Apprentissage du chinois au Zimbabwe : un investissement lucratif

Ni hao, c’est-à-dire « bonjour » en chinois ou ting bu dong, qui signifie « Je vous entends, mais je ne comprends pas, » sont deux expressions que l'on entend souvent dans la capitale zimbabwéenne. C’est l'un des résultats des efforts tenaces du gouvernement, des entreprises privées et des individus à travers l'Afrique, mais au Zimbabwe en particulier, pour apprendre et comprendre la langue et la culture chinoises.

Apprendre le chinois comme seconde ou troisième langue est une tendance mondiale observée ces dernières années. En Afrique, l'augmentation rapide des investissements et du commerce chinois (la Chine est actuellement le partenaire commercial le plus important du continent) a favorisé cette tendance.

Le gouvernement zimbabwéen a été très entreprenant dans l'amélioration de ses relations bilatérales avec la Chine. En 2003, il a ainsi lancé la politique d’ouverture à l’Est pour accorder la priorité aux investisseurs en provenance de Chine, du Japon, de Singapour et d’autres pays de cette région. Par conséquent, les échanges commerciaux entre la Chine et le Zimbabwe connaissent une croissance exponentielle - La Chine est désormais le plus grand acheteur du tabac zimbabwéen.

Bien que l'apprentissage du chinois remonte à la lutte de libération du Zimbabwe lorsque des combattants de la liberté sont allés en Chine pour une formation militaire dans les années 1960 et 1970, la tendance s'est considérablement accrue, et ce, pour des raisons différentes.

L'Institut Confucius

Pour promouvoir la langue et la culture chinoises, le gouvernement chinois utilise un concept appelé le confucianisme. Confucius était un grand philosophe et éducateur chinois né en 551 av. J.C. Selon les Chinois, ses pensées ont considérablement influencé la culture chinoise et ont même eu un impact sur d'autres cultures. Les Chinois le considèrent comme « un grand pédagogue. »

Avec l’intégration en 2007 de l'Institut Confucius, appartenant à un vaste réseau mondial de 400 Instituts Confucius,  dans les structures universitaires zimbabwéennes, le Zimbabwe a entrainé le reste du continent dans la formation d’enseignants locaux du chinois. Le programme a enregistré une grande réussite et l'université est même prête à exporter l’excédent d‘enseignants de chinois vers d'autres pays.

Le tout premier Directeur de l'Institut Confucius de l'Université du Zimbabwe,le Professeur Pedzisai Mashiri, a déclaré que l'un des objectifs de l'institut est de promouvoir la langue et la culture chinoises au Zimbabwe.

Puisque le gouvernement n'a pas encore intégré le chinois dans le programme national des écoles primaires et secondaires, les écoles qui organisent des classes Confucius offrent la langue chinoise comme activité parascolaire. Depuis 2009, plus d'un millier d'étudiants ont suivi de telles formations linguistiques grâce à cet Institut. Quelques-uns achèvent leurs études en Chine et rejoindront bientôt l'université.

Une compétence rentable

Selon les observateurs, il y a une demande croissante des organismes et des individus pour l’apprentissage du chinois. Clarence Makoni, le fondateur du Cendel Language Bridge, une entreprise privée de traduction, d'interprétation et d’enseignement de langue a confié à Afrique Renouveau que l'apprentissage des langues étrangères comporte d’énormes avantages. Le chinois, selon lui, est de loin la langue la plus recherchée.

« En considérant l’arrivée massive des Chinois dans ce pays », déclarait M. Makoni, « vous n'avez pas besoin d'être prophète pour deviner qui sera le plus important employeur dans les années à venir. Tous ceux que nous formons sont aussitôt arrachés par les entreprises dès la fin de leurs formations, et ils sont très bien payés. »

Il ajoute que la capacité à parler une autre langue en plus de l'anglais est un atout important sur le marché. Un interprète de langue chinoise peut gagner mensuellement jusqu’à 5 000 dollars zimbabwéens, tandis qu'un secrétaire bilingue ayant les mêmes capacités peut obtenir jusqu'à 3.000 dollars zimbabwéens – revenu considéré comme étant le plus élevé au Zimbabwe.

Laston Mukaro, un consultant linguistique et chargé de cours au département linguistique de l'Université du Zimbabwe, affirme qu’après l'apprentissage du chinois ; il gagne désormais beaucoup plus alors que son grade professionnel n'a pas encore changé.

« Il est logique d'apprendre le chinois maintenant pour des raisons autres que celles justifiées par la politique d’ouverture à l’Est prônée par le gouvernement», affirme-t-il. « Le chinois est l'une des langues officielles des Nations Unies et si vous considérez la politique expansionniste de la Chine dans le monde, vous pourrez réaliser plus en parlant leur langue. »

M. Mukaro gagne aussi beaucoup d'argent grâce à des programmes d'échanges entre la Chine et le Zimbabwe. En outre, il consulte fréquemment pour le compte de l’Institut Confucius local. Les autres avantages comprennent son travail actuel sur un manuel de traduction entre le chinois et le shona, l'une des principales langues autochtones du Zimbabwe. « Aussi, l'apprentissage du chinois est presque obligatoire et présente des avantages immenses pour ceux qui vont beaucoup en Chine et y font beaucoup d’affaires, et qui ont l’opportunité d'exploiter son tourisme diversifié» affirme-t-il avec enthousiasme.

Plus d'expansion à venir

Le Professeur Mashiri confirme qu'il est prévu l'ouverture d’au moins cinq autres centres d'enseignement du chinois dans d'autres régions du pays et la construction d’un centre de l'Institut Confucius à l'Université du Zimbabwe. L'ambassade de Chine au Zimbabwe a également promis de construire un centre culturel afin de renforcer la coopération culturelle entre les deux pays.

Levi Nyagura, vice-recteur de l'Université du Zimbabwe affirme que le monde est devenu un village planétaire, obligeant les gens à comprendre la culture et la langue de l'autre. « Nous voulons voir les étudiants zimbabwéens décrocher des emplois en Chine. Nous ne cesserons de travailler dur pour promouvoir la langue chinoise, comme nous l'avons fait avec les principales autres langues du monde. »

Des voix se font entendre en faveur de l’introduction de la langue chinoise dans le programme scolaire national. « Le résultat net étant, », soutient le Professeur Mashiri, « que l'enseignement et l'apprentissage du chinois s’étendent de l'université aux écoles primaires et secondaires. »