Reprise économique en vue pour le continent Africain

Et si, pour les économies africaines, après la crise l’heure était désormais à la relance ? Après une année 2009 particulièrement difficile, le continent devrait connaître une croissance de l’ordre de 4,3% en 2010, soit trois fois mieux que l’année dernière. Telles sont les projections des économistes des Nations Unies contenues dans leur récent rapport intitulé : “Situation et perspectives de l’économie mondiale 2010”. “Le sentiment dominant sur le continent est que le pire de la crise économique et financière est derrière nous et des signes de reprise commencent à apparaître”, notent les auteurs du rapport.

Graphique: L'Asie et l'Afrique mènent la croissance économique

Au moment où l’on note des signes crédibles de relance de l’économie mondiale – résultat des mesures fiscales mises en place à travers le monde et destinées à stimuler les économies – l’Afrique devrait être parmi les régions qui enregistreront les plus forts taux de croissance en 2010.  Seule la région d’Asie du Sud et de l’Est, avec 6,4%, devrait devancer le continent. En comparaison, la croissance de la zone Euro se situera à 0,4% et elle sera de 3,4% en Amérique latine. D’après les économistes de l’ONU, l’Afrique du Sud – première puissance économique africaine – sera plus performante que le Brésil, alors que le Nigéria – la deuxième économie du continent – devancera le Mexique.

Au total, la reprise économique en Afrique dépendra principalement de la relance au niveau mondial. Le continent profitera des plans de relance qui ont contribué à la reprise de la consommation mondiale. A son tour, cette dernière devrait faire croître les besoins en pétrole et en minerais, favorisant ainsi les pays africains exportateurs de ces produits. De plus, le continent devrait profiter d’une reprise progressive des flux des investissements étrangers directs (IED).

Cependant, au-delà des prévisions relatives au futur proche, le rapport - produit conjointement par la division des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DAES), la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le développement (CNUCED) et les cinq commissions économiques régionales de l’ONU – suggère que la crise économique mondiale aura des effets à long terme. Le chômage et le sous-emploi resteront à des niveaux préoccupant, affectant notamment les femmes et les jeunes. Les prix des produits alimentaires devraient connaître une nouvelle hausse en Afrique de l’Est.

Par ailleurs, les auteurs du rapport notent que l’importante et persistante dépendance de la majorité des économies africaines à l’exportation des produits de base représente un risque structurel majeur pour leur croissance économique. Cette situation, rappellent-ils, les exposent aux fluctuations de la demande et des prix des produits de base.

2009, l’année perdue

Le rapport des Nations Unies souligne également que, en dépit de la reprise, les économies du continent ne réaliseront pas pleinement leur potentiel en 2010, même s’il relève que l’année écoulée fut particulièrement difficile. En enregistrant un taux de croissance de l’ordre de 1,6% en 2009, le continent a connu une chute importante. Entre 2002 et 2008 en effet, la croissance annuelle était de 5,7% en moyenne.

La région d’Afrique de l’Est – qui a enregistré le taux de croissance le plus élevé en 2009 – n’a atteint que 3,8%. L’Afrique Australe à régressé à 1,7%, réalisant la plus mauvaise performance régionale. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord ont davantage résisté, avec des taux de croissance respectifs de 2,4% et 3,5%.

L’année fut encore plus difficile pour les principaux pays africains exportateurs de pétrole. La croissance en Angola et en Guinée Équatoriale est passée d’une moyenne de 16% entre 2004 et 2008, à 0,2% et -3,4% respectivement. Les pays exportateurs de produits agricoles ont connu un ralentissement moins marqué. Le Libéria, le Malawi et l’Ouganda ont enregistré des taux de croissance se situant au-dessus de la moyenne. Profitant d’un rééquilibrage entre la baisse de ses recettes pétrolières notamment et l’augmentation des exportations agricoles, l’économie du Nigéria a connu une croissance de 1,9%.

En 2009, les flux d’investissement étrangers directs (IED) vers l’Afrique ont également été à la baisse. Seul le Rwanda a fait exception à cette tendance.

A l’exception du Ghana et de quelques autres pays du continent qui ont réussi à maintenir leur équilibre fiscal, la crise a eu un impact négatif sur les budgets de la plupart des pays africains.

Faisant écho aux complaintes de plusieurs gouvernements africains relatives aux conséquences désastreuses de la crise mondiale sur leurs pays, le rapport de l’ONU note que 2009 marque un remise en cause malvenue des avancées sociales et économiques durement réalisées en vue de réduire la pauvreté et réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Impact limité

Pour les auteurs du rapport, même si la crise a durement frappé le continent africain, son intégration relativement limitée au sein du système financier mondial lui a épargné de souffrir davantage. Seuls des pays plus riches et les plus connectés aux marchés internationaux à l’image de l’Afrique de Sud ont connu une baisse marquée du revenu par habitant. Une situation que n’ont pas subie les pays à bas revenus. Tout comme les autres régions du monde en développement, l’Afrique a été touchée par la récession mondiale par le biais des échanges commerciaux. Ce fut le cas en particulier pour les pays exportateurs d’énergie, de minerais et de biens manufacturés.

Enfin, les auteurs du rapport relèvent que si le continent a pu faire face à la crise, c’est aussi en raison des options prudentes qui ont été privilégiées en matière de politique économique, longtemps avant le déclenchement de la crise. De sorte que, concluent-ils, l’Afrique est entrée en crise dans une position fiscale plus favorable que par le passé.

— Afrique Renouveau en ligne