L’ONU aide les combattants étrangers à rentrer chez eux

Fin janvier, c’est par petits groupes que les rebelles rwandais ont commencé à sortir des forêts de la province congolaise du Nord-Kivu. Deux semaines plus tard, ils étaient plusieurs centaines. En juin, plus de 8 000 personnes, dont un millier d’ex-combattants, avaient été rapatriées au Rwanda voisin par l’ONU. Antoine Uwumukiza a expliqué à un journaliste du Washington Post pourquoi il avait décidé de prendre le chemin du retour. “On a entendu dire qu’il y avait un bon gouvernement là-bas, alors nous avons voulu voir sur place si c'était de la propagande.” Constatant que la politique de réconciliation nationale du gouvernement était réelle, il a décidé de rester.

Cette situation n’est pas inédite en Afrique. Les activités militaires transfrontalières des combattants comme Antoine Uwumukiza “posent une grave menace à la sécurité dans toutes les régions où ils sont présents en grand nombre”, affirme l’étude sur les combattants en sol étranger menée par le Bureau du Conseiller spécial de l’ONU pour l’Afrique.

A la différence des combattants qui sont ressortissants d’un pays sortant d’un conflit, la plupart des combattants étrangers n’ont pas la possibilité de regagner tout simplement leurs foyers après avoir rendu les armes. Les programmes de rapatriement organisés ne sont pas nombreux et la peur, la méfiance, et les mauvaises relations entre gouvernements font que ces combattants sont souvent livrés à eux-mêmes après la fin des combats, ce qui constitue un risque permanent pour la sécurité.

Enchevêtrements complexes

Les insurgés africains opèrent depuis longtemps par-delà de frontières nationales mal gardées. Certains ont été appréciés pour leur action, notamment au début de la lutte de libération anti-coloniale ou contre le régime de l’apartheid en Afrique du Sud.

Mais les groupes d’insurgés dotés d’une vision politique claire, composés d’hommes disciplinés et bénéficiant d’un soutien populaire sont absents des nombreuses guerres civiles qui ont suivi. Prenant souvent pour cible les populations civiles, forces gouvernementales et rebelles ont également cherché à obtenir l’appui, y compris militaire, de l’étranger. L’intervention de combattants des pays voisins a contribué à compliquer la situation et à aggraver les violences.

L’Afrique de l’Ouest est l’une des régions où des groupes armés ont mené à maintes reprises des opérations militaires transfrontalières. En 1989, des forces rebelles ont envahi le Libéria depuis la Guinée et la Côte d’Ivoire voisines. C’est à partir du Libéria que Charles Taylor a ensuite apporté son soutien aux attaques lancées par le RUF (Revolutionary United Front) contre le Gouvernement de la Sierra Leone avec l’aide de combattants du Libéria, du Burkina Faso et d’autres pays. Par la suite, deux nouveaux groupes rebelles hostiles à Taylor ont lancé une deuxième guerre civile au Libéria, opérant à partir de la Guinée et de la Côte d’Ivoire et conduisant finalement au départ de Charles Taylor en 2003.

Après la conclusion des accords de paix en Sierra Leone et au Libéria, les programmes de DDR mis en place par l’ONU ont permis la démobilisation de dizaines de milliers de combattants. Le rapatriement des combattants étrangers n’a toutefois pas été systématiquement organisé. Ce problème a été aggravé par les carences des programmes de réintégration des ex-combattants dans la vie civile. De nombreux jeunes sans travail, sans éducation et sans formation ont fini par se sentir frustré et exclus, juste bons à manier des armes. De ce fait, quand la guerre a éclaté en 2002 en Côte d’Ivoire et que les deux parties ont cherché à engager des renforts, des milliers de volontaires n’ont pas hésité à franchir la frontière.

Des motivations économiques

Dans son rapport de 2005 sur les “guerriers régionaux”de l’Afrique de l’Ouest, l’organisation américaine Human Rights Watch a interrogé une soixantaine de combattants appartenant à 15 factions armées. La plupart avait combattu dans au moins deux conflits régionaux et leur motivation principale semble être économique, la majorité des recrues de ces guerres successives étant sans travail et vivant dans des conditions économiques difficiles. Les recruteurs et les chefs de groupes armés leur assuraient qu’ils pourraient piller et certains changeaient même de camp en fonction de ces perspectives de butin.

Les experts estiment que pour minimiser les risques de formation d’une “diaspora d’insurgés”, les organisations régionales devraient dissuader les gouvernements de recruter ou soutenir les combattants étrangers et les forces de maintien de la paix devraient mieux coordonner leurs propres activités.

Les experts affirment qu’il est tout aussi important d’assurer une meilleure réinsertion des anciens combattants dans leur milieu d'origine, un travail, des relations sociales et d’autres perspectives d’un avenir assuré les feront hésiter à s’engager de nouveau dans des guerres à l’étranger .

Le retour des rebelles rwandais

Benoît Barabwiriza, membre du groupe rebelle Front démocratique de libération du Rwanda (FDLR), est rentré au Rwanda pour une courte visite avec plusieurs autres anciens combattants accompagnés pour certains de leurs femmes et enfants. C’est la première fois depuis des années qu’il retourne dans son pays. “On est venus pour juger sur place de l’état du pays, confie-t-il à un journaliste, après quoi on retournera auprès de nos camarades au Congo pour leur dire ce qu’on a vu. Ce n’est qu’après qu’on décidera si on rentre pour de bon.”

Les autorités s’efforcent depuis des années de faire savoir à ces exilés qu’ils seraient les bienvenus s’ils rentraient dans leur pays. Ces actions de sensibilisation s’inscrivent dans le cadre d’un processus plus large de réconciliation nationale visant à rétablir la cohésion sociale mise à mal par le génocide de 1994.

Au cours des dernières années, quelque 20 000 anciens rebelles ont été démobilisés, bénéficiant d’une aide à la réintégration accordée sous forme de versements en espèces, de bourses scolaires, de formation professionnelle, d’accès au crédit et d’autres aides à la création de petites entreprises et au lancement de projets générateurs de revenus.

Le Président de la Commission de démobilisation et de réintégration du Rwanda, Jean Sayinzoga, a accueilli Benoît Barabwiriza et ses compagnons, soulignant qu’ils étaient libres de se rendre partout au Rwanda. “N’hésitez pas, vous êtes chez vous”, leur a-t-il lancé.