne