Villes d’aujourd’hui, Villes de demain

Bref historique de l’expansion urbaine
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Parthenon and Modern Athens
Les villes existent depuis des millénaires. Leur sort était lié à celui des civilisations qu’elles incarnaient. Certaines ont complètement disparu, ne laissant derrière elles que des sites de fouilles archéologiques—Moenjodaro, au Pakistan, classée patrimoine mondial par l’UNESCO, en est un exemple. D’autres—comme Le Caire (Egypte) et Pékin (Chine)—jouent un rôle important dans l’histoire de l’humanité depuis des milliers d’années. Toutes ne sont pas aussi anciennes, mais la plupart des grandes villes d’aujourd’hui ont été fondées il y a deux cents ans au moins.

Les villes ont beaucoup changé au fil des siècles. Il faut étudier le phénomène de l’urbanisation si l’on veut comprendre comment elles sont devenues les grands centres que nous connaissons aujourd’hui, tenter de trouver des remèdes aux problèmes qu’elles vivent et saisir les nombreuses possibilités qu’elles offrent.



Première phase : Les civilisations des grands fleuves
La première phase de l’histoire des villes débute aux environs de quatre mille ans avant Jésus-Christ. Les premiers établissements humains apparaissent le long du Tigre et de l’Euphrate en Mésopotamie (l’Iraq d’aujourd’hui), le long du Nil en Egypte, du Gange en Inde et du fleuve Jaune en Chine. C’est ce que l’on appelle les civilisations des grands fleuves.

Le milieu physique était alors primordial. Les premières villes ont été établies dans des plaines d’inondation fertiles, à proximité de vastes pâturages pour l’élevage du bétail. Elles jouissaient également d’un climat doux et d’un apport constant en eau.

Ces conditions étaient nécessaires pour que se forme une société stable et organisée. Elles ont permis à l’homme de domestiquer certains animaux (vache, mouton, chèvre) et de cultiver des céréales (riz, blé, maïs, etc.).

Avec le temps, les premiers établissements humains sont devenus des centres importants et complexes, regroupant une variété d’activités, de l’agriculture au commerce en passant par l’artisanat. L’intensification des échanges commerciaux et la concentration progressive de la population ont poussé la main-d’oeuvre à se spécialiser davantage. Des familles entières, parfois, se consacraient à une activité ou à une profession, qu’il s’agisse de la cordonnerie ou du négoce des céréales. La productivité augmentait et la société se structurait davantage, procurant à ses membres une plus grande sécurité collective. Tout cela a favorisé la prospérité et la croissance des villes.

Cette apparition rapide d’un milieu urbain organisé et spécialisé est fondamentale dans l’histoire de l’humanité. Beaucoup de civilisations connues et moins connues sont venues par la suite, mais le modèle est resté le même pendant des siècles, jusqu’à ce que la révolution industrielle en Europe bouleverse nos méthodes de production et notre mode de vie.

Deuxième phase : La révolution industrielle
« Cité fantôme
Sous le fauve brouillard d’une aurore hivernale...
Tours croulantes
Jérusalem Athènes Alexandrie
Vienne Londres
Fantômes... »

---T.S. Eliot, La Terre Gaste
Lorsque le poète américain T.S. Eliot écrit son fameux poème « La Terre Gaste » au début des années 1920, beaucoup d’écrivains, d’artistes européens et nord-américains partagent le même sentiment de désillusion vis-à-vis des villes.

Industry takes hold Eliot vit alors dans une époque de grand changement. Sous ses yeux, de nouvelles villes surgissent—des villes très peuplées mais peu familières, des villes plus automatisées mais aussi plus chaotiques qu’avant, des villes qui fonctionnent mieux mais qui polluent davantage et qui gaspillent nos richesses, des villes qui offrent des possibilités quasi infinies de rencontres et d’emplois, mais qui engendrent la solitude, le chômage et la pauvreté.

Ce nouveau cadre urbain prend forme pendant la deuxième grande phase de l’histoire des villes, déclenchée par la révolution industrielle (1750-1850) survenue dans ce que l’on appelle aujourd’hui les pays développés de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Deux éléments importants ont contribué à accélérer la croissance des villes et à modifier notre mode de vie. Le premier facteur est le développement des grandes industries manufacturières et extractives, rendu possible par divers progrès techniques, notamment par l’utilisation de la vapeur pour actionner les machines. Les usines et les mines avaient besoin de beaucoup de main-d’oeuvre, venue des campagnes, parfois de l’étranger. Comme le dépeignent si bien les romans de Charles Dickens, la nouvelle population citadine ne bénéficiait pas de conditions très enviables, mais l’attrait de la vie urbaine et la perspective d’obtenir un emploi attiraient les gens vers les villes comme jamais auparavant.

Le deuxième facteur est la multiplication des échanges commerciaux et l’accès à des matières premières bon marché dans les colonies. Les matières premières alimentaient les usines européennes, tandis que l’on voyait de plus en plus de marchands, de commerçants et de banquiers s’enrichir en vendant des marchandises. La conjugaison de la prospérité, de la concentration démographique et de la diversité de production a créé un marché de biens de consommation, qui a lentement transformé le mode de vie des citadins.

Troisième phase : La croissance urbaine mondiale
Ce qui distingue la phase actuelle des précédentes, c’est que la croissance urbaine n’est plus restreinte à une partie du monde. C’est un phénomène planétaire. Si l’on regarde les taux de croissance, on peut avoir l’impression que seules les villes des pays en développement connaissent une expansion rapide. Mais il ne faut pas oublier que, dans les pays industrialisés, la majorité de la population vit déjà dans les villes.

Vers la fin du XIXe siècle, beaucoup d’agglomérations européennes et nord-américaines doublaient de taille en vingt ans. Un siècle plus tard, leur expansion s’est arrêtée, mais 75 % de la population des pays développés habite déjà en milieu urbain.

Au contraire, c’est dans les pays en développement que les taux de croissance sont les plus forts, mais les citadins n’y représentent que 37 % de la population. Cela devrait changer rapidement. La taille de certaines villes a triplé dans les 45 dernières années. En 2015, Tokyo devrait être la seule mégalopole des pays industrialisés à se classer parmi les dix plus grandes villes du monde.
La plupart des grandes agglomérations d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique sont d’importants centres urbains depuis longtemps. Quelques-unes seulement se sont développées sous le régime colonial, en tant que centres administratifs ou commerciaux des Européens. Dans tous les cas, l’urbanisation accélérée n’a démarré qu’après la Deuxième Guerre mondiale, sous l’effet de la mondialisation de l’économie et de la décolonisation.

A l’exception de quelques nations d’Asie de l’Est, les pays en développement ne disposent pas d’énormes moyens pour aider la population qui migre vers les villes. Faute d’une économie et d’une industrie plus fortes, beaucoup de gens se retrouvent au chômage et s’entassent dans des bidonvilles et des taudis.

Les problèmes urbains ne sont pas le propre des pays en développement. Toutes les villes de la planète sont confrontées au manque de logement, à la drogue, à la violence et au chômage. L’expansion urbaine non plus n’est pas le propre des pays en développement. Plusieurs villes du sud et du sud-ouest des Etats-Unis, Phoenix par exemple, ont l’un des plus forts taux de croissance au monde. L’urbanisation est un phénomène mondial.

L’avenir
Il n’est pas facile de dire ce que seront les villes de demain. Un peu partout, y compris dans les pays en développement, des gens quittent la ville pour s’installer en banlieue. Grâce à de bons réseaux de transport, aux liaisons ferroviaires et aux autoroutes, ils peuvent faire chaque jour la navette entre leur lieu de travail et leur domicile.

On prévoit qu’en 2025, 61 % de la population mondiale vivra en ville. Mais beaucoup de choses pourraient changer d’ici là. Le mouvement vers les banlieues se poursuivra-t-il ? Les ordinateurs et Internet modifieront-ils notre façon de travailler et, par conséquent, notre lieu de résidence ? Comment seront les villes alors ?

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